Vin : entre réticences et critères restrictifs, le plan d'arrachage national ne fait pas le plein

Maxime Giraudeau, avec AFP

Une parcelle de vignes arrachées dans le terroir bordelais de l'Entre-deux-mers en mars 2024.
MG / La Tribune

Maxime Giraudeau, avec AFP

Une parcelle de vignes arrachées dans le terroir bordelais de l'Entre-deux-mers en mars 2024.
MG / La Tribune
Deux plans nationaux d'arrachage en deux ans. Et à chaque fois, la même rengaine : l'enveloppe n'est pas entièrement consommée. Prévu pour ôter 32 500 hectares dans les vignobles avec une prime portée à 4 000 euros l'hectare, le résultat de l'appel à manifestation d'intérêt, qui s'est clôt hier, fait apparaître une demande en deçà des espérances.
5 824 dossiers ont été déposés par les domaines viticoles pour un volume total de 27 929 hectares, inférieur de 14 % par rapport à l'objectif. En novembre, le ministère de l'Agriculture avait mis sur la table 130 millions d'euros.
Les départements les plus concernés produisent des vins d'entrée de gamme et de grande consommation, principalement situés dans le Sud-Ouest (Gironde, Aude, Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales et Gers). Derrière eux, on retrouve les appellations Bordeaux et Languedoc en particulier.
Selon les chiffres provisoires rapportés par l'AFP, 37 % des surfaces candidates relèvent d'une demande d'arrachage total. Le reste concerne un retrait partiel.
Après 25 500 hectares supprimés lors de la première vague l'an dernier et environ 6 000 lors du plan spécial pour Bordeaux en 2024, la viticulture française approche les 60 000 hectares de vignes arrachées contre subvention. Avant cela, les organisations professionnelles chiffraient un excédent de 100 000 hectares de surfaces.
Un peu plus de la moitié du chemin a donc été parcouru grâce à l'arrachage. Distillation et repositionnement des produits doivent aussi aider à enrayer la surproduction. Mais le plus dur reste peut-être à faire puisqu'il faut désormais convaincre les plus réticents.
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Plusieurs raisons expliquent le manque de candidatures. Qu'importe la situation économique, arracher son domaine constitue d'abord un crève-cœur pour celles et ceux qui, dans la plupart des cas, arrivent en retraite où sont des héritiers de la vigne. Les longues histoires familiales expliquent une partie des réticences, même si l'idée a fait son chemin ces dernières années.
Les primes nationales d'arrachage sont par ailleurs arrivées tardivement, si bien que, pour retrouver l'équilibre entre production et ventes de vin, des domaines ont tout simplement choisi de laisser leurs rangs en friche. Quitte à risquer des problèmes sanitaires en laissant proliférer les maladies. Problème, ceux-là ne peuvent aujourd'hui bénéficier de l'arrachage primé. La vigne doit avoir été cultivée sur la dernière saison.
D'autres décident même d'entreprendre les travaux de retrait par leurs propres moyens. Ce qui permet de s'affranchir des parcours administratifs, mais surtout de conserver des droits de replantation équivalents aux surfaces arrachées. La Commission européenne a d'ailleurs prolongé la durée de ces droits l'an dernier.
Les domaines en liquidation judiciaire sont également exclus du programme. Le phénomène est encore marginal et touche d'abord des exploitants approchant la retraite. Mais un risque réel est identifié par les syndicats à l'heure où les prix du vin restent très bas et ne couvrent plus les coûts de production. Les entreprises placées en procédure de sauvegarde, conciliation ou redressement judiciaire étaient en revanche éligibles.
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Dernier frein, le montant de la prime jugé trop bas par certains. Le coût des travaux d'arrachage oscille entre 1 500 et 2 500 euros par hectare selon les vignobles, limitant le gain pour les trésoreries. En comparaison, Bordeaux avait mobilisé 6 000 euros par hectare en 2024, tandis que Cognac va abonder un complément au plan national pour atteindre 10 000 euros l'hectare.
Maxime Giraudeau, avec AFP