Fabrice Caro : « Dans ma tête, je ne suis pas plus bédéiste que romancier »

« Les derniers jours de l'apesanteur », de Fabrice Caro, coll. « Sygne », Gallimard, 224 pages, 20 euros.
LTD/Renaud Monfourny/Leextra/opale

« Les derniers jours de l'apesanteur », de Fabrice Caro, coll. « Sygne », Gallimard, 224 pages, 20 euros.
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Bien sûr, on connaît le bédéiste hilarant. Combien de soirées hivernales et sombres nous a-til sauvées ? Combien de fois avons-nous relu Zaï zaï zaï zaï (2015), Et si l'amour c'était aimer (2017) ou encore les inénarrables planches d'Open bar (2019 et 2020) ? Mais Fabrice Caro n'est pas que facétieux, notamment lorsqu'il se fait romancier (ce qu'il est, du reste, depuis le début ; on aurait tendance à oublier que son premier roman est paru en 2006, un an seulement après sa première BD).
En cette rentrée littéraire, il publie son septième ouvrage. S'il ne se départ jamais de son humour, force est de constater que, de livre en livre, il explore des motifs que vous ne trouverez jamais dans ses bulles. Après quoi le romancier court-il au juste ? Nous l'avons rencontré.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Le personnage de votre précédent roman (Fort Alamo, 2024), endeuillé et contraint de vider la maison de son enfance, donnait singulièrement l'impression que vous cherchiez de plus en plus à faire place à la mélancolie. Est-ce que c'est ça, entre autres, écrire un roman, par rapport à une bande dessinée ?
FABRICE CARO — Oui, je fais de la BD d'humour tandis que je m'autorise à être mélancolique dans mes romans. Ça correspond souvent à une part autobiographique d'ailleurs. Dans Samouraï, j'évoquais mes racines. Pour l'écriture de Fort Alamo, je venais de perdre ma mère. Chaque roman est le journal intime (mêlé à de la fiction) d'une certaine période de ma vie. Mais je tiens quand même beaucoup à la comédie. Par souci d'élégance et de pudeur, je crois. Et puis, c'est un genre noble que j'ai vraiment envie de défendre. Je déplore qu'il soit si déprécié en France. Pourquoi la littérature devrait-elle toujours être sérieuse ?
Vous mettez souvent en scène des antihéros à l'âge adulte. C'est votre première incursion dans l'adolescence...
J'avais l'envie égoïste de revenir à mes années lycée et plus précisément à ma terminale -en 1990, donc-, qui a été un vrai passage, un bout de course avec le bac. Les derniers jours de l'apesanteur, c'est la fin de cette insouciance dont on n'a pas forcément conscience sur le coup. Moi, je m'inventais tout un tas de problèmes mais, avec le recul, je trouve que le lycée a été une parenthèse enchantée. En tout cas, c'est le souvenir presque tactile que j'en garde : une extrême légèreté. On passe d'un état de grâce à l'inconnu. Je voulais aussi parler de la fin des années 1980, qui ont été culturellement très particulières. Une sorte d'explosion pour le meilleur et pour le pire : le fric, le kitsch, le fluo... Une décennie dynamique, en tout cas. C'était éclatant et festif. Et puis le sida arrive, les corps commencent à tomber. La fête est finie quelque part... En tout cas, c'est le ressenti du gars de 52ans que je suis.
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«Je m'étais façonné un faux moi intégralement taillé pour lui plaire.» C'est Daniel, votre héros, qui le dit. Que souhaitiez-vous raconter des amours de jeunesse ?
La pâte à modeler que nous sommes quand on a un coup de foudre ! Je trouve très touchante cette façon qu'on a de s'oublier et de renier ses propres goûts pour devenir le miroir de l'autre.
On connaît votre plume merveilleusement goguenarde. Cette fois affleure une dimension sociale...
Je viens d'un milieu populaire tandis que mon meilleur ami venait de la petite bourgeoisie. Il n'y avait pas de guerre ouverte. Mais les années lycée, c'est quand même la naissance du mépris de classe. Réciproque, en plus ! Je voulais parler de cette confrontation en filigrane, et de combien Daniel n'a pas les codes quand il va donner ses cours particuliers pour gagner un peu d'argent de poche chez les bourgeois...
Les lecteurs de vos BD vous suivent-ils lorsque vous publiez un roman ?
Plutôt, oui. Même si certains me disent que mes romans les font moins rire. Je tiens à ce qu'on n'attende pas la même chose de Fabrice Caro et de Fabcaro. Depuis tout petit, je dessine et j'écris. Dans ma tête, je ne suis pas plus bédéiste que romancier.
Le 23octobre paraît Astérix en Lusitanie. C'est le deuxième volume que vous scénarisez. Comment passe-ton d'une liberté totale d'inspiration à un univers si codifié ?
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