Dans « Alter ego », Laurent Lafitte confronté à son double

Laurent Lafitte et son double dans "Alter Ego".
LTD/Tandem

Laurent Lafitte et son double dans "Alter Ego".
LTD/Tandem
Un seul acteur pour incarner deux personnages, la recette a souvent fait mouche, de Louis Jouvet (Copie conforme) à Benoît Poelvoorde (Podium) en passant par Michel Serrault (La Gueule de l’autre) et beaucoup d’autres. Cette fois, c’est au tour de Laurent Lafitte dans le nouveau film de Nicolas et Bruno, Alter ego. Les deux complices, auteurs de la série de Canal+ désormais culte Message à caractère informatif, avaient déjà exploré le sujet avec leur premier film, La Personne aux deux personnes, avec Alain Chabat et Daniel Auteuil dans les rôles principaux.
Nicolas explique : « On s’est dit que ce serait drôle d’imaginer rencontrer une meilleure version de soi-même. Et si, soudain, vous découvriez que c’est vous, la pire version ? Ça nous intéressait de confronter le personnage à quelqu’un de parfait, sur lequel il n’a strictement aucune prise. » Qui mieux que Laurent Lafitte, que l’on venait à peine de quitter plus que parfait dans La Femme la plus riche du monde, qui mieux que lui pour jouer tout à la fois Alex et Axel ? Le premier découvrant que le second est son nouveau voisin, avec lequel il ne cesse de vouloir se comparer, persuadé, contre l’avis de tous, qu’il est son portrait craché à l’exception de sa calvitie.
Un point de départ en or pour les deux scénaristes, qui multiplient alors les quiproquos, avanies et autres, et décrivent la longue et hilarante descente aux enfers d’un Alex abattu par la perfection d’Axel. « Un véritable cauchemar éveillé, tellement fou et cruel qu’on en rit », résume ainsi Bruno, qui confie avoir « particulièrement travaillé sur cette double perception du film, où à la fois on se sent en totale empathie avec Alex et on prend un plaisir coupable à s’amuser de l’enfer qu’il vit. »

En prenant le contre-pied de la fameuse phrase prêtée à Talleyrand (« Quand je me regarde, je me désole ; quand je me compare, je me console »), Nicolas et Bruno ont mis au point une redoutable machine infernale qui fait rire autant qu’elle donne à réfléchir sur notre rapport à l’autre, nos petites paranoïas du quotidien et nos insondables fragilités. Si l’on rit tant, c’est qu’ils visent juste.
Côté spectateur, le programme est donc absolument réussi, porté par un Laurent Lafitte exceptionnel de bout en bout. Jusqu’à cette renversante troisième partie dont il ne faut surtout rien révéler, mais qui prouve que Nicolas et Bruno ont tout fait pour ne pas se laisser porter par leur seule très bonne idée de départ.
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Le résultat est là : une comédie hilarante et grinçante, pétillante et surprenante, aux dialogues savoureux et à la mise en scène efficace. Cerise sur le gâteau, un casting féminin en forme de trio de choc avec Blanche Gardin et Olga Kurylenko dans le rôle des épouses et Zabou Breitman en PDG de la Cogip, cette société fictive que les fans des productions diverses et variées de Nicolas et Bruno connaissent bien : elle est manifestement leur « alter ego » à eux.
ℹ️ Alter ego, de Nicolas et Bruno, avec Laurent Lafitte, Blanche Gardin, Zabou Breitman, Olga Kurylenko, Marc Fraize. 1 h 44. Sortie mercredi. (4⭐/5)