Le triomphe électoral de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi ce dimanche ouvre la voie aux dépenses budgétaires accrues. Avec de possibles conséquences pour les secteurs français du luxe, du nucléaire, de la défense ou de l’agroalimentaire.
Devenue en octobre la première femme à diriger le pays, la Première ministre japonaise a dissous fin janvier la chambre basse du Parlement où sa coalition gouvernementale avait tout juste la majorité. Pari largement gagné : son Parti libéral démocrate aurait remporté dimanche 316 des 465 sièges, selon les médias locaux, citant des résultats partiels. Avec son partenaire de coalition minoritaire, ils obtiendraient 352 sièges.
Selon les analystes, la victoire écrasante du Parti libéral démocrate était la meilleure issue possible pour le yen. Une large majorité offre à la Première ministre plus de liberté pour répondre aux pressions des marchés, comme elle l’a fait par le passé, et ajuster les politiques afin d’éviter la faiblesse du yen. Dans l’immédiat ce lundi matin, en dépit des craintes de dérapage budgétaire, la devise japonaise se renforçait, gagnant 0,3 % vers 9 h 40 à Paris, à 156,76 yens pour un dollar, après avoir initialement piqué du nez.
Toutefois, la faiblesse du yen pourrait avoir des conséquences pour le secteur français du luxe, dont le Japon représente près de 30 % des exportations. LVMH, Kering ou Hermès pourraient avoir du mal à la répercuter sur les prix de vente locaux pour préserver leurs marges en euros, au risque de freiner la demande intérieure, ou absorber le coût du change.
Mais ce « yen bon marché » agit comme un catalyseur pour le tourisme, avec un afflux record de visiteurs, notamment américains et asiatiques, dont le pouvoir d’achat démultiplié profite directement aux enseignes françaises de Ginza ou Omotesando. En 2024, notamment, les ventes de LVMH avaient profité de la hausse des dépenses de la clientèle touristique en raison de la forte baisse du yen, rappelait le numéro un mondial du luxe en octobre dernier.
Le scénario à privilégier pour le luxe français est donc, pour l’heure, un transfert de consommation, de la clientèle locale vers les flux touristiques.
Nucléaire
Le virage pro-atome de Takaichi pourrait par ailleurs représenter un marché possible pour EDF, Framatome et Orano, particulièrement sur les enjeux cruciaux de la gestion du cycle du combustible. Le Japon a pour ambition de construire de nouveaux réacteurs et a relancé ce lundi un réacteur de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa la plus grande du monde.
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Le projet de relance, estimé à 117 milliards d’euros, prévoit également des subventions massives vers la décarbonation. L’hydrogène vert, en haut de l’agenda gouvernemental, pourrait constituer un marché pour Air Liquide et Engie qui ont déjà des joint-ventures locales.
Défense
Sanae Takaichi va par ailleurs pouvoir mettre en œuvre son ambitieux programme politique pour renforcer la défense nationale. Le gouvernement japonais a approuvé fin décembre dernier un budget de défense record de 9 000 milliards de yens (48 milliards d’euros) pour 2026, les dépenses se rapprochant de l’objectif de 2 % du PIB.
Dans une logique de diversification des fournisseurs face à la domination historique des États-Unis, des groupes comme Thales, pour l’électronique, ou Safran pourraient capter une part du marché. Dans le civil, la reprise du trafic intérieur pourrait permettre à Airbus de gagner du terrain, et le segment des liaisons inter-îles pourrait profiter à ATR.
Agroalimentaire
Enfin, Sanae Takaichi a fait de la suspension de la taxe sur la consommation des produits alimentaires une autre promesse de sa campagne. Si elle est actée, cette mesure aurait des conséquences pour les vins, spiritueux et produits laitiers français, dont les prix subissent l’inflation importée. Cette mesure viendrait amplifier les effets de l’accord de partenariat économique (APE) entre l’UE et le Japon. La stabilité politique promise par la supermajorité de Takaichi sécurise l’application de ce traité, qui prévoit une réduction continue des droits de douane pour l’agroalimentaire européen.
Toutefois, le gouvernement pourrait durcir les conditions d’acquisition d’actifs japonais dans les secteurs dits stratégiques. La technologie et le foncier sont particulièrement visés par cette volonté de souveraineté.