Cette ambition fixée pour 2030 est désormais hors de portée, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). En cause : des changements politiques instaurés par Donald Trump, et en Chine, qui ralentissent leur progression.
Des vents contraires soufflent sur les renouvelables. Les capacités mondiales devraient augmenter de près de 4 600 gigawatts (GW) à horizon 2030, soit plus du double (2,6 fois) du déploiement de ces cinq dernières années, selon le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publié ce mardi.
C’est bien, mais moins que l’objectif de 5 500 GW (-5 %). Ce dernier, fixé il y a seulement deux ans lors de la COP 28, équivaut au triplement des capacités mondiales. L’organisme estimait l’année dernière encore possible de l’atteindre, mais plus maintenant.
Et la cause est à chercher du côté des États-Unis. Si l’AIE a revu à la baisse sa prévision de croissance des capacités des renouvelables au niveau mondial, c’est « principalement en raison de changements politiques, réglementaires et de marché intervenus depuis octobre 2024 » sur le sol américain et en Chine, indique-t-elle. Elle a ainsi réduit de près de 50 % ses prévisions pour le marché américain par rapport à l’an dernier, et de 5 % celles de celui chinois.
Au pays de l’Oncle Sam, la baisse des prévisions de l’AIE est la conséquence de plusieurs changements cumulés. L’un des plus importants est la « suppression progressive » et « plus tôt que prévu » de crédits d’impôt en faveur de l’investissement et de la production dans toutes les technologies de production d’électricité à zéro émission. Cette décision a été instaurée par la loi « One Big Beautiful Bill Act » (OBBBA) de Donald Trump, adoptée en juillet dernier. À cela s’ajoute de nouvelles restrictions à l’importation, la suspension des nouvelles concessions d’éoliennes offshore et la restriction de l’autorisation de projets éoliens et solaires photovoltaïques terrestres sur les terres fédérales.
Autant de mesures qui devraient aboutir à ce que les États-Unis ajoutent moins de capacités d’énergies renouvelables que prévu d’ici 2030, estime l’AIE. Rien d’étonnant puisque, depuis son retour à la Maison-Blanche en début d’année, Donald Trump a enclenché une marche arrière toute en matière de climat. Le président américain s’est lancé dans une bataille tout particulièrement contre le solaire et l’éolien, tout en défendant les intérêts des industries du pétrole et du gaz.
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Du côté de la Chine, la réduction des prévisions de l’AIE s’explique par le changement de mécanisme pour l’achat d’électricité renouvelable. De contrats aux tarifs fixes, le système repose désormais sur des enchères concurrentielles. « Bien que cette politique constitue une avancée positive vers l’intégration des énergies renouvelables au marché, elle devrait réduire la rentabilité pour les investisseurs, ce qui nous incite à revoir légèrement nos prévisions », précise l’organisation.
Du mieux dans le reste du monde
Si la baisse des prévisions de l’AIE se limite au global à -5 %, c’est parce que l’organisation estime que d’autres pays vont dans le même temps faire mieux. Elle a ainsi revu légèrement à la hausse ses prévisions pour l’Union européenne (UE), grâce principalement aux capacités solaires photovoltaïques à grande échelle déployées en Allemagne, en Espagne, en Italie et en Pologne.
Mais c’est surtout l’Inde qui s’affiche motrice : volumes d’enchères en hausse, nouveau soutien aux projets solaires sur les toits et accélération de l’autorisation de projets hydroélectriques. « Le pays est en bonne voie pour devenir le deuxième marché de croissance des énergies renouvelables, avec une capacité qui devrait être multipliée par 2,5 en cinq ans », souligne l’AIE.
Les prévisions sont aussi attendues meilleures pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, grâce à des développements plus rapides que prévu en Arabie saoudite cette année. Ainsi que pour l’Asie du Sud-Est, en raison d’une mise en œuvre plus rapide des grands projets hydroélectriques et l’introduction d’objectifs et de dispositifs d’enchères plus ambitieux.
Cette baisse des prévisions n’est pas à prendre à la légère. Car de l’objectif de tripler les capacités mondiales des énergies renouvelables dépend, en grande partie, celui de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C, fixé par l’accord de Paris sur le climat lors de la COP 21. À la clé avec cette multiplication par trois : 7 milliards de tonnes de CO2 évitées d’ici 2030, estime l’AIE.
Le déploiement des énergies renouvelables a en outre déjà montré ses intérêts en matière de sécurité énergétique. Il a ainsi permis « de réduire considérablement les besoins d’importation de combustibles [hors pétrole et produits associés] dans de nombreux pays », indique l’organisation. Chiffres à l’appui : sans cette montée en puissance des renouvelables, l’approvisionnement en électricité de l’UE en 2023 aurait été assuré pour moitié quasiment (47 %) par des combustibles fossiles importés, contre deux fois moins (24 %) dans les faits. Idem, dans des proportions plus ou moins grandes, pour les autres pays du monde.