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Agroalimentaire - La Tribune Bordeaux

Les colères du monde agricole sur le bureau du préfet de Nouvelle-Aquitaine

Photo de Pierre Cheminade

Pierre Cheminade

Publié le 23 janvier 2024 à 16:35 - Mis à jour le 24 janvier 2024 à 10:20

Déjà dans les rues de Bordeaux en février 2023, la FNSEA 33 et les Jeunes agriculteurs de Gironde annoncent un blocage de l'entrée de la rocade mercredi 24 janvier 2024 à l'aube.

Déjà dans les rues de Bordeaux en février 2023, la FNSEA 33 et les Jeunes agriculteurs de Gironde annoncent un blocage de l'entrée de la rocade mercredi 24 janvier 2024 à l'aube.

Agence APPA

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Un an après son arrivée dans l'une des principales régions agricoles françaises, le préfet de Nouvelle-Aquitaine Étienne Guyot fait face à la colère des agriculteurs qui grimpe en Lot-et-Garonne et aux quatre coins de la région. Mais aussi en Gironde, un département marqué également par les difficultés des viticulteurs et des producteurs d'huîtres. Un blocage de la rocade bordelaise est annoncé dès mercredi 24 janvier à l'aube.

Après une très forte mobilisation en Occitanie, au sud de Toulouse et en Ariège où un barrage a été frappé par un accident mortel, la gronde du monde agricole s'intensifie en Nouvelle-Aquitaine depuis la fin de la semaine dernière. Les manifestants dénonçant des revenus insuffisants pour vivre, les retards de paiement des aides européennes et le poids écrasant des normes environnementales. En Lot-et-Garonne, les agriculteurs ont bloqué la voie ferrée et l'A62 entre Bordeaux-Toulouse et déversé des détritus devant la préfecture d'Agen. Même causes et mêmes conséquences ailleurs dans la région en Dordogne, dans les Pyrénées-Atlantiques ou encore à Limoges (Haute-Vienne) où est situé le siège de l'ASP (Agence de services et de paiement), l'organisme national chargé de verser aux agriculteurs les primes au titre de la Politique agricole commune.

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Et la colère gronde également en Gironde où, selon la Chambre d'agriculture, « un tiers des exploitations agricoles étaient en déficit structurel tandis que près des deux tiers des exploitants génèrent moins de 16.000 euros de revenus annuels ». Un blocage à la jonction de l'A10 et de l'A89 sur la rocade, au nord de la métropole bordelaise, est prévu ce mercredi 24 janvier dès 5h du matin à l'initiative de la FNSEA 33 et des Jeunes agriculteurs de Gironde. « Les agriculteurs de Gironde alertent sur l'agonie des campagnes ! Trop c'est trop ! Le Gouvernement ne semble pas entendre, il faut donc parler plus fort », clament les deux organisations, dénonçant « l'explosion des charges sur les exploitations », « les réglementations sont de plus en plus lourdes » et les négociations déséquilibrées avec les industriels. Elles affirment que le barrage ne sera levé « que lorsque le Premier ministre actera son déplacement en Occitanie, pour des annonces concrètes ». Une manifestation à laquelle ne s'associera pas la Confédération paysanne : « Le vrai sujet ce n'est pas les normes, c'est le revenu, ce sont les exploitations en cessation de paiement à cause du libre-échange et des distorsions de concurrence », justifie Dominique Techer, le porte-parole de la Confédération qui mènera avec le collectif Viti33 une action à Langon le 29 janvier.

« Une accumulation de toute une série de difficultés »

Quoi qu'il en soit, cette montée en puissance des manifestations et blocage est prise très au sérieux par

É

tienne Guyot, le préfet de région comme il l'a réaffirmé ce mardi 23 janvier lors de ses vœux : « C'est un contexte national mais nous nommes naturellement très concernés. J'ai reçu les représentants des organisations du monde agricole samedi [19 janvier] pour un échange très franc. Les agriculteurs sont face à une accumulation de toute une série de difficultés en matière administrative, de prix du carburant, de normes notamment environnementales, de délais de paiement, d'inquiétudes sur le renouvellement générationnel, etc. », a-t-il expliqué, soulignant l'objectif partagé de « souveraineté alimentaire ».
Pour

É

tienne Guyot, « il faut être en mesure de réinstaller davantage d'agriculteurs et leur assurer un revenu leur permettant de vivre ». Mais le haut-fonctionnaire reste, lui-aussi, dans l'attente des réponses du Premier ministre prévues dans les prochains jours. « C'est un sujet de très très grande préoccupation pour les services de l'État », a-t-il conclu.

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D'autant qu'en Gironde, la gronde agricole se télescope avec deux autres calamités : l'interdiction pendant près d'un mois de la vente d'huîtres du Bassin d'Arcachon et la détresse encore plus profonde des viticulteurs alors que 8.000 hectares du vignoble bordelais seront arrachés d'ici l'été 2024. Mais pour nombre d'exploitations, il sera même difficile voire impossible de payer les travaux, faute de trésorerie disponible.« J'ai demandé une réunion avec les banques pour m'assurer qu'elles jouent le jeu et permettent aux viticulteurs de pouvoir payer les travaux sans attendre le versement de l'aide de l'État qui arrivera dans un second temps », a indiqué le préfet.

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Enfin, sur le dossier ostréicole qui a marqué les fêtes de fin d'année avec une intoxication alimentaire ayant entraîné l'interdiction à la vente dès le 27 décembre,

É

tienne Guyot a assuré de « la bienveillance des services de l'État ». Il a également invité les collectivités à prendre les mesures pour éviter qu'un tel épisode ne se reproduise avec le dérèglement climatique. « Il y a un plan de 36 millions d'euros d'investissement pour des actions sous maîtrise d'ouvrage des collectivités mais l'État y prendra tout sa part pour le financer. Il y a une dizaine de chantiers prioritaires pour une dizaine de millions d'euros, il faut avancer », a-t-il mobilisé. Enfin, un dossier d'aide pour compenser les pertes d'activité liées à l'interdiction de la vente d'huîtres du 27 décembre au 19 janvier sera « transmis à Paris » au ministère de l'Agriculture et à l'Union européenne.

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Pierre Cheminade

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