En Grèce, le risque politique est de retour

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La Vouli, le parlement grec, pourrait bien être renouvelé avant 2016.
La Vouli, le parlement grec, pourrait bien être renouvelé avant 2016. (Crédits : Reuters)
Antonis Samaras, le Premier ministre grec, envisagerait des élections anticipées dès cette année. En réalité, la Grèce pourrait rapidement retrouver une forte instabilité politique.

La question du risque politique grec pourrait bien revenir sur le devant de la scène dès cette année. Selon plusieurs sources rapportées par les médias helléniques, le Premier ministre conservateur Antonis Samaras pourrait convoquer dès la fin de l'année 2014 de nouvelles élections générales.

Un président à élire, sinon l'on votera à nouveau

Certes, en théorie, le mandat de l'actuelle Vouli, le parlement grec élu en juin 2012, s'achève en 2016. Mais en février 2015, il faudra élire un nouveau président de la république en remplacement de Karolos Papoulias. Or, pour élire le chef de l'Etat, il faut une majorité des deux tiers, soit 200 députés. La coalition d'Antonis Samaras, formée des deux anciens ennemis d'hier, Nouvelle Démocratie (conservateur) et Pasok (centre-gauche), ne dispose que de 153 sièges. Or, si aucune majorité n'est trouvée pour élire un président, la Vouli sera dissoute et il faudra passer à nouveau aux urnes. C'est l'article 32-4 de la constitution

Pas de majorité pour un président

Le problème, c'est que, dans l'actuelle Vouli, trouver 47 députés capables de se rallier à la majorité d'Antonis Samaras relève de la gageure puisque l'ensemble des autres formations est officiellement opposé à la politique gouvernementale. Certes, on peut imaginer que, sur le choix d'une figure tutélaire, les députés indépendants (qui sont 15) et ceux de l'ancien parti de la coalition, la Gauche démocratique (Dimar, 14 députés), pourraient se montrer compréhensifs. Mais il manquerait encore 18 voix pour élire un président. Et l'on voit mal les autres partis représentés à la Vouli (Parti communiste, Syriza, Néo-nazis d'Aube Dorée et eurosceptiques de droite des Grecs Indépendants) manquer une telle occasion de revenir aux urnes alors que la popularité du gouvernement reste faible.

Des sondages favorables à Syriza

Le leader de Syriza, la coalition de la gauche radicale, Alexis Tsipras, a ainsi laissé entendre qu'il refusera tout compromis sur la présidence si son parti remportait les élections locales et européennes de mai prochain. Or, les derniers sondages sont particulièrement favorables à Syriza qui désormais dépasse régulièrement la Nouvelle Démocratie. Une enquête pour la région de l'Attique parue ce week-end, qui regroupe un cinquième des électeurs, montre une avance de 5 points de Syriza.

Antonis Samaras espère s'appuyer sur la reprise

D'où l'idée d'Antonis Samaras d'anticiper et de convoquer des élections dès la seconde partie de l'année. En 2009, les élections avaient été organisées pour la même raison. Son but est sans doute de mener une campagne courte et dramatique en mettant en jeu le maintien de la Grèce dans la zone euro. En juin 2012, son parti était finalement arrivé en tête de fort peu (29,66 % contre 26,99 %) après une campagne où la question de l'avenir européen de la Grèce avait été dramatisée à l'extrême.

Le slogan devrait, là, être le même : tout changement de politique entraînera une sortie inévitable et chaotique du pays de l'UEM. Le gouvernement, qui espère une croissance économique de 0,6 % cette année et un excédent primaire de 1,5 % du PIB, peut aussi compter sur un certain bilan et mettre en garde contre la perte du fruit des efforts consentis.

L'austérité va continuer

La manœuvre serait néanmoins risquée. L'austérité frappe encore durement un pays où le PIB a fondu en 6 ans de près de 25 % et où les services publics ont été drastiquement coupés. Le chômage demeure à un niveau record à 27,6 % de la population active. Surtout, les améliorations enregistrées ne sont guère en mesure d'infléchir cette politique : pour pouvoir honorer ses engagements et sa dette immense (175 % du PIB), la Grèce devra encore élargir son excédent primaire et le maintenir à un niveau élevé durant des années, ce qui ne manquera pas de peser durablement sur la population. Pour le moment, l'Allemagne reste inflexible quant à une restructuration de la dette détenue par les créanciers publics. Ce serait pourtant le seul moyen d'assouplir un peu la pression sur la population.

Impasse économique, impasse politique

Syriza pourrait donc bien profiter de cette impasse économique dans laquelle est la Grèce. D'autant que rien ne semble moins sûr que la reprise. En novembre, par exemple, la production industrielle a brutalement chuté. La consommation restant comprimée, l'investissement bloqué par la situation des banques, seules les exportations, dans la limite - faible - des capacités de la Grèce peut tirer la croissance. La question du futur modèle économique du pays reste non résolue.

Politiquement, le terreau pour un rejet de la politique actuelle est donc toujours aussi fécond. Les néo-nazis d'Aube Dorée sont ainsi revenus dans les sondages aux alentours des 10 % d'intentions de vote, effaçant les pertes enregistrés après le meurtre de Pavlos Fyssas, un musicien militant antifasciste en septembre dernier.

Des élections qui pourraient conduire au blocage

En réalité, ni Syriza, ni ND n'ont réellement intérêt à de nouvelles élections. Car comme on l'a vu, Syriza ne dispose guère d'alliés à gauche pour former un gouvernement majoritaire : le parti communiste, le KKE, très orthodoxe, rejette toute alliance et Dimar n'est pas assez fort pour apporter un soutien suffisant. Mais Antonis Samaras risque aussi de se retrouver coincé avec un Pasok qui pourrait voir son score divisé par deux aux alentours de 6-7 % des voix. Du coup, le paysage politique grec pourrait, à l'issue des élections, se retrouver divisé en trois blocs incompatibles : le centre pro-européen, la gauche anti-austérité et la droite et l'extrême-droite eurosceptique. Au final, le pays pourrait bien se retrouver ingouvernable.

La confiance en danger ?

Toute élection anticipée pourrait à nouveau porter atteinte à la confiance dans le pays. Un pays qui voit progressivement les étrangers réinvestir très progressivement (leur part dans la détention d'actions à la Bourse d'Athènes a dépassé en 2013 celle des investisseurs grecs). En cas de troubles politiques, le retour prévu par Antonis Samaras sur les marchés moyen et long terme seraient remis en cause, ainsi que le plan de financement après la fin du plan d'aide en juillet. Au final, l'économie grecque n'en sortira pas indemne. La crise grecque n'est peut-être pas aussi terminée qu'on veut bien le dire : les élections anticipées semblent difficilement évitables, mais elles pourraient aggraver encore la situation. Loin de sortir le pays de la crise, l'austérité, qui a détruit la stabilité politique grecque, l'y enfonce encore un peu…

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a écrit le 21/01/2014 à 11:07 :
"Pour le moment, l'Allemagne reste inflexible quant à une restructuration de la dette détenue par les créanciers publics. Ce serait pourtant le seul moyen d'assouplir un peu la pression sur la population." quand des extrémistes seront élu en grece elle sera peut etre moins inflexible
a écrit le 21/01/2014 à 9:47 :
La Grèce est dans une impasse complète ,elle ne pourra s'en sortir qu'en quittant la monnaie unique et surtout pas de raccourcis hâtifs elle fera toujours parti de l’Europe au sens politique et économique.Un pays comme la Grèce ne peut pas supporter à la fois d'avoir un Pib qui baisse en moyenne de 4 points par an avec pour corollaire l'augmentation de la dette.Pendant ce temps là c'est le peuple qui trinque.
a écrit le 21/01/2014 à 8:14 :
Pour la Grèce la démocratie c'est finie la TROÏKA l'a tuée et les militaires finiront par prendre le pouvoir.
a écrit le 20/01/2014 à 20:15 :
En bref, ils demandent combien ?
Réponse de le 20/01/2014 à 23:49 :
Eux ils réclament rien ! peut être que les banques oui .
a écrit le 20/01/2014 à 18:44 :
Si je comprends bien, après avoir menti sur l'état de leurs finances, les grecs reprochent à l'Europe les efforts qu'ils doivent faire pour mettre leur pays en état de marche... Il ne faudrait pas retourner l'ordre des responsabilités !
Réponse de le 20/01/2014 à 22:25 :
Comme si c'était l'ensemble des grecs qui avaient mentin sur l'état des finances du pays...
Et les coupables ils sont où ? Ils ont eu quoi comme sanction ? Goldman Sachs qui a activement collaboré à ce mensonge a-t-il eu une sanction ? Aucune.
Le peuple lui crève de faim.
Réponse de le 21/01/2014 à 1:16 :
@alextpe +1
a écrit le 20/01/2014 à 17:45 :
il est parfaitement étonnant de l'incroyable stabilité de la Grèce après ce remède de cheval que lui ont appliqué ses partenaires européens (je ne parle pas ici de l'EUROPE qui n'existe pas en tant qu'état mais bien des gouvernements qui sont les seuls à décider au sein du conseil). Après une dépression et un chômage du même ordre en 1933 les allemands avaient élu un certain Hitler. Finalement les Grecs sont peut être plus solides et sérieux que ce que certains veulent bien dire.

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