Pourquoi le rapport de la Troïka sur Chypre est peu crédible.

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Dans leur analyse sur la pérennité de la dette chypriote, l'Union européenne, le FMI et la BCE valident la faisabilité du plan de sauvetage. Sans vraiment convaincre, pourtant.

La troïka sera-t-elle jamais capable d?apprendre de ses erreurs passées ? On peut en douter. Dimanche dernier déjà, Bruxelles appelait le Portugal à ignorer la décision du tribunal constitutionnel et à ne pas relâcher l?effort de rigueur, malgré la crise sociale et économique que traverse le pays. Ce jeudi, c?est l?analyse de pérennité de la dette chypriote (Debt Sustainability Analysis, DSA) qui laisse songeur et rappelle étrangement les rapports successifs publiés sur la Grèce entre 2010 et 2012.

Un objectif fixé et atteint sur le papier

L?ambition de cette « analyse » est de prouver que les effets du plan de sauvetage chypriote sur l?économie rend soutenable à terme le remboursement des dettes du pays et la réalisation des objectifs fixés par ce programme. Bref, il s?agit de prouver que le programme n?est pas absurde. Or, il est bien difficile de croire à cette analyse qui promet un retour du ratio dette publique sur BIP de 104 % en 2020. En novembre, ce ratio devait atteindre 120 %. 

En entrant dans le détail, on constate que l?effet du plan sur la croissance chypriote sera redoutable : le PIB se contractera de 12,5 % en deux ans. Mais cet effet devrait, selon la troïka, rester limité. Et la croissance devrait revenir dès 2015 avec des taux assez soutenus : +1,1 % en 2015 et +1,9 % en 2016. Ce scénario est sans doute le moins crédible de l?ensemble de l?analyse pour deux raisons.

Un effet sous-estimé ?

La première, c?est l?effet du plan sur l?économie chypriote. Selon Pawel Morski, un gérant de fonds londonien qui tient un blogue reconnu sur la crise européenne, ces estimations sont « plus que risibles. » En effet, la consommation des ménages doit décroître de 12,2 % en 2013 et de 6 % en 2014 avant de rebondir en 2015 de 0,8 % puis de s?envoler à +2 % en 2016. Dans un contexte où les dépôts de plus de 100.000 euros vont être mis à contribution à plus de 60 % et en se souvenant que tous ne sont pas russes, mais qu?ils sont majoritairement des dépôts de résidents, ces prévisions semblent en effet très optimistes. D?autant que les mesures de rigueur sont sévères, notamment sur les salaires des fonctionnaires, le marché du travail ou les retraites.

La misère de l?investissement

Même remarque en ce qui concerne l?investissement qui va reculer de 29,5 % en 2013 et de 12 % en 2014 avant de rebondir à +2,3 % en 2014. Le système bancaire chypriote est désormais sous perfusion et risque d?avoir bien du mal à prêter aux entreprises. Les faillites vont s?enchaîner et le recul de l?investissement à ce niveau est une assurance de voir le potentiel de croissance du pays reculer, et non, comme le dit la Troïka le gage « d?une croissance durable. »

Pawel Morski rappelle qu?en Islande, malgré la dévaluation, la chute de l?investissement a atteint la première année de la crise 50 % et qu?en Lettonie, avec un système financier stable et sain, 40 %. Chypre, qui ne dispose pas de ces deux atouts, ne verrait ses investissements reculer que de 30 % ? C?est peu probable, comme est peu probable le recul de 5 % des exportations cette année. Le contrôle des capitaux et le risque d?impayés vont certainement détourner plus largement les clients étrangers de leurs fournisseurs chypriotes. Bref, il y a fort à parier que le choc soit plus rude pour l?économie chypriote.

Un rétablissement soudain de la confiance ?


Mais l?analyse de la Troïka accuse une autre faiblesse : ce changement soudain à l?orée de 2015 où Chypre retrouverait la croissance. Comment l?expliquer ? Les raisons avancées par le DSA sont faibles, ou plutôt très idéologiques. « La consolidation budgétaire devrait restaurer la confiance des consommateurs et des investisseurs à moyen terme », explique le rapport. Une confiance qui restaurera la confiance et, comme par magie, le PIB passera d?une contraction de 3,9 % en 2014 à une croissance de 1,1 % en 2015. Une croissance qui s?accélérera à 1,9 % en 2016. C?est la réalisation dans les faits du fameux discours que la consolidation budgétaire « travaille à la croissance future. »

Quels ressorts ?

Sauf que les expériences grecque et portugaise ont prouvé qu?il n?en était rien. Pire même, cette consolidation budgétaire a ruiné la confiance non seulement dans les pays sous programme de la Troïka, mais aussi dans les autres pays de la zone euro. Si la logique du rapport était juste, alors il n?y aurait pas eu de crise européenne. Les agents économiques se seraient félicités de la consolidation grecque et aurait investi dans l?économie hellénique une fois l?essentiel de la consolidation réalisée. Ils n?auraient pas craint la contagion à d?autres pays surendettés.

Mais il n?en a pas été ainsi. Et, compte tenu de l?état déplorable de l?économie chypriote et du précédent de la mainmise sur les dépôts, il faudra sans doute plus d?un an et demi pour rétablir la confiance dans l?économie de l?île. D?autant que l?effet négatif de la consolidation va se poursuivre afin d?atteindre l?objectif de dégager un excédent primaire (hors service de la dette) en 2016 et de 4 % du PIB en 2018. Par ailleurs, la Troïka se garde bien de dire quels secteurs permettront de créer un tel niveau de croissance. Elle semble penser que le secteur bancaire peut encore attirer des déposants internationaux, ce qui est fort optimiste. Mais sinon ? Le rapport ne s?étend pas sur le sujet. Mais il est vrai que si l?économie chypriote devait repartir, elle aurait besoin d?investir dans de nouveaux secteurs. On a vu ce qui va advenir du niveau d?investissement? Tout ceci est donc peu crédible

Autrement dit, ce rapport semble surtout une justification du « plan de sauvetage. » Celui-ci semble, comme ceux de la Grèce, du Portugal et de l?Irlande, vouée à l?échec et à de futurs amendements. L?ampleur du choc pour l?économie chypriote rend peu supportable le niveau de la dette publique et les objectifs fixés par la Troïka. Les malheurs de Chypre ne font que débuter.


 

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Commentaires
a écrit le 12/04/2013 à 15:16 :
Erreur ! 120 % de dette sur PIB en 2020 c'était la courbe de DSA en novembre 2012 ! La courbe actualisée (mars 2013) montre 104 % de dette sur PIB en 2020 ! A corriger par conséquent !

source : fichier pdf dont le lien figure dans votre article
Réponse de le 16/04/2013 à 11:08 :
Article effectivement modifié (merci à l'auteur) le 15 avril, commentaire périmé du coup :)
a écrit le 12/04/2013 à 13:09 :
Il est tout de même patent que les exemples grec,chypriote, portugais sinon espagnol montrent bien une technocratie illusionniste qui se répète. Après les tromperies du précédent président de l'euro-groupe sur les paradis fiscaux,le sujet se démasque au point que "l'acrobate" dément une influence européenne sur son assouplissement pour l'imputer à la puissance américaine. Jeroen Dijsselbloem , son successeur, désigné par l'Allemagne, parle trop crûment, fichant la frousse aux marchés et se faisant contredire par Schäuble et Lagarde. L'Autriche se défend en fustigeant Luxembourg et GB. L'oracle Sorros conseille à l'Allemagne qu'à défaut du quantitative-easing elle sorte de l'euro ; la GB n'y étant déjà pas, pourquoi ce privilège serait-il refusé à d'autres, comme la France ? Face à pareil constat, comment ne pas s'inquiéter de ce que fait cette troïka comme le FMI ? Comment refuser de mettre sur le tapis la question des destructions systémiques de la politique de financiarisation et monétarisme de l'économie ? Qui peut nier aujourd'hui que la politique de quantitative-easing n'est qu'une gigantesque cavalerie financière pilotée par un concert de Banques Centrales dominatrices, selon le big bang de Thatcher avec Reagan au milieu des années 1980 ? Le soutien des banques commerciales n'est qu'une fumisterie pour mutualiser leurs défaillances : prétendre se soucier de leurs bilans, n'est-ce pas une perversion du rôle des Banques Centrales quand il s'agit de les débarasser de leurs mauvais risques? De surcroît, Sorros ne dit mot de ce que les banques ont sorti et sortent de leurs bilans par la titrisation. Impossible d'ignorer les pratiques de "banque de l'ombre" dont leur stock d'encours toxiques ou pourris, qui circulent à toute vitesse, est de centaines de milliers de millierds d'? . La raison du plus fort étant toujours la meilleure, les puissances gouvernantes ou dirigeantes ne peuvent-elles pas comprendre que vouloir faire payer à tout prix aux populations la facture de pareils volumes de "truanderie" va ravager humainement et laisser aux vainqueurs un désert inexorable ?
a écrit le 12/04/2013 à 0:25 :
Je sais bien que le scribe cryptocommuniste qui a pondu cet article a un parti pris irrationnel vis-à-vis d?un plan d?austérité.
Mais en l?occurrence, le plan chypriote se différencie très fort du plan de sauvetage grec ou portugais.
En effet, pour la première fois, on assistera à un dégraissage substantiel de la fonction publique. C?est un élément capital dans la restauration de la confiance des chypriotes dans leur avenir. Enfin ils vont sentir que les sacrifices demandés ne sont pas là pour continuer à nourrir une pléthore de fonctionnaires grassement payés et si pas nuisibles, en tout cas inutiles. Donc exit ces fonctionnaires là et cap sur la croissance.
On va finir par virer les fonctionnaires inutiles en Grèce, au Portugal, en Italie, en Espagne, mais aussi en France, en Belgique et même en Hollande et peut-être même en Angleterre.
Il n?y a pas de miracle, la multiplication des pains ne se reproduit plus, il faut en produire et donc renvoyer tous ces parasites au travail. Cela viendra, il suffit d?attendre.
Réponse de le 12/04/2013 à 12:11 :
Je sais bien que le scribe crypto-libérale qui a pondu ce commentaire a un parti pris irrationnel vis-à-vis d'un plan d'austérité. Mais de là à proner comme solution l'élimination des quelques brebis galeuses pour assainir le secteur et l'économie, j'ai du mal à croire que la réflexion l'ai emportée sur la pulsion. L'absention est le meilleur moyen parfois pour éviter ce type de comportement irresponsable, et la troika, en l'occurence, devrait de temps à autres s'en inspirer. Pour un libéral, un léger coup d'oeil de l'autre coté de l'atlantique pourrait peut être te faire changer d'avis. Bref. Car l'austérité creuse un peu plus, chaque jour et à a chaque mesure prise, la tombe de ces pays, et du nôtre prochainement. Il est temps pour l'Europe de penser différement, de chercher l'alternative. En effet il y en a, les propositions ne manquent pas, mais toujours marginalisées par ses dirigeants des hautes sphères nationales ou supranationales ou supraplanétaires , car en fait on ne sait plus vraiment qui dirige, qui pensent detenir soudainement les armes pour lutter contre un pourrissement qu'ils ont eux même crée. L'article, influencé ou non politiquement, n'est donc pas une analyse des maux à venir faite de façon irrésponsable. Car jusqu'à maintenant, et prenons comme point de départ, pour limiter leur echec, le début de la crise: aucunes instances dans ses prévisions économiques n'a eu raison. Ce qui est irrésponsable est finalement leur faire encore confiance.
Réponse de le 12/04/2013 à 12:33 :
En fait, l'Angleterre a déjà agit ... Cameron a fortement dégraissé les services publiques. Pour l'instant on ne voit pas d'effet sur l'économie UK, mais les réformes structurelles (c'est bien connu) font effet au bout de quelques années ... bonnes ou pas.
A part cette précision, c'est assez inquiétant de voir les commentaires (et l'article) qui s'en prennent à la Troika (qui fait ce qu'elle peut ... sans doutes mal) et non pas aux responsables des faillites dans les pays à problèmes ... avec parmi les responsables, ceux qui ont élus des politiques corrompus, indigents et démagogues ... On a beau dire que les pauvres locaux ne sont pour rien dans leurs malheurs, c'est peut être vrai pour certains, mais collectivement ils sont responsables aussi ... cela vaut pour la France d'ailleurs.
a écrit le 11/04/2013 à 18:45 :
Supposons que l'objectif du FMI ne soit pas d'aider les pays en difficultés
a écrit le 11/04/2013 à 17:50 :
Se tromper est humain, persister dans son erreur est diabolique!
a écrit le 11/04/2013 à 17:44 :
Et la tête, et la tête, et le bec, et le bec. Aaalouette ils nous plumeront... .
a écrit le 11/04/2013 à 17:44 :
"Troïka" pieds nickelés de l'économie!
a écrit le 11/04/2013 à 17:36 :
ce mot stupide qui associe à la fois pere noel et pere fouettard : troika inventé dans une novlangue effrayante devrait deja nous mettre en garde de ce que veulent vraiment les dirigeants de l UE et l'Allemagne
a écrit le 11/04/2013 à 17:33 :
Je le savais... je peux être Président. C'est le poste ou l'on peut faire les pires conneries et affirmer les pires inepties expliquées par les plus grands économistes comme étant une ligne de conduite. Alors si vous votez pour moi je ne vous garantis, que tout ira mieux que si cela allait plus mal et pis c'est tout.
a écrit le 11/04/2013 à 17:20 :
Tout semble avoir dérapé en 98 quand l'énorme hedge fund dirigé par 2 prix nobels d'économie s'est vautré lamentablement après avoir attaqué la devise Russe, forçant la FED à intervenir, à partir de là, il devenait clair qu'il fallait manipuler les statistiques et les lois pour influencer le comportement des acteurs, sauf les copains. Le marché est devenu alors comme un jeu de bonneteau géant, totalement vicié, dont le but est de prendre aux autres avant que tout ne se crashe, faire durer le plus longtemps possible la partie avant le game over même si cela signifiait que la chute serait d'autant plus grande. Aucune conscience, pas de futur.
a écrit le 11/04/2013 à 16:59 :
aucune des prévisions de la troïka ne se sont révélées bonnes...... ces gens vivent hors sol....... et ne travaillent qu' partir d'hypothèses erronées......

mais l'essentiel est le diagnostic sur la crise.... il est faux, donc tout remèdes basés sur un diganostic faux est par nature voué à l'echec.......
Réponse de le 11/04/2013 à 17:43 :
Il y a un facteur non pris en compte par l'auteur de l'article : le gaz découvert au large de l'île...et son impact sur la croissance et sur les ressources publiques.
Réponse de le 11/04/2013 à 18:25 :
@curieux37. Oui, pis à notre époque seuls les experts nous font des affirmations bien pensantes, les contre experts n'ayant jamais droit à la parole... climat, Europe, panneau solaire, éolienne, voitures électriques, immigration chance pour la France, l'école, le mariage, sans l'euro nous sommes ruinés... etc, etc... . Heureusement que nous les avons hein nos élites !
a écrit le 11/04/2013 à 16:56 :
Encore à nous parler de croissance et de PIB comme s'il s'agissait d'une fin en soit. Le mythe, que dis-je, Saint Graal de la croissance infinie du PIB a depuis longtemps prouvé ses limites.
a écrit le 11/04/2013 à 16:11 :
Pourquoi allez prendre l'avis d'un soi-disant expert londonien , on connais la haine de ces gens la pour l'Euro , cela na aucune crédibilité .
Réponse de le 11/04/2013 à 18:11 :
pour répondre aux soi-disant experts du FMI
a écrit le 11/04/2013 à 16:06 :
Pour avoir vécu en Grèce de 2011 à fin 2012 et pour avoir vu les effets des differents plans de "sauvetages" (pour moi ce fut l'inverse), je suis d'accord avec la conclusion de cet article. A mon avis, il faut couper la tête de la Troïka qui ne publie que des rapports faussés et irréalisables dont l'unique but est de faire croire que l'on sort de la crise alors que ce n'est pas le cas.
La troïka met à genoux des peuples entiers sur le principe de solidarité... Nous n'avons donc ps la même définition de la solidarité
a écrit le 11/04/2013 à 16:04 :
Il n'est point nécessaire de sortir de l'euro pour que l'effet domino soit redouté! Nous y passerons tous parce que notre "voisin" s'affaiblie et nous ne réaliserons la chose que quand le plus fort s'écroulera, mais il sera trop tard!
Réponse de le 11/04/2013 à 16:17 :
comme à chaque fois avec l'UE... on a toujours un temps de retard et on laisse faire tant que l'on est pas au bord du précipice...
a écrit le 11/04/2013 à 15:58 :
J'aimerai un jour voir écrit, les malheurs de la TROÏKA ne font que débuter.
Réponse de le 11/04/2013 à 16:18 :
le jour ou les peuples se révolteront pour de bon et lorsque l'Europe sera morte... il me tarde à moi aussi
Réponse de le 11/04/2013 à 18:03 :
Et pourtant, à mon étonnement, je ne vois pas poindre de graves mouvements sociaux jusque là, comme si les peuples étaient anesthésiés par les discours du "ce serait pire si on ne faisait pas çà" ou "ça irait mieux dans un an". Je n'en reviens pas de voir ce que les Grecs, les Portugais ou les Espagnols endurent sans plus de réactions que des défilés pas spécialement menaçants pour les pouvoirs en place.
Réponse de le 11/04/2013 à 18:51 :
il y en a eu en Grèce... mais les gouvernements à la botte de la Troïka préfèrent envoyé les MAT ou police Anti-emeute pour mater les rebellions tout en utilisant des moyens à la limite du légal: rafles, intimidations, controls de la presse, torture... Vive L"Europe

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