Les Pays-Bas s'interrogent : relance ou rigueur ?

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Après le très mauvais chiffre révisé de la croissance néerlandaise, le leader travailliste, Diederik Samson, a demandé une relance « forte » de l'économie. Mais son allié libéral prépare un plan de rigueur.

Un triple A, mais une crise profonde. C?est un peu le paradoxe néerlandais. Ce mardi, le bureau néerlandais des Statistiques CBS a annoncé que la contraction du PIB pour le premier trimestre 2013 n?était pas de 0,1 % comme annoncé le 15 mai dernier, mais de 0,4 %. C?est certes moins que la baisse de 1,2 % du trimestre précédent, mais sur un an, le recul du PIB atteint 1,8 %. Depuis le premier trimestre 2011, l?économie néerlandaise n?a connu que trois trimestres d?expansion. Rien d?étonnant à ce que l?emploi se dégrade très rapidement. A la fin 2008, le taux de chômage était le plus bas d?Europe à 2,8 %,, il a atteint en mai dernier 6,6 %.

Eclatement de la bulle immobilière

Le principal mal dont souffrent les Pays-Bas, c?est sa crise immobilière. Jusqu?en 2008, une bulle s?est développée sous l'effet de plujsieurs facteurs : hausse de la demande pour des raisons démographiques, insuffisance de l?offre et une forte incitation fiscale à l?endettement pour des achats immobiliers. Résultat : les prix de l?immobilier ont progressé de 228 % entre 1985 et 2007, alors que l?inflation a atteint 56 %. Quant à l?endettement brut des ménages, il a été porté en 2010 à 266 % du revenu disponible brut (environ 128 % du PIB), un record pour la zone euro où la moyenne était de 100 %.

La demande intérieure en lambeaux

Avec la crise financière, la bulle a éclaté. Les prix ont baissé à partir de 2010 et sont désormais à leur niveau de 2000. « Les prix continuent à chuter », constate ainsi Raymond van der Putten, économiste chez BNP Paribas qui ajoute que « le secteur de la construction est frappé de plein fouet car, outre la crise de l?immobilier résidentiel, de nombreux bureaux sont vides et il y a peu d?espoirs de les voir occupés un jour. »

La chute de l?immobilier résidentiel pèse sur le système bancaire (l?Etat a dû sauver SNS Reaal en février), et, plus généralement, a conduit à une fragilisation de la situation financière des ménages. Certes, ces derniers disposent d?actifs solides pour faire face aux pertes sur le marché immobilier, mais la chute des prix a néanmoins engagé les ménages à réduire leurs dépenses. L?industrie néerlandaise a alors été touchée par le ralentissement européen et mondial, ce qui a encore ruiné la confiance des ménages. Résultat, comme le souligne CBS, la récession s?explique par deux points faibles : la faiblesse de la consommation et celle des investissements.

Situation politique difficile

A cela s?ajoute des situations politique et budgétaire difficiles. L?actuel gouvernement s?appuie depuis 2012 sur une alliance entre les Libéraux du premier ministre Mark Rutte et les Travaillistes du PvdA. Dans les premiers mois de son existence, le gouvernement avait insisté sur la consolidation budgétaire. En 2012, le déficit public atteignait 4,1 % du PIB. L?objectif de revenir à 3 % cette année a été abandonné et Bruxelles a accordé un délai d?un an au pays pour revenir dans les clous des critères de Maastricht.

Le gouvernement réfléchit en ce moment à l?opportunité d?un nouveau plan de rigueur de 6 milliards d?euros afin de pouvoir tenir ses engagements européens. « Un nouveau plan de rigueur pèserait encore sur les ménages », prévient Raymond van der Putten. Chez les travaillistes, on n?en veut pas. Le leader du PvdA Diederik Samson a ainsi mardi dans le quotidien De Volkskrant demandé un plan de relance. « Il est temps de donner une impulsion forte à l?économie », a-t-il déclaré.

« Acte de panique »

Comme le rappelle Raymond van der Putten, « le gouvernement n?a pas de majorité au Sénat, la chambre haute, où il dépend du bon vouloir de chrétiens-démocrates peu enclins à soutenir la politique budgétaire de la coalition. » Bref, il sera bien difficile à Mark Rutte d?agir. C?est du reste pour cela qu?il a lancé voici quelques jours un appel aux ménages néerlandais pour qu?ils « dépensent plus. »

Le risque, c?est que cette inaction entretienne la mauvaise entente au sein de son alliance gouvernementale, alors que les deux partis au pouvoir sont sous pression. Les derniers sondages donnent les deux partis populistes, le PVV de droite et le SP de gauche en tête, le PvdA, lui, perdrait plus de 10 points. Comme le note le leader socialiste du SP Emile Roemer, l?appel de Diederik Samson ressemble à un « acte de panique. »

L?espoir vient d?ailleurs

La dernière chance du gouvernement et de l?économie néerlandaise, c?est la reprise mondiale qui favoriserait les exportations. « Il n?y a pas beaucoup d?espoirs que la demande intérieure reparte, surtout avec le risque d?un nouveau plan d?austérité : la relance viendra de l?étranger », estime Raymond van der Putten. L?impact de la reprise allemande qui serait en cours est difficile cependant à évaluer car si, officiellement, 25 % des exportations néerlandaises se dirigent vers l?Allemagne, une grande partie d?entre elles ne sont que des produits en transit par Rotterdam.

Comme dans le reste de l?Europe, on en est donc à attendre comme le Messie une vive reprise mondiale au second semestre. Mais l?économie néerlandaise n?en sera que convalescente et ne marchera que sur un pied, celui des exportations. Il faudra encore attendre longtemps pour voir repartir la demande intérieure.
 

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Commentaires
a écrit le 27/06/2013 à 23:17 :
A ma connaissance, l'endettement des ménages néerlandais est de 331% du revenu disponible brut et le taux de chômage de plus de 8%. A vérifier.
a écrit le 26/06/2013 à 19:23 :
Il est loin le temps ou l'on montrait du doigt les pays du sud ...le taux d'endettement des ménages est
très important, croire à une relance par la conss intérieur est illusoire .
a écrit le 26/06/2013 à 12:43 :
Bravo, mais, qui a dit:"Les conseils ne font plaisir qu'à ceux qui les donnent"?
a écrit le 26/06/2013 à 9:26 :
Les pays du nord ont un problème démographique et donc à l image de Allemagne la rigeur semble la seul porte de sortie. Hélas pour eux il y a un mais leurs clients sont pour l essentiel le pays du Sud c est l histoire de la poule aux ?uf d or. Vous pouvez noter que le déficit public des pays bas et de 4,1% soit plus important que les prévisions les plus pessimiste en France et les pays bas comme le Luxembourg ont de plus une situation au niveau des retraites catastrophique plus de 2 fois le PIB dans les 5 à 10 ans. Allemagne est déjà aussi dans le rouge mais les bons résultats provisoire des exportations masque la réalité. Europe est donc en danger, le constat est sans appel nous devons quitter Europe dans les 3 ans pour profiter du renversement de situation.
a écrit le 26/06/2013 à 8:54 :
Relance svp
Réponse de le 26/06/2013 à 10:50 :
La relance profite d'abord aux pays qui vendent les denrées achetées !... Que pourrons-nous leur vendre ?...

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