Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 23 février 2026.
Mélo d’Iran 2 (5⭐/5)
Avec La Loi de Téhéran et Leila et ses frères, tous deux présentés en leur temps au Festival de Cannes, le cinéaste iranien Saeed Roustaee avait imposé son regard singulier au sein d’une cinématographie nationale en pleine effervescence en dépit d’un contexte politique difficile. Avec Woman and Child, présent à Cannes l’an passé, il revient avec un scénario aux accents mélodramatiques assumés, soit le portrait d’une veuve, Mahnaz, mère de deux enfants, qui souhaite se marier, subit les coups du sort et décide de se venger. Le film ne recule alors devant aucun rebondissement et multiplie au contraire les crises pour alimenter sa machine émotionnelle.
Mensonges, avanies, sentiments poussés à l’extrême, tout y passe. Certains se réjouiront de voir ainsi ce genre parfois éculé trouver ici une seconde jeunesse au fil d’un récit haletant. D’autres regretteront cette lourdeur démonstrative et jugeront que le cinéaste en fait trop, beaucoup trop même.
D’un côté, on peut y voir la dénonciation courageuse d’une société patriarcale parfaitement misogyne qui maltraite sans cesse l’héroïne. De l’autre côté, et paradoxalement, le cinéaste s’est vu reprocher par des artistes iraniens d’avoir fait son film avec l’autorisation de l’État et avec des actrices voilées même dans l’espace domestique. Restent des comédiens plus que parfaits au service d’un propos dont chaque spectateur jugera la sincérité ou l’ambivalence.
🎬 Woman and Child, de Saeed Roustaee, avec Parinaz Izadyar, Sinan Mohebi, Payman Maadi. 2h11. Sortie ce 25 février.
Scène sur scène (3,5⭐/5)
Is This Thing On? est le troisième film réalisé par le comédien Bradley Cooper, après A Star Is Born en 2018 et Maestro en 2023. Mais cette fois, il ne s’est attribué qu’un rôle secondaire, celui d’un acteur de profession qui se pose beaucoup de questions sur son métier. Le personnage principal qu’incarne Will Arnett s’appelle Alex Novak, trader et père de famille tout juste séparé, qui un beau soir tombe dans la marmite du stand-up amateur cher aux bars de Manhattan.
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Le film pourrait se contenter de raconter cette nouvelle vie en multipliant les anecdotes. Mais Alex, qui sur scène utilise sans vergogne ses vingt-six ans de vie familiale, doit compter avec la réaction de ses enfants et plus encore de Tess, son ex, spectatrice d’un soir par hasard (Laura Dern, impeccable). Le film s’inscrit alors plus ou moins dans cette veine des « comédies du remariage » que Hollywood affectionne tant depuis toujours.
Et si le mariage était comparable à un bon sketch avec son rythme, ses bons mots et évidemment sa chute ? semblent nous dire Bradley Cooper et ses protagonistes. Avec le risque que l’on juge également le film sur ces mêmes critères d’efficacité narrative et comique, punchlines et effets ratés inclus. Mais il est difficile de résister aux charmes d’un couple de cinéma qui fait inévitablement songer à l’âge d’or de la comédie américaine.
🎬 Is this thing on?, de Bradley Cooper, avec Will Arnett, Laura Dern,Andra Dey, Bradley Cooper, Christine Ebersole. Sortie ce 25 février.
Chanson triste (2⭐/5)
Dans les années 1910, deux musicologues arpentent ensemble la campagne américaine profonde pour recueillir et conserver sur leurs rouleaux de cire des chants populaires en voie de disparition. Ainsi résumé, Le Son des souvenirs, du cinéaste sud-africain Oliver Hermanus, pourrait presque passer pour un documentaire à caractère historique.
Mais il s’agit bel et bien d’une fiction portée par ses deux acteurs principaux, les irréprochables Josh O’Connor et Paul Mescal. Et l’histoire du film devient alors celle de leur relation homosexuelle et du souvenir tumultueux qu’en garde l’un d’eux bien des années plus tard. Mais tout ici semble figé dans un académisme qui brise par avance toute émotion.
On peine vraiment à s’intéresser à cette histoire d’amour qui devrait nous transporter, comme on rechigne à se passionner pour des chansons traditionnelles répétitives. Présenté à Cannes en 2025, le film avait laissé de marbre la plupart des festivaliers, étonnés même de sa présence en compétition officielle.
🎬 Le Son des souvenirs, d’Oliver Hermanus, avec Paul Mescal, Josh O’Connor, Chris Cooper, Leo Cocovinis. 2h07. Sortie ce 25 février.
Quitter Tanger ? (3⭐/5)
La rue Málaga qui donne son titre au troisième film de la réalisatrice marocaine Maryam Touzani se situe dans le quartier espagnol de Tanger. C’est là que vit depuis toujours Maria, une Espagnole de 79 ans, alors que sa fille Clara voudrait bien vendre l’appartement familial. Et c’est Carmen Maura qui prête ses traits à ce personnage de veuve haute en couleur, capable de se rebeller, d’organiser la résistance tout en tombant amoureuse d’un antiquaire de son âge.
L’actrice, qui se prête totalement au jeu de la vérité, est l’atout majeur d’un film qui de ce fait délaisse ostensiblement l’autre personnage principal du film, Clara. Le conflit légitime entre une mère et sa fille passe ainsi au second plan, s’effaçant derrière des séquences trop anecdotiques. Tant et si bien que la réalisatrice refuse jusqu’au bout de prendre parti, laissant au spectateur le soin d’écrire lui-même la fin de son histoire. Ce qui relève un peu trop d’une facilité à laquelle Carmen Maura ne nous avait pas habitués, bien au contraire.
🎬 Rue Málaga, de Maryam Touzani, avec Carmen Maura, Marta Etura, Ahmed Boulane, María Alfonsa Rosso. 1h54. Sortie ce 25 février.