« La Grazia », « La Reconquista », « Gourou »… Nos critiques cinéma de la semaine

Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 26 janvier.
Losilusosfilms, Jérome Prébois et Andrea Pirrello.

Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 26 janvier.
Losilusosfilms, Jérome Prébois et Andrea Pirrello.

À l’opposé de « Parthenope », son film précédent imprégné de soleil napolitain mais rejeté par de nombreux critiques le jugeant trop clinquant, Paolo Sorrentino mise, dans « La Grazia », sur des teintes crépusculaires avec un film plus dense, plus profond, élégamment tenu sur le fil de la mélancolie et de l’ironie. Par sa façon singulière de brosser le portrait d’un homme politique comme on n’en fait plus, ce film désarçonne dans le bon sens du terme. Pour ce faire, le réalisateur italien fait appel à Toni Servillo, son acteur fétiche qui, cette fois, ne joue pas un président de la République italienne ayant existé (il incarnait Andreotti dans « Il Divo », Berlusconi dans « Silvio et les autres »), mais un dirigeant purement fictif et pour ainsi dire idéal…
Par son sens du devoir allié à sa propension à peser le pour le contre, ce président humaniste est d’un genre qui, malheureusement, se raréfie. Il s’appelle Mariano De Santis, il pleure le récent décès de son épouse. Arrivé au terme de son ultime mandat, il éprouve la solitude du pouvoir autant que les affres de la vieillesse. Le film le cueille au moment précis où, conseillé par sa fille (excellente Anna Ferzetti), ce sage féru de droit pénal doit prendre ses dernières décisions. Elles concernent deux demandes de grâce présidentielle qu’il pourrait accorder – ou pas – avant de se retirer… et une loi controversée sur la fin de vie.
Un programme qui paraît austère mais que Sorrentino rend captivant, combinant avec habileté l’intime et le politique, la satire et la nostalgie. « Je ne porte pas un grand intérêt aux personnages politiques d’aujourd’hui, pose d’entrée Sorrentino. On ressent cruellement le manque de responsabilité, presque son absence ; elle est trop souvent remplacée par des démonstrations creuses et des postures autoritaires, nuisibles voire dangereuses avec des gens qui arrivent au pouvoir par opportunisme, animés par leurs névroses et non par le bien commun. »
Dans « La Grazia », Sorrentino prend le contre-pied de ce constat amer en plus d’être angoissant. Il invente un président qui doute et qui cultive la bienveillance loin de tout artifice relevant du populisme. « La grâce, pour moi, c’est avant tout le doute et la complexité, rien de religieux. Cette idée résonne particulièrement à une époque où trop de responsables s’accrochent à leurs certitudes, engendrant par là conflits et ressentiment. Cette rigidité nuit au bien-être collectif, elle freine le dialogue et fragilise l’harmonie sociale alors que l’éthique est une affaire sérieuse, pas une option. »
Par-delà ces résonances très actuelles, la réussite du film tient aussi à la chimie qui opère, une fois de plus, entre Toni Servillo et la caméra de Sorrentino. « On l’a connu dans des rôles plus exubérants, c’est d’ailleurs comme ça que je l’avais découvert, au théâtre, où il a souvent joué des personnages débordants plus grands que nature. Cette fois, il apparaît plus sobre mais son autorité naturelle me fascine toujours autant. Toni est un acteur de la trempe de Jack Nicholson, Robert de Niro, Sean Penn, bref, il est une rareté en plus d’être devenu, pour moi, un précieux complice. »
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Récemment devenu grand-père, Sorrentino se met en congé sabbatique en 2026, au cours de laquelle il s’adonnera à sa passion, la peinture et réfléchira à la suite. « Je rêve d’un film franchement comique, reste à trouver l’histoire. » Et l’énergie ? « Peut-être, je n’ai encore jamais abordé la pure comédie et c’est ce qui est le plus difficile à faire… On verra ! »
📽️ « La Grazia », de Paolo Sorrentino, avec Toni Servillo, Anna Ferzetti. 2 h 12. Sortie mercredi.

Il aura donc fallu attendre dix ans pour pouvoir découvrir sur les écrans français « La Reconquista », un film du très talentueux cinéaste espagnol Jonás Trueba (« Eva en août » et « Septembre sans attendre », notamment). Soit les retrouvailles dans un parc de Madrid de deux trentenaires qui furent amants pendant leurs années de lycée. Elle est célibataire et vit désormais en Argentine. Lui est en couple et semble troublé par ce rendez-vous qui surgit du passé. Le tout sur fond du Concerto pour deux mandolines de Vivaldi et ses motifs répétés.
« Que reste-t-il de nos amours ? » chantait Charles Trenet dans Baisers volés de François Truffaut. Trueba aurait pu aussi bien reprendre ce titre tant l’interrogation qu’il contient semble traverser tout le film, depuis son début jusqu’à une partie en forme de flash-back étonnant. Il y répond avec une infinie délicatesse, laissant ses personnages évoluer au gré de ce qu’ils sont devenus et de ce qu’ils auraient aimé être ou vivre.
Moins qu’un film sur le couple et ses fractures, « La Reconquista » nous parle du temps qui passe et de la façon forcément singulière dont chacun d’entre nous négocie avec cette dimension. C’est dire si son propos nous touche et nous questionne. Le miroir que Trueba nous tend ne comporte cependant aucun jugement et son film laisse à chaque spectateur le soin de s’identifier ou non. Manuela et Olmo, ses deux protagonistes, apparaissent alors comme des fragments de vies réelles ou rêvées et comme les passeurs d’un cinéma aussi vibrant qu’intense. AU.C.
📽️ « La Reconquista », de Jonás Trueba avec Francesco Carril, Itsaso Arana, Pablo Hoyos, Rafael Berrio. 1 h 58. Sortie mercredi.

Dans « Gourou », nouveau thriller psychologique de Yann Gozlan, Pierre Niney est Mathieu Vasseur, nom qu’il portait déjà dans le remarqué « Un homme idéal » (2014) et le succès « Boîte noire » (2021). Après avoir incarné l’imposteur littéraire puis l’enquêteur du BEA, le voici star du coaching en développement personnel, pris dans les dérives d’une pratique aussi influente que sulfureuse.
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Dans ce triptyque informel, chaque « volet » tire le même portrait : un homme obsédé par le statut, la performance, nourri à la paranoïa et pavant lui-même sa violente descente aux enfers. Producteur de « Gourou », Pierre Niney s’y montre à la fois solaire et toxique, puissant puis misérable. Il est entouré notamment pour cette performance XXL du talentueux Anthony Bajon ainsi que de la troublante Marion Barbeau. On regrettera pour ceux-là que le scénario, parfois bancal et expéditif, ne leur laisse que sa part pauvre. Un bémol qui n’empêche pas d’être saisi par ce thriller haletant, monographie captivante d’un acteur et de son alter ego.
📽️ « Gourou », de Yann Gozlan, avec Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajon, Jonathan Turnbull et Christophe Montenez. 2 h 06. Sortie mercredi.