Spécialiste des matériaux utilisés dans les batteries électriques, Laurence Croguennec a reçu la médaille d'argent 2025 du Centre national de la recherche scientifique.
ENTRETIEN. Alors que l'Europe s'attelle à créer une filière souveraine des batteries, Laurence Croguennec, la directrice adjointe de l’Institut de chimie de la matière condensée de Bordeaux (ICMCB) et médaille d'argent 2025 du CNRS, synthétise les enjeux de R&D qui permettront aux industriels européens de rester dans la course.
Spécialiste de cristallochimie, Laurence Croguennec étudie les relations entre composition, structure et propriétés des matériaux afin d'optimiser les propriétés les plus cruciales d'une batterie : autonomie, sécurité, durée de vie et recyclabilité. Directrice de recherche CNRS et directrice adjointe de l'ICMCB, elle est chercheuse dans l'une des plus grosses équipes de recherche en France sur les matériaux de batteries, composée de près de 50 personnes.
Laurence Croguennec recevra en décembre prochain la médaille d'argent 2025 du CNRS pour l'ensemble de ses travaux portant à la fois sur l'optimisation des matériaux des batteries lithium-ion mais aussi sur le développement de nouvelles générations de matériaux pour des technologies alternatives moins gourmandes en matériaux critiques ou plus sûres.
LA TRIBUNE - Quelles sont aujourd'hui les alternatives crédibles aux batteries lithium-ion ?
LAURENCE CROGUENNEC - Nous travaillons notamment sur la technologie sodium-ion qui s'appuie sur un élément pas cher, abondant et bien réparti sur la planète puisqu'on le trouve dans le sel ! À l’inverse, les ressources en lithium sont principalement localisées en Amérique du Sud, Chine et Australie. Le développement de batteries sodium-ion permet donc de diminuer la pression sur la ressource en lithium. Et bien que la technologie sodium-ion offre intrinsèquement une autonomie inférieure d'environ un quart à celle du lithium-ion, elle peut répondre néanmoins à un grand nombre d'usages, notamment la charge rapide.
Je suis, par exemple, co-inventrice d'un brevet utilisé par l'entreprise Tiamat (Hauts-de-France) pour le développement de batteries sodium-ion à charge rapide et visant les marchés de la mobilité, du stockage des énergies renouvelables et des alimentations sécurisées de centres de données et de réseaux intelligents.
On en est encore aux premières générations de batteries sodium-ion mais les perspectives d'un développement rapide sont importantes car les procédés industriels restent très proches de ceux du Li-ion. Tiamat lance ainsi la construction d'une première gigafactory dans les Hauts-de-France tandis que l'industriel chinois CATL a introduit des premières batteries sodium-ion dans de petites voitures électriques.
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