« Enchaînés » sur France tv, « Je ne suis pas folle » sur Arte Radio, « La maison aux esprits »sur Prime Video... Découvrez notre sélection écrans pour la semaine du 4 mai 2026.
Bourbon amer (4⭐️/5)
Diffusée sur France 2, la série Enchaînés dévoile un pan inconnu de l’esclavage à la Réunion – anciennement appelée Île Bourbon – au début du XIXe siècle. La période de diffusion n’a pas été choisie au hasard. Pour accompagner les 25 ans de la Loi Taubira (21 mai 2001) – reconnaissant la traite et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité –, France 2 propose à partir du mercredi 6 mai Enchaînés. Une fiction coup de poing en six épisodes qui nous téléporte en 1806 dans le huis clos de l’île Bourbon – aujourd’hui connue sous le nom de la Réunion –, perdue au milieu de l’immensité de l’océan Indien.
Un cyclone vient de ravager l’habitation Bellevue. Tout est dévasté : les plantations de café, les baraquements insalubres des esclaves et les maisons bourgeoises des colons. Le propriétaire, Charles Bellevue (Olivier Gourmet) se bat pour éviter la ruine. En récompense de son sang-froid pendant cette tempête homérique, il nomme commandeur l’un de ses esclaves, Isaac (Enzo Rose).
Un rôle de contremaître, fouet à la main, que celui-ci endosse à contrecœur. D’autant qu’il découvre rapidement que Charles Bellevue n’est pas seulement son maître, il est également son père. Une filiation illégitime qui est le fruit d’un viol commis 20 ans plus tôt sur Célestine, sa mère.
« L’argument du “paternalisme” a souvent été utilisé pour légitimer l’esclavagisme, avec cette idée que le maître était un père pour ses esclaves, c’était même inscrit dans la loi, explique Alain Moreau, créateur de la série. Ici, dans l’histoire, ce duo est l’incarnation littérale de ce paternalisme de l’homme blanc à l’égard des Noirs. Cette histoire d’esclave métis, qui est le bâtard du maître, était en réalité quelque chose d’extrêmement banal car les violences sexuelles étaient fréquentes. »
Pour le scénariste âgé de 41 ans et originaire de la Réunion, s’emparer de ce sujet est apparu comme une évidence. « J’ai commencé à réfléchir à cette série lorsque j’étudiais à la Fémis [l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son]. Je me suis plongé dans des ouvrages historiques relatifs à cette période. En fiction, elle n’avait quasiment jamais été traitée. Pourtant, cette histoire des Réunionnais, c’est celle de la France. Il y a une réelle ignorance. »
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À la clé, une série à la réalisation extrêmement soignée, tournée sur place dans des conditions compliquées. « La réalité a rejoint la fiction, glisse Alain Moreau. Quelques jours avant le début du tournage, en mars 2025, le cyclone Garance a frappé l’île de la Réunion et causé de gros dégâts. Nous avons dû le repousser de quelques jours. Les décors extérieurs détruits ont dû être reconstruits en un temps record. Ça a soudé toute l’équipe. »
Côté casting, le jeune Enzo Rose est la révélation de cette série. « Il a une énergie folle, ce n’était pas facile d’incarner le personnage d’Isaac, souligne Alain Moreau, vu son histoire et le poids qu’il porte sur ses épaules. » À ses côtés, Olivier Gourmet est également magistral dans le personnage du salaud complexe. « C’est un maître esclavagiste tyrannique. Mais dans ce système profondément vicieux et injuste, il essaie pourtant également d’être un homme bon car il est très croyant et a peur d’aller en enfer. » À ne pas louper.
🎬 Enchaînés, série (6×50 min.), à partir de mercredi à 21h10 sur France 2. Déjà en ligne sur France.tv.
Folie sans frontières (4,5⭐️/5)
En 1997, Gabrielle Niang a 2 ans lorsque son père bascule dans un autre monde et se déclare l’apôtre d’une nouvelle religion. Après un internement de force dans un hôpital psychiatrique, le diagnostic tombe : bipolarité maniacodépressive avec délires mystiques. Une brisure qu’elle a décidé de raconter dans le remarquable documentaire audio Je ne suis pas folle, disponible sur Arte Radio et l’ensemble des plateformes de podcast.
« Depuis toujours, j’ai peur d’être folle », confie-t-elle dès les premières secondes, avant de remonter le fil de l’histoire de son père, arrivé en France du Sénégal à 17 ans. Des origines qui interrogent la jeune femme, métisse : « La maladie mentale, est-ce une affaire de Blancs, comme disait ma tante? Peut-on se soigner de la même manière si on a grandi à Dakar, Tokyo ou Paris? »
Au fil des conversations sans filtre avec son père, sa mère et sa tante, elle met en lumière une approche très peu connue : l’ethnopsychiatrie. « Le principe, c’est de s’intéresser aux désordres psychologiques en fonction du lieu de naissance du patient, de sa culture et de ses croyances », résume-t-elle. Une exploration personnelle tout aussi passionnante qu’émouvante.
🎬 Je ne suis pas folle, documentaire sonore (42 min.) de Gabrielle Niang, disponible sur Arte Radio et toutes les plateformes de podcast.
Esprit, es-tu là ? (3,5⭐️/5)
Sorti en 1982, le livre La Maison aux esprits de l’autrice chilienne Isabel Allende a connu un destin hors norme. Vendu à des millions d’exemplaires, publié dans une quarantaine de langues, inscrit au menu de programmes scolaires partout dans le monde, il a même été porté sur grand écran par Bille August en 1993 dans une superproduction hollywoodienne.
Au casting : Meryl Streep, Glenn Close, Jeremy Irons ou encore Winona Ryder. Une version à l’époque vivement critiquée car tournée en anglais et non en espagnol. Trente-trois ans après, la série proposée par la plateforme de streaming Prime Video répare cette maladresse.
Produite par Eva Longoria, Courtney Saladino et Isabel Allende elle-même, elle a été tournée avec des comédiens latinos (Alfonso Herrera, Nicole Wallace, Dolores Fonzi, etc.). Comme dans le livre, cette saga en huit épisodes nous plonge au cœur d’une famille chilienne, à la découverte de trois générations de femmes, Clara, Blanca et Alba, sur une période d’un demi-siècle.
Des destins marqués par les bouleversements politiques de leur pays et les divisions au sein de leur famille. Avec en toile de fond ces touches de magie et de surnaturel qui ont fait le succès de l’œuvre d’Isabel Allende. Malgré un rythme pas assez soutenu et une réalisation trop classique, on se laisse prendre par cette série qui offre enfin à l’ouvrage l’adaptation qu’il méritait.
🎬 La Maison aux esprits (8×60 min.), série, trois épisodes disponibles sur Prime Video.