Si vous cherchez les confessions ou les aveux de faiblesse d’une très jolie princesse dont vous avez suivi avec curiosité la vie vestimentaire, mondaine et amoureuse depuis plus de 20 ans, passez votre chemin. La Fêlure est beaucoup de choses, mais pas cela. Voilà un texte singulier – la singularité est un concept que Charlotte Casiraghi affectionne et invoque plus qu’à son tour – qui chemine parmi les écrivains, les philosophes et les psychanalystes pour définir dans le même mouvement la littérature et la fêlure.
Il y a de l’ambition. Celle, non pas de fendre l’armure – la pudeur, nourrie par la nécessité de soustraire son intimité aux voyeurs, lui est une seconde nature – mais de rompre la gangue de lisseur dans laquelle elle se sent assignée à résidence. Qui sait, à part les habitués du festival PhiloMonaco qu’elle a créé il y a dix ans, combien la fille de la princesse Caroline vibre par et pour la philosophie, la littérature et la poésie ?
Elle n’a pas attendu d’être la compagne de l’écrivain Nicolas Mathieu – qu’elle remercie à la fin du livre – pour être habitée par l’envie d’écrire. Petite, elle écrivait à ce père mort dans un accident de motonautisme quand elle avait 4 ans. Sa fêlure. Son sujet, c’est la perte. Son ressort – le même qui l’a précipitée vers la philosophie sitôt qu’elle a croisé la route de cette discipline –, le besoin de vérité.
Mais attention, tout cela elle ne le dit pas, à peine le suggère-t-elle, et encore… Sa plume semble ne craindre qu’une chose : s’appesantir sur elle-même. Elle préfère se promener parmi les fêlures des autres. « J’ai commencé à écrire ce livre sans carte précise, en écoutant ce que certaines phrases, certains auteurs avaient provoqué en moi : ces instants de résonance où le texte semble capter la vibration exacte d’une douleur secrète. […] Ce livre n’est pas un traité ni une suite de portraits homogènes. C’est une équipée à travers des figures littéraires, historiques, intimes, parfois fictives, qui toutes, d’une manière ou d’une autre, font face à cette part de brisure en elles. »