Vue aérienne du futur aérodrome (à droite) et de l’usine d’assemblage de ballons dirigeables de Flying Whales (bâtiments à gauche) sur la commune de Laruscade, 45 km au nord de Bordeaux.
GAAMMA – Goudchaux Architecte & Associés et Mamou-Mani Ltd.
L’urgence à stopper les travaux préparatoires de l’usine de Flying Whales n’est pas caractérisée, pour le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux. Déboutée, la Sepanso Gironde a déposé deux autres recours contre le futur hangar à dirigeables. En attendant, les travaux pourront démarrer en septembre 2026.
La Sepanso Gironde avait rendez-vous avec la Communauté de communes Latitude Nord Gironde, la préfecture de Gironde et Flying Whales le 27 février au tribunal administratif de Bordeaux. L’association de défense de l'environnement demandait la suspension des travaux préparatoires entamés en février à Laruscade, sur le site où doivent voir le jour les premiers dirigeables géants de la start-up Flying Whales.
En jeu : faire valoir l’urgence à stopper les dégâts écologiques en cours, alors que deux recours sur le fond sont portés par l’association pour faire annuler l’autorisation environnementale accordée au projet, ainsi que la dérogation à la protection des espèces protégées.
Maître Gutierrez, pour la communauté de communes Latitude Nord Gironde – porteuse du projet d’aménagement de la zone d'activité économique filière dirigeable –, a défendu l’aspect « réversible » des travaux en cours sur le site : « On a seulement des opérations permettant par la suite des sondages géotechniques. Donc de l’aplatissement de végétation et du débroussaillage sur une emprise de 7 000 mètres carrés. »
Dans leurs plaidoiries, les avocats de la Sepanso Gironde veillaient à nommer ces actions pour ce qu’elles sont : de « l’élargissement des chemins » puis « des carottages ». Pierre Pellissier, l’un des deux avocats, décrivait des travaux qui impactent « de façon irréversible l’état des espèces protégées – 77 recensées sur le site – et les zones humides – près de 39 hectares détruits ou impactés. Le porteur de projet lui-même l’admet, et une note de la préfecture précise que la dette écologique pour les travaux de sondage se chiffre en milliers de mètres carrés. »
Ce lundi 2 mars, le tribunal administratif a autorisé la poursuite du chantier dans l'immédiat. Mais l’audience du vendredi 27 février a parfois semblé anticiper la suite du parcours administratif de Flying Whales. Les débats entre avocats ont largement évoqué le fond du dossier. Côté Sepanso Gironde, il a été question de soulever les incohérences du projet : compensation écologique « non fonctionnelle », potentiel de décarbonation à relativiser, prise de risque financier par la sphère publique… Avec 23,7 % du capital de Flying Whales, la Région Nouvelle-Aquitaine en est le premier actionnaire public devant l'État (11,6 %).
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Le prototype envisagé en 2028
La défense a rappelé les promesses de l’innovation, vantant les « 300 emplois créés » autour du site et les plusieurs dizaines de contrats commerciaux déjà bouclés – sans donner de détail. « On a eu l’occasion de défendre le dossier, de montrer en quoi le projet est légal et conforme aux réglementations », concluait Clément Barthe, directeur industriel de Flying Whales, à la sortie du tribunal, le 27 février.
Les travaux de défrichement des 75 hectares de zones boisées et humides pourront démarrer en septembre 2026, après une pause entre mars et août pour respecter le rythme de la biodiversité. Le chantier a déjà pris du retard, et Flying Whales concède un nouveau décalage : les essais des prototypes ne seront pas possibles avant 2028, soit avec quatre ans de retard par rapport au calendrier initial.
Projets en Inde et en Lot-et-Garonne Alors qu'elle peine à boucler depuis plusieurs mois une nouvelle levée de 150 millions d'euros, l'entreprise poursuit son développement sur le papier. Elle vient d'annoncer, coup sur coup, un partenariat avec le groupe indien BLP et l'État du Tamil Nadu pour y implanter sa troisième usine de dirigeables. Comme pour le projet annoncé l'an dernier au Québec, c'est le futur site d'assemblage de Laruscade qui devrait y être dupliqué. Flying Whales a également confirmé la création sur l'aéroport d'Agen d'une école de formation dédiée aux métiers du dirigeable autour d'un dirigeable-école de taille bien plus modeste que le futur LCA60T qui doit être fabriqué à Laruscade.