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« Le Mage du Kremlin », « Hamnet », « Le Retour du projectionniste »... Nos critiques cinéma de la semaine

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Aurélien Cabrol

Publié le 20 janvier 2026 à 16:00

Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 19 janvier.

Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 19 janvier.

LTD/Survivance/Kidam & Lichtblick films ; Agata Grzybowska/FOCUS FEATURES ; Gaumont

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

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Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 19 janvier 2026.

L’autre Hamlet (4⭐️/5)

Qu’on se le dise d’entrée de jeu, au XVIe siècle, en Angleterre, Hamnet et Hamlet étaient des prénoms quasiment interchangeables. C’est du moins ce qu’affirme un carton en préambule au film de Chloé Zhao, cette cinéaste chinoise qui a su conquérir Hollywood en alternant films d’auteur oscarisés (Nomadland) et superproduction de l’univers Marvel avec Les Éternels.

Pour Hamnet, son premier film en costumes, elle a donc choisi d’adapter le roman éponyme de Maggie O’Farrell, qui a cosigné le scénario avec elle. Nous sommes en 1580 à Stratford-upon-Avon, la ville de naissance de William Shakespeare, au moment où ce dernier, professeur de latin fauché et sous la coupe d’un père autoritaire et violent, se marie avec Agnes, fille aînée d’un fermier aisé et qui passe pour être une sorte de sorcière aux pouvoirs surnaturels.

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La jeune épouse donne naissance à leur fille Suzanne, tandis que le nouveau père de famille se rêve, lui, en écrivain poète et dramaturge. Il part seul à Londres pour y tenter justement sa chance, pendant qu’Agnes accouche de leurs jumeaux Hamnet et Judith…

C’est à partir de cette matière biographique bien réelle mais plutôt méconnue que la cinéaste a bâti son film, en y intégrant notamment la mort prématurée de Hamnet à l’adolescence. En raison même de ces circonstances dramatiques, difficile ensuite de ne pas envisager, comme le fait Chloé Zhao, que pour Shakespeare la future naissance littéraire de Hamlet ne soit à rapprocher de la perte cruelle de cet enfant…

Très habilement, la réalisatrice évite pour autant le trop classique et trop attendu biopic en concentrant dans un premier temps son propos non sur Shakespeare (impeccable Paul Mescal) mais sur le personnage d’Agnes (Jessie Buckley, irréprochable), dépeinte comme une femme libre, savante et en communion permanente avec la forêt environnante. Cette dimension naturaliste et sensuelle irradie Hamnet de bout en bout, comme une réponse à ce deuil qui frappe des parents, puisque le film pose précisément la question du dépassement d’une telle tragédie a priori insurmontable.

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La cinéaste ne nous propose rien d’autre d’ailleurs que de partager avec ses personnages principaux le cheminement qui les conduit, sinon à l’oubli impossible, du moins à l’apaisement nécessaire. S’ensuit un film absolument virtuose porté par une mise en scène proprement organique, comme en écho à cette forêt aux allures de Brocéliande habitée par une fée qui s’appellerait Agnes. Une fée endeuillée et blessée certes mais qui tente par tous les moyens de continuer à vivre.

C’est bien en ce sens qu’elle rejoint les héroïnes précédentes de Chloé Zhao, lesquelles ont toutes en commun de parvenir à s’arracher à la tragédie qui les frappe. Sans pour autant oublier d’associer ici Shakespeare à ce parcours : ainsi que le montre la flamboyante et magnifique scène finale, au cours de laquelle la création de Hamlet s’apparente à une catharsis aussi étonnante que puissante. 

📽️ Hamnet, de Chloé Zhao, avec Paul Mescal, Jessie Buckley, Joe Alwyn, Justine Mitchell, Emily Watson. 2 h 05. Sortie le 21 janvier.

La peur en chantier (3,5⭐️/5)

Il y a d’abord l’indéniable beauté d’un décor qui est celui d’un immense chantier immobilier nommé « Grand Ciel » (lequel donne son titre au film), et singulièrement la nuit quand de puissants néons éclairent ses multiples structures de béton et de métal. Mais c’est sans compter sur d’autres réalités qui viennent contredire ou atténuer cette poésie nocturne : l’exploitation des ouvriers du bâtiment, le travail de nuit, les cadences infernales, le décalage social entre la pauvreté de ceux qui construisent et le luxe ce qui se construit.

C’est cette fracture qu’a choisi de développer Akihiro Hata pour son premier long métrage, à travers une fiction efficace qui emprunte aussi au fantastique. On regrette même que cette troisième et singulière dimension soit quelque peu délaissée par le cinéaste au fil de son récit. Mais il faut aussi porter au crédit de cette première œuvre prometteuse un casting mené tambour battant par Damien Bonnard et Samir Guesmi, tous deux très vraisemblables dans leur gilet de chantier fluo et autour de qui plane un mystère aussi progressif qu’inquiétant. 

📽️ Grand ciel d’Akihiro Hata avec Damien Bonnard, Samir Guesmi, Mouna Soualem, Sophie Mousel. 1h31. Sortie le 21 janvier.

Virtuose stylistique (4⭐️/5)

Depuis notamment sa brillante série consacrée au terroriste Carlos, on connaît le goût d’Olivier Assayas, par ailleurs merveilleux peintre de l’intime, pour les fresques politiques contemporaines. En s’emparant du best-seller de Giuliano da Empoli, Le Mage du Kremlin et en l’adaptant pour le grand écran avec l’écrivain Emmanuel Carrère, il s’intéresse cette fois à la figure de Poutine via sa relation avec une énigmatique éminence grise, Vadim Baranov.

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Avec sa virtuosité stylistique habituelle, le cinéaste nous entraîne dans l’histoire moderne de la Russie de ces trente dernières années, depuis la chute du mur de Berlin jusqu’à l’irrésistible ascension du président russe et son annexion de la Crimée. Avec dans les rôles principaux un étonnant Jude Law qui incarne Poutine sans jamais le singer et Paul Dano bluffant en conseiller politique inspiré d’un personnage réel. Même si on perd parfois son souffle à suivre cette tumultueuse cavalcade géopolitique, le film emporte l’adhésion par sa fluidité et sa capacité à capter la complexité du monde.

📽️ Le Mage du Kremlin d’Olivier Assayas avec Paul Dano, Jude Law, Alicia Vikander, Will Keen, Tom Sturridge. 2h26. Sortie le 21 janvier.

Princesse en abyme (3⭐️/5)

Grain d’image délibérément altéré, lumières glauques ou débordantes, cadrages inattendus, format volontiers inclassable entre court et long-métrage, les films de Virgil Vernier (Mercuriales, Sophia Antipolis) cultivent des ambiances décalées propre à régénérer notre désir de cinéma.

Avec Imperial Princess, le cinéaste surprend sur les traces d’une jeune femme russe qui décide de rester vivre à Nice au moment où son père oligarque, frappé par les sanctions occidentales, repart vivre à Moscou loin de son yacht et de sa fille. En français dans le texte, munie d’un smartphone et de son bel accent slave, la dénommée Iulia tient son journal sans qu’on ne sache si ce qu’elle énonce tient précisément de la réalité ou de son imagination, de la pose ou de l’élan, de la bouteille à la mer ou du simple jeu.

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Une chose est sûre, ce drôle de mélange et le grain singulier de sa voix sur le fil constant de la nostalgie et de l’incertitude concernant l’avenir, captive et intrigue. Se tricote alors un film à part dont on ne sait plus trop s’il est celui de Virgil Vernier ou de la princesse filmée en train de se filmer... Une chose reste sûre, face à la vacuité du luxe monégasque, ici capté avec froideur et détachement, une beauté vibrante et insaisissable se dessine. Faute de percer son mystère, le film révèle son allant à se perdre et à se régénérer.

📽️ Imperial Princess, de Virgil Vernier avec Iuilia Perminova. 50 minutes. Sortie le 21 janvier.

Cinéma fantastico  (4⭐️/5)

Quelque part entre l’Iran et l’Azerbaïdjan dans un village de 500 habitants, Sami, un vieil homme, fait le pari audacieux de faire revivre le cinéma local le temps d’une séance. Le Retour du projectionniste d’Orkhan Aghazadeh a des allures de fiction efficace, alors qu’il est en réalité un documentaire particulièrement émouvant et réussi.

Aidé par Ayaz, un adolescent passionné de cinéma, Sami, contre l’avis de la mairie notamment et en dépit du scepticisme des autres habitants, se met à la recherche d’une indispensable lampe de projecteur, laquelle doit être envoyée depuis la Lituanie. Le réalisateur instille avec brio quelques éléments de pure fiction pour que son film s’apparente plus à une fable qu’à une plate illustration réaliste et triviale.

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Confection de l’écran d’un soir par les femmes du village puis de son cadre en bois par les deux hommes, édition d’une affiche placardée aux quatre coins du village : les énergies se mobilisent pour la réussite du projet, et le réalisateur porte un regard à la fois ironique et tendre sur ce déploiement d’activité inhabituel.

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Mais pendant ce temps, la vie quotidienne se poursuit et le film prend un malin et réjouissant plaisir à opposer ces deux réalités. C’est ainsi que les parents d’Ayaz lui reprochent vertement de délaisser ses études au profit de ce projet qu’ils jugent chimérique et vain. On se gardera bien de raconter la fin de cette quête hautement cinéphile et définitivement savoureuse. 

📽️ Le Retour du projectionniste, d’Orkhan Aghazadeh. 1 h 20. Sortie le 21 janvier.

Aurélien Cabrol

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