Un documentaire sur l'enfer taliban, une série sur le blues dominical, un thriller avec Benoît Magimel... Découvrez notre sélection médias de la semaine du 9 mars 2026
« Le Pays taliban », huis clos afghan (4,5⭐/5)
Depuis leur retour à la tête du pays en août 2021, ils dirigent l’Afghanistan d’une main de fer, à travers une myriade d’interdits. Diffusé ce dimanche 8 mars à 21h05 sur France 5 dans Le Monde en face, le documentaire « Le Pays taliban » propose une plongée saisissante au cœur de l’un des régimes les plus liberticides au monde.
Un film réalisé par Solène Chalvon-Fioriti, fine connaisseuse de ces contrées pour y avoir résidé plusieurs années par le passé, avant le retour des talibans. Celle qui avait déjà tourné Afghanes pour la même chaîne en 2023 a côtoyé pendant un an ses habitants, dont le quotidien s’est considérablement dégradé – surtout pour les femmes.
« Ça a été progressif, explique la grande reporter. Au départ, les talibans ont laissé ouvertes les écoles pour filles. En tant que journaliste, je pouvais par exemple interviewer le ministre de la Santé, qui me regardait dans les yeux. Il y avait des raisons d’espérer. Puis ça a été la dégringolade. L’effondrement. Une course à l’effacement des femmes s’est mise en place et elle n’est pas terminée. C’est terrorisant et dystopique. »
L’Afghanistan est une dictature religieuse avec une telle violence… Quand on va en prison, on est systématiquement tabassé. Dans ce contexte, de nombreux hommes résistent à leur manière et sont dans le contournement.
Solène Chalvon-Fioriti
Impossible de lister ici l’ensemble des activités qui leur sont désormais interdites tant elles sont nombreuses. Quelques exemples emblématiques : poursuivre sa scolarité après l’école primaire, travailler dans le secteur public ou pour une ONG, voyager seule, se rendre dans un parc national, apparaître aux fenêtres ou encore parler fort dans un espace public. Une atmosphère suffocante entretenue par les « porteurs de linceul », le nom donné aux agents chargés de la « promotion de la vertu » et de la « répression du vice », vêtus d’une blouse blanche et déployés sur tout le territoire.
Dans ce documentaire, le choix a été fait de tendre le micro aux hommes. « Depuis 2021, on me pose sempiternellement cette question : “Pourquoi ne se rebellent-ils pas contre cette répression à l’égard des femmes ?” confie Solène Chalvon-Fioriti. C’est très agaçant d’entendre cela. En France, contester, ça signifie aller dans la rue, prendre des pancartes et crier très fort. Mais l’Afghanistan est une dictature religieuse avec une telle violence… Quand on va en prison, on est systématiquement tabassé. Dans ce contexte, de nombreux hommes résistent à leur manière et sont dans le contournement. »
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
À l’image de ce pharmacien qui abrite dans son arrière-boutique des cours clandestins pour former des sages-femmes. Ou encore cet homme que l’on voit défier par la rhétorique un « porteur de linceul » qui empêche sa femme d’accéder au lac de Band-e Amir, dans le centre du pays. « C’est une scène très émouvante et tellement afghane. Pour pointer du doigt l’absurdité de cette règle, il lui demande de lui citer le passage coranique qui la justifie. L’agent est incapable de répondre. »
Une séquence filmée en toute discrétion, pour ne pas contrevenir à l’interdiction de la représentation du vivant. Sur les conditions de tournage de son documentaire, Solène Chalvon-Fioriti préfère la jouer discrète. Par peur de griller les cartouches de ses confrères ou consœurs qui utiliseraient à l’avenir les mêmes techniques.
« Avec Marianne Getti [avec qui elle a réalisé ce film], on s’est beaucoup séparées, glisse-t-elle simplement. Car si l’une se faisait choper, il y avait au moins les images de l’autre. » Le résultat : ce film qui documente avec force une situation insoutenable. Le tout saupoudré de sublimes images de l’Afghanistan et de ses habitants, avec une esthétique cinématographique. « C’était très important pour nous, reprend Solène Chalvon-Fioritti. On voulait aussi montrer toute la poésie de ce pays et ne pas le réduire à sa noirceur. »
Extrait du documentaire "Le Pays taliban". (Crédits : GRAND ANGLE STUDIO)
📽️ « Le Pays taliban », documentaire de Solène Chalvon-Fioriti et Marianne Getti, dans Le Monde en face, ce dimanche 8 mars à 21h05 sur France 5.
À l’exception du journal que vous tenez entre les mains et de quelques autres menus plaisirs, le dimanche rime pour beaucoup avec spleen et mélancolie. La réalisatrice espagnole Isabel Coixet l’illustre à merveille dans sa série « Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi ». Une ode au blues de fin de week-end à découvrir à partir de jeudi sur la plateforme Arte.tv avant sa diffusion à l’antenne la semaine suivante.
Dans cette chronique tendre-amère, on suit les aventures de Louise (Liv Henneguier), jeune aspirante cinéaste qui quitte Limoges pour Paris. Avec un rêve chevillé au corps : réaliser un film retraçant une histoire d’amour fictive entre Françoise Hardy et le musicien britannique Nick Drake, dans le Paris des années 1960.
Mais se loger dans la capitale n’est pas une mince affaire. La voilà donc en colocation dans un appartement très vintage avec Charlie (Clara Bretheau) et Nelson (Théo Christine), dont le rituel consiste chaque dimanche après-midi à regarder « un des films les plus tristes au monde ».
Tout au long des huit épisodes, ponctués par les apparitions de Tim Robbins et Jeanne Balibar, ce jeune trio à fleur de peau nous offre une subtile exploration de l’amitié, de l’amour et de la passion du cinéma. Le tout lové dans l’écrin d’un Paris authentique, très loin de celui d’Emily in Paris. Une série qui ne guérit pas du dimanche mais en apprivoise avec poésie la morosité.
Liv Henneguier (Louise), Theo Christine (Nelson) et Claire Brétheau (Charlie) dans "Quelqu'un devrait interdire les dimanches après-midi" d'Isabel Coixet, épisode 4. (Crédits : Carole Bethuel)
📽️ « Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi », série d’Isabel Coixet disponible à partir de jeudi 12 mars sur Arte.tv, puis sur Arte les 19 et 26 mars à 21h25.
« Traqués », Magimel à bout portant (3⭐/5)
Coucou, la revoilà. Déprogrammée à la dernière minute en décembre à la suite de soupçons de plagiat, la série « Traqués » est enfin disponible sur la plateforme Apple TV. Avec désormais au générique la référence explicite au roman Shoot de Douglas Fairbairn – publié en 1973 et adapté au cinéma en 1976 – dont elle s’inspire copieusement.
Direction les Alpes, où Franck (Benoît Magimel) et ses amis sont pris pour cibles lors d’une partie de chasse par d’autres adeptes du fusil. Ils décident de riposter. Bilan : un blessé parmi la bande de potes et un tué dans le camp d’en face. Le groupe décide de garder le silence sur cet incident. Mais très vite, ils se sentent épiés et observés par ces hommes invisibles et prêts à tout pour se venger.
En dépit d’une mise en scène spectaculaire signée Cédric Anger et d’un casting qui fait le job – Mélanie Laurent est également de la partie dans le rôle de la femme de Franck –, ce thriller tire à la ligne et l’on finit par se perdre dans les (trop) nombreux rebondissements. Dommage.
Benoît Magimel dans "Traqués". (Crédits : Remy Grandroques/AppleTV)