Google, un vrai amoureux des livres...

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Il y a quelque chose de désarmant dans la façon dont Google cherche à déminer les critiques de ses détracteurs en s'efforçant de montrer qu'il comprend leurs valeurs et leurs préoccupations. Le géant d'Internet, qui a pour slogan "Don't be Evil", s'emploie autant qu'il le peut à se présenter comme un "good guy". Démonstration vis-vis des éditeurs à la Foire du Livre de Francfort.

Présent cette semaine à la Foire de Francfort, le grand rendez-vous mondial de l'édition, Google n'est pas forcément très bien vu du monde des livres. Il irrite avec ses mauvaises manières de numériser à la hussarde, sans demander d'autorisation aux éditeurs, les ouvrages qui ne sont pas encore tombés dans le domaine public, mais se trouvent dans les fonds de bibliothèques avec lesquelles il a passé des accords pour son grand projet de bibliothèque numérique mondiale.

Qui plus est, un projet dont s'est ému le directeur de la Bibliothèque Nationale de France, Jean-Noël Jeanneney, qui depuis janvier 2005, a pris son bâton de pèlerin pour appeler à un sursaut européen. Sa crainte, pour résumer, est que la bibliothèque numérique indexée par Google soit d'une part dominée par la culture anglo-saxonne, et d'autre part pervertie quant à la pertinence des résultats de recherche sur un livre, par le poids de la publicité et des liens sponsorisés.

Google a donc fait assaut de communication à Francfort pour démonter en douceur ces critiques. Et pour ces Français qui ont fait de l'exception culturelle contre la marchandisation anglo-saxonne, un cheval de bataille, il a édité un petit document, intitulé "Google Recherche de Livres: l'histoire". Et sous-titré: "Le monde des livres au bout des doigts". Il se présente comme un vrai livre: typographie et mise en page soignées, introduction signée de "l'auteur" Jens Redmer (directeur de Google Recherche de Livres pour l'Europe), table des matières et chapitres (Objectifs, Services, Avantages, Questions fréquemment posées, Ils ont dit..). Et une dédicace "aux amoureux du livre du monde entier"....

La numérisation, dit l'introduction, offre une opportunité semblable à celle ouverte par la presse à imprimer, mise au point "il y a six cents ans" par un "modeste métallurgiste allemand". Lequel (Gutenberg) n'en a pas tiré "la richesse", mais "l'accès de l'homme à l'information" en a été considérablement facilité.

L'ambition de richesse, cela va sans dire, n'entre en rien dans les projets d'une société cotée comme Google, qui veut juste "aider davantage de gens à découvrir un plus grand nombre de livres". Et qui a bien compris que pour parler au coeur des Français, il fallait un couplet sur la diversité culturelle. Ainsi nous rassure-t-il dans son "histoire": "Nous savons que la même chose ne saurait convenir à tout le monde - surtout sur un continent d'une diversité culturelle aussi grande que l'Europe". Tant d'attention pour se mettre à notre langage n'est elle pas touchante?

Et pour enfoncer le clou, Google a publié à Francfort le Top 10 des ouvrages les plus consultés en France, Grande-Bretagne et Allemagne, sur Google Book Search du 11 au 17 septembre. Qu'on se le dise: on trouve tout sauf des bestsellers dans ce classement. Et même du très politiquement incorrect au regard de la bien-pensance américaine, avec, pour le Royaume-Uni, une critique de Noam Chomsky, grande figure intellectuelle de la gauche américaine, sur la politique étrangère américaine. Le foisonnement de la connaissance et de la contestation émerge donc sur Google Search. CQFD. Et comme si cela ne suffisait pas, Google annonçait à Francfort le lancement de sa campagne mondiale contre l'illettrisme et d'un site pour promouvoir l'alphabétisation dans le monde.

Les associations de défense des Droits de l'Homme, présentes à Francfort, ont bien mis un petit grain de sable dans cette communication bien huilée, en dénonçant la souplesse des géants d'Internet, Yahoo! et Google, à collaborer avec la censure du gouvernement chinois. Mais Google répond qu'il ne fait qu'appliquer la loi chinoise. Et en Europe, il a nommé un "Conseiller confidentialité", qui explique comment concrètement, en dix actions, Google protège les données personnelles, et s'est refusé à se plier aux injonctions du gouvernement américain pour transmettre des URL d'utilisateurs. Google est vraiment un good guy, n'en doutez plus!

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