Une rencontre improbable, un hymne à la sororité, et un tour de France des cabines téléphoniques... Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 23 mars 2026.
Ceux qui comptent (3⭐/5)
D’un côté, Rose, une force de la nature, veuve et vaillante mère de trois enfants à sa charge et que ne quitte jamais un sourire désarmant. De l’autre, Jean, pudique et solitaire au grand cœur qui vit dans une camionnette. De leur improbable rencontre, sur fond de vol de nourriture par nécessité absolue dans une grande surface et de véhicule incendié par inadvertance, naît une relation fondée sur une empathie réciproque qui dès le départ ne relève pas d’une banale séduction.
Elle, c’est Sandrine Kiberlain, une nouvelle fois épatante dans un rôle lumineux et touchant. Lui, c’est Pierre Lottin, tout en silences et retenue, qui confirme sa capacité à incarner des personnages à l’épaisseur dramatique bien réelle. Ils sont à eux deux la plus grande réussite du film. Ils parviennent en effet à rendre parfaitement crédible cette relation singulière, alors même que, comme l’analyse Sandrine Kiberlain, « ils appartiennent à deux mondes différents, leur rencontre se fait à un moment peu propice pour investir le terrain de la séduction, et tout cela ne les empêche pas de se rapprocher et de poser chacun un beau regard sur l’autre ».
L’autre atout de Ceux qui comptent, c’est assurément sa volonté de donner un souffle romantique à une histoire qui se déroule dans un dramatique contexte de marginalité non choisie. Si Jean a pour unique domicile sa camionnette, Rose, elle, squatte avec ses trois enfants (deux grands adolescents et une petite fille) dans l’incroyable décor d’un hôtel désaffecté aux papiers peints qui ne sont pas sans rappeler ceux du film Shining, de Stanley Kubrick. Le tout avec un désir manifeste et assumé d’accorder une importance majeure à cette dimension sociale.
La relation entre les deux personnages principaux passe ainsi par l’expression de solidarités bien concrètes, afin de contourner la précarité à laquelle ils doivent faire face au quotidien. La confrontation de Rose avec une assistante sociale donne lieu à un moment clé du film. Inversant avec bonheur les codes éculés du misérabilisme, le cinéaste fait se dérouler la scène dans un décor parfaitement incongru mais terriblement malin et judicieux. La comédie sociale est ici à son meilleur.
On peut alors regretter qu’un biais scénaristique qu’on ne révélera pas fasse évoluer le film vers une issue plus mélodramatique d’où le pathos n’est pas exclu. L’histoire devient alors plus prévisible, plus attendue, et perd une partie de son originalité. C’est d’autant plus dommage qu’il faut à nouveau insister sur l’excellence d’un casting servi de plus par une mise en scène tendue et pertinente.
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🎥 Ceux qui comptent, de Jean-Baptiste Leonetti, avec Sandrine Kiberlain, Pierre Lottin, Louise Labèque, Alexis Rosenstiehl, Alma Ngoc, Melissa Izquierdo. 1 h 38. Sortie mercredi.
Toutes en haut (4⭐/5)
Pour sa première réalisation, Les Filles du ciel, la comédienne Bérangère McNeese, que l’on a vue notamment dans Le Bureau des légendes, a fait le pari réussi d’un film qui repose presque entièrement sur ses quatre jeunes et très talentueuses actrices. Ces dernières squattent ensemble un appartement situé au huitième étage qu’elles nomment « le ciel ». Elles y élèvent le bébé de l’une d’entre elles dans une vie communautaire parsemée d’embûches.
La plus jeune s’est échappée d’un foyer et trouve ici une « famille » bien plus accueillante qui lui rend confiance en elle. Le second lieu du film est une boîte de nuit dans laquelle les filles proposent des massages, tout en maîtrisant parfaitement la situation au point de l’inverser à leur profit, en habiles manipulatrices qu’elles sont. Le film fait ainsi des va-et-vient entre ces deux endroits précaires l’un comme l’autre.
Avec énergie et sensibilité, la réalisatrice déploie la chronique de cette vie quotidienne entre nuits et jours, sans jamais verser dans la mièvrerie d’un côté ou la complaisance de l’autre. La justesse de son regard impressionne tout autant que l’excellence de son casting dans lequel on retrouve notamment la volcanique Shirel Nataf, récemment découverte dans le film de Lise Akola et Romane Gueret, Ma frère. Et ce beau premier film augure bien de la suite.
🎥 Les Filles du ciel, de Bérangère McNeese, avec Héloïse Volle, Shirel Nataf, Yowa-Angélys Tshikaya, Mona Berard. 1h36. Sortie mercredi.
Ne coupez pas ! (4⭐/5)
Et si les cabines téléphoniques d’antan étaient comme un trésor national que nous avons laissé détruire et disparaître dans la plus grande indifférence ? C’est la question que pose avec la malice et la distance nécessaires la réalisatrice Floriane Devigne dans son stimulant documentaire intitulé Allo la France. Après avoir ainsi photographié 1 941 cabines téléphoniques à travers la France, elle a décidé d’entamer un road-movie pour filmer les dernières existantes.
De villes en villages, de places en ronds-points, elle recense ces vestiges d’un temps où les téléphones portables n’avaient pas encore pris le dessus. Tour à tour drôle, poétique, politique, sociologique et lumineux, son film plonge dans une France des régions que Raymond Depardon a lui aussi largement parcouru et photographié. Nulle nostalgie mortifère ici, mais un regard tendre sur un passé encore proche qui fait de ce documentaire un petit bijou d’intelligence et de sensibilité.
🎥 Allo la France, de Floriane Devigne. 1h17. Sortie le 18 mars.
En haut de la vague
L’actrice et réalisatrice américaine Kristen Stewart présidera le jury du 4e Biarritz Film Festival – Nouvelles Vagues, qui se tiendra du 23 au 28 juin. Entourée de huit personnalités internationales, elle départagera huit longs-métrages inédits en salles en France, réunis autour des récits de jeunesse. Révélée par la saga Twilight, nommée aux Oscars pour Spencer et désormais réalisatrice avec The Chronology of Water, présenté à Cannes, Kristen Stewart s’impose dans un parcours à la croisée du cinéma d’auteur et du grand public, en phase avec l’ambition du festival de capter les nouvelles écritures contemporaines.