« Ma frère » et « Father Mother Sister Brother » : Nos critiques cinéma de la semaine

Découvrez notre sélection cinéma de la semaine du 5 janvier 2026.
LTD/SUPERSTRUCTURE FILMS/STUDIOCANAL/FR3 CINEMA ; Scala Films

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Présenté au dernier Festival de Cannes, « Ma frère » transforme le traditionnel film de colo potache et sympathique en une chronique ultra-sensible.

Ces deux-là avaient frappé un grand coup dès leur première coréalisation, Les Pires, en 2022 : à l’époque, le tandem formé par Romane Gueret et Lise Akoka avait impressionné le Festival de Cannes en décrochant le prix de la prestigieuse section Un certain regard, qui regroupe des films en avant-première mondiale. Elles y racontaient les coulisses d’un tournage dans le nord de la France, à Boulogne-sur-Mer, avec son casting de jeunes en grande difficulté sociale et psychologique.
C’était ainsi la première apparition sur grand écran de Mallory Wanecque, future héroïne de L’Amour ouf. Trois ans plus tard, les deux jeunes cinéastes retrouvent le monde de l’adolescence mais en mettant cette fois le cap au sud : avec Ma frère, elles suivent un groupe de jeunes d’une cité de la place des Fêtes, dans le 19e arrondissement de Paris, qui partent en colonie de vacances dans la Drôme. Le film s’attache autant aux animateurs – notamment deux jeunes filles au caractère bien trempé, Shaï et Djeneba, qui découvrent la vie d’adulte – qu’à ceux dont ils ont la charge et qui débordent en général d’énergie.
On est immédiatement séduit par la justesse des dialogues et le vocabulaire employé, dont le titre est l’un des multiples exemples. Impeccablement dirigés, ces enfants font preuve d’une lucidité à toute épreuve et leurs répliques drolatiques font mouche, comme quand l’un d’entre eux dit « les Français, c’est des décontractés, wesh » lorsque son canoë passe devant un camp de naturistes…
Les deux réalisatrices ont eu en outre la bonne idée de prolonger une interrogation qui servait déjà de fil rouge à leur websérie diffusée sur Arte intitulée Tu préfères ? Et les enfants de s’interpeller à travers des questions quasi philosophiques et politiques du genre : « Tu préfères ta famille ou tes amis ? » et « Tu préfères être riche et seul ou pauvre et aimé ? », etc. Sans y toucher ou presque, Ma frère dépasse ainsi le stade du film de colo dont Nos jours heureux du tandem Toledano Nakache est assurément l’un des fleurons.
En allant plus loin dans le portrait social avec notamment le personnage d’un animateur qui se déclare ouvertement non binaire et joué par l’acteur Yuming Hey : les jeunes l’acceptent sans réserve tandis que certains animateurs ont plus de mal. Autant dire que quelques années suffisent parfois pour créer un fossé générationnel. Récit d’apprentissage, comédie sociale, fresque intimiste et film choral : Ma frère multiplie avec bonheur les pistes et les genres. Avec en fil rouge la déchirante chanson de Barbara Mon enfance, délicate pointe de mélancolie dans le paysage solaire des vacances. Avec également, en prime, les très convaincants premiers pas au cinéma de la chanteuse Amel Bent. Le cinéma français commence très bien l’année !
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Six ans d’attente : les fans de Jim Jarmusch ont longtemps patienté avant de pouvoir découvrir Father Mother Sister Brother, le nouvel opus du cinéaste le plus zen du monde. Six années pour un film qui dans les faits en contient trois courts et l’impression pour finir que l’éléphant a quelque peu accouché d’une souris.
Certes, on retrouve d’abord le goût de Jarmusch pour les castings de rêve : Adam Driver, Tom Waits, Charlotte Rampling, Cate Blanchett et Vicky Krieps en tête et pour ne citer qu’eux. Tous sont au service de ces histoires minimalistes qui sont également la marque de fabrique du cinéaste américain et que le titre décline à la façon d’un programme ou de chapitres : un frère qui rend visite à sa sœur, le rendez-vous d’une mère avec ses deux filles, un frère et sa sœur après le décès de leurs parents.
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Au bout du compte, trois histoires distinctes mais qui tissent des liens discrets entre elles. Des conversations anodines, quelques photos de famille, l’insondable ennui familial, l’atmosphère d’une rue banale, un peu de thé, un peu de café, sans oublier une très légère touche d’absurdité : le « système Jarmusch » fonctionne à plein régime mais il tourne cette fois à vide tant il est connu, balisé, sans surprise. Comme si le cinéaste n’avait plus rien à nous dire, comme si le vide envahissait toutes ses images, comme s’il se reposait paresseusement sur ses films passés. Le charme après tout aurait pu opérer. Mais, ici comme ailleurs, la nostalgie a ses limites.