La stratégie à « deux jambes » d’Emmanuel Macron, qui consiste à s’appuyer sur les renouvelables et sur le parc nucléaire pour sortir des combustibles fossiles, a-t-elle déjà du plomb dans l’aile ? Sur le papier, ces deux sources d’énergie devront cohabiter, en profitant de la flexibilité des réacteurs atomiques (dont la puissance peut fluctuer) pour s’adapter à l’imprévisibilité des éoliennes et des panneaux solaires, très sensibles à la météo.
Cette « capacité de modulation unique au monde » des centrales serait même un « atout stratégique majeur », a encore vanté cet été le directeur exécutif d’EDF Cédric Lewandowski dans Le Mensuel Grand Est. En prenant le relais des renouvelables lorsque qu'ils ne génèrent plus suffisamment d’électricité, elles permettraient au réseau « d’intégrer l’arrivée toujours plus importante » de ces installations « intermittentes ».
En pratique, pourtant, cela s’annonce plus complexe que prévu. Car le PDG du groupe, Bernard Fontana, tient un tout autre discours : l’impact de ces variations de charge « soulève des questions sur le plan technologique », en termes « d’impact sur le fonctionnement des réacteurs et en matière de résilience du système électrique », a-t-il indiqué dans une lettre adressée à la Cour des comptes et publiée en début de semaine.
En réponse à un rapport des Sages de la rue Cambon sur la prolongation du parc jusqu’à 50 ans, voire 60 ans (une « option avantageuse » d’un point de vue économique, ont-ils conclu), Bernard Fontana a en effet pointé une « préoccupation grandissante s’agissant des impacts d’un recours accru à la modulation ». Concrètement, en modifiant constamment leur puissance à la hausse ou à la baisse pour s’adapter aux variations de production et de consommation, les réacteurs s’useraient plus vite. Plutôt qu’un atout, il pourrait donc s’agir d’un talon d’Achille. Au risque de compromettre la prolongation du parc ?