ENTRETIEN CROISÉ — C’est la première BD de Lola Lafon et une des rares collaborations de Pénélope Bagieu. Avec « La Nuit retrouvée », on assiste à la rencontre inattendue, mais évidente, de leurs univers.Mercredi 5 novembre, dans les salons de Gallimard, Lola Lafon découvre avec émotion La Nuit retrouvée enfin imprimé. Pénélope Bagieu la rejoint, feuillette le volume, vérifie les couleurs des cases qui l’ont tant occupée. Leurs univers parallèles, l’une dans le roman, l’autre dans la BD, racontent depuis toujours les femmes, leur mémoire et leur corps – et soudain, leurs routes se croisent : première bande dessinée pour Lola Lafon, rare collaboration pour Pénélope Bagieu.
Ensemble, elles tissent une histoire de transmission et de désir sur la côte landaise, entre pins et vagues. Hélène, mère quinquagénaire, se confie à sa fille et se souvient d’un été de surf, d’un moment de folie, d’une soirée à Hossegor (Landes).
Cette Nuit retrouvée a la coloration proustienne du Temps retrouvé (1927), où les vies se rejoignent dans la lumière tremblée de la mémoire. Chez Lafon, la force des femmes ordinaires, leur corps, leurs désirs et leur indépendance ; chez Bagieu, la subtilité du trait, la précision de la mise en scène et l’infinie attention aux nuances. La dessinatrice excelle à faire décliner la lumière et à rajeunir ou vieillir ses personnages. Deux voix qui s’accordent sans jamais se confondre.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Comment s’est passée votre rencontre ?
LOLA LAFON — On se suivait sur Instagram. On a d’abord échangé sur des sujets d’actualité, d’écriture… Et puis un jour, on a décidé de prendre un verre.
PÉNÉLOPE BAGIEU — Ce verre a duré mille heures ! On a parlé de tout : nos colères, nos enthousiasmes, nos obsessions. À la fin, je lui ai dit : « Si un jour tu veux faire une BD, pense à moi. » Parce qu’en dévorant ses romans, je m’étais dit que sa plume était faite pour la bande dessinée.