Le G7 Finances tente de sauver le multilatéralisme face à la Chine
latribune.fr
Le président français Emmanuel Macron préside une visioconférence des dirigeants du G7 pour discuter des répercussions de la guerre en Iran sur l'économie mondiale, dans le contexte du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran, à l'Élysée à Paris,...
Quelques jours après la visite historique de Donald Trump à Pékin, les ministres des Finances du G7 se réunissent lundi et mardi à Paris pour tenter de coordonner leur réponse aux déséquilibres mondiaux et à la domination chinoise sur les minerais critiques. Roland Lescure, hôte du sommet, veut éviter que chaque pays négocie seul avec Pékin, au risque de torpiller le front occidental.
Les ministres des Finances et gouverneurs de banques centrales du G7 se retrouvent lundi 19 et mardi 20 mai à Paris, quelques jours seulement après la première visite d'un président américain en Chine depuis 2017. La France, qui préside cette année le G7, cherche à publier deux communiqués — dont un avec quatre pays associés (Kenya, Brésil, Inde, Corée du Sud) — pour alimenter le sommet des dirigeants prévu du 15 au 17 juin à Évian. L'objectif affiché : démontrer que « le multilatéral peut fonctionner », selon les mots de Roland Lescure, même si le ministre français de l'Économie et des Finances reconnaît que « les discussions ne sont pas faciles, y compris évidemment avec nos amis américains ».
Les désaccords portent notamment sur le commerce international, après l'imposition de surtaxes douanières par Washington. La crainte française : que chaque membre du G7 négocie en ordre dispersé avec Pékin sur les dossiers sensibles, fragilisant ainsi le front occidental face à la Chine.
« La manière dont l'économie mondiale se développe est clairement insoutenable »
Roland Lescure a posé un constat sans détour mercredi dernier : « La manière dont l'économie mondiale se développe depuis maintenant une bonne dizaine d'années est clairement insoutenable.» Le ministre français cite le déficit budgétaire élevé des États-Unis, le manque d'innovation de l'Union européenne, la consommation atone en Chine couplée à une surcapacité industrielle. Ces déséquilibres alimentent les tensions commerciales, géopolitiques et financières, et compromettent la croissance mondiale.
Une simple reconnaissance commune de cette situation par les sept puissances serait déjà considérée comme une grande avancée par la présidence française. Car jusqu'à présent, le problème était plutôt abordé sous l'angle de la stabilité financière globale, explique Pierre Jaillet, conseiller à l'Institut Jacques-Delors.
Comment la dépendance aux minerais critiques devient une arme géopolitique
Désormais, s'ajoute « l'optique de la sécurité économique », selon Pierre Jaillet : « Des excédents ou déficits commerciaux peuvent refléter des vulnérabilités ou des dépendances, notamment en matière de minéraux critiques ou d'énergie », avec des risques de perturbations des chaînes de valeur. Ces dernières années, les pays producteurs et transformateurs — Chine en tête — ont parfois restreint certaines exportations de composants essentiels (lithium, cobalt, terres rares) ou profité de leur situation dominante pour influer sur les prix.
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La France entend « s'assurer qu'on puisse ne pas dépendre d'un pays particulier, la Chine pour ne pas la citer, sur notre approvisionnement en terres rares », a indiqué Roland Lescure. La Cour des comptes européenne a récemment pointé du doigt la trop grande dépendance de l'Union aux importations chinoises de matériaux critiques.
La « boîte à outils commune » que Paris veut imposer au G7
La France pousse trois axes. Comprendre les marchés de minerais critiques pour « pouvoir répondre en cas de bouleversement potentiel », explique Roland Lescure ; organiser ces marchés via des accords commerciaux ou des instruments d'intervention tels que prix planchers, quotas ou tarifs — une sorte de « boîte à outils commune » — ; et promouvoir des projets multilatéraux permettant de développer l'extraction, le raffinage et la transformation autonome par une coalition de pays.
L'exemple mis en avant : l'usine franco-japonaise Cermag en construction à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), qui produira des aimants permanents pour moteurs électriques et éoliennes. « Il faut qu'on fasse pour les matériaux critiques ce qu'on a fait sur l'énergie dans les années 1970 » : une cause commune, résume le ministre français.
Ce que la guerre au Moyen-Orient change pour l'économie mondiale
Le G7 débattra aussi des conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient et du blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, essentiel au transport d'hydrocarbures et d'engrais. Les cours ont été poussés à la hausse. En raison de cette situation, le FMI s'attend à une croissance mondiale de 3,1 % en 2026, contre 3,3 % prévus précédemment, et à une inflation plus élevée.
Une libération coordonnée de stocks stratégiques a déjà été décidée en mars. Une nouvelle libération « n'est pas à l'ordre du jour » pour cette réunion, selon Roland Lescure, mais pourrait intervenir « dans les semaines, les mois qui suivent » si la situation l'exige.
Qui paie la facture des déséquilibres mondiaux
Les entreprises et les ménages subissent directement les effets de ces déséquilibres : croissance molle, inflation persistante, risques sur les chaînes d'approvisionnement. Les secteurs les plus exposés — automobile électrique, énergies renouvelables, défense — font face à une double pression : coûts d'accès aux minerais critiques en hausse et incertitude sur la sécurisation des approvisionnements. Les banques centrales, qui espéraient baisser leurs taux cette année, doivent composer avec une inflation alimentée par le choc énergétique lié au Moyen-Orient.
Au menu du G7 figure également le financement de l'aide au développement, avec la volonté de passer d'une logique d'assistance à des partenariats stratégiques encourageant l'investissement privé, comme défendu cette semaine par Emmanuel Macron lors d'un sommet Afrique-France à Nairobi. L'objectif : transformer les pays africains riches en minerais en partenaires industriels, plutôt qu'en simples fournisseurs de matières premières contrôlées par Pékin.
Comment la dépendance aux minerais critiques devient une arme géopolitique