Sans jamais se départir de son phrasé musical et singulier, elle parle lentement, un peu comme un universitaire qui, en cours magistral, cherche le mot juste, s'écoute et se sait écouté. Après deux ans intenses au théâtre, où elle a incarné Don Quichotte dans une mise en scène de Gwenaël Morin et tourné dans le monde avec Les Historiennes (son propre spectacle, dans lequel elle porte les voix d'une meurtrière, d'une actrice et d'une esclave), Jeanne Balibar est de retour sur les écrans dans Le Système Victoria.
Dans ce film d'atmosphère sur le pouvoir et la manipulation, elle se met dans la peau d'une DRH qu'elle compare au Joker dans Batman ! À cette occasion, nous avons approché la belle pour faire le point sur son parcours et ses engagements citoyens dans un monde qui a de quoi inquiéter ou déprimer, mais où il faut rester performant...
LA TRIBUNE DIMANCHE — Qu'est-ce qui vous a intéressée dans la proposition du Système Victoria ?
JEANNE BALIBAR — Je ne connaissais pas le roman d'Éric Reinhardt et Sylvain Desclous, le réalisateur, nous a demandé à Damien [Bonnard] et moi de ne pas le lire. Il voulait qu'on reste concentrés sur le scénario que Reinhardt et lui avaient écrit. Ce qui m'a plu, ce n'est pas seulement de jouer une femme de droite occupant la position de domination traditionnellement et statistiquement dévolue aux hommes, c'est de jouer un personnage aussi détestable. Elle est totalement au service d'un fonctionnement amoral de l'organisation du travail et de la société, partie prenante du cynisme ambiant. C'est toujours très excitant de jouer un personnage si loin de soi, qui plus est un méchant absolu. C'était un peu comme si on me proposait de jouer le Joker dans Batman.