« Tendres bagages » de Kerwin Spire, virée introspective dans les angoisses de Romain Gary

David Foenkinos par Fabien Clairefond © Fabien Clairefond pour La Tribune Dimanche
LTD/Fabien Clairefond pour La Tribune Dimanche

David Foenkinos par Fabien Clairefond © Fabien Clairefond pour La Tribune Dimanche
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Avec le dernier opus de sa trilogie consacrée à Romain Gary, Kerwin Spire vient d’obtenir le prix Pampelonne Ramatuelle, qui sacre chaque année une œuvre biographique. Une récompense bien méritée tant son récit ultra-documenté offre un point de vue inédit sur une période qu’on pense si bien connaître. On parle bien sûr des dernières années de l’immense écrivain. Celles où, dans l’antichambre d’un désamour général, il se met à fomenter sa création la plus célèbre : Émile Ajar.
On assiste avec stupéfaction à la naissance de ce double littéraire, les machinations pour ne jamais être reconnu, jusqu’à l’emploi d’un fidèle neveu pour incarner fiévreusement la mascarade. Le livre regorge de détails passionnants, à commencer par l’incapacité surprenante de Gary à choisir un bon titre ! La Vie devant soi arrive vraiment au dernier moment après toute une série d’appellations plus improbables les unes que les autres, telles que « Tendres Bagages ».
Le roman, on le sait, entrera dans la postérité en valant à son auteur un second Goncourt en 1975. On imagine le bel écrivain vieillissant jouir de son petit jeu, attendant le moment où il pourra surgir de son ombre pour révéler son art génial de la manipulation. C’est là que le livre de Spire prend une véritable dimension introspective. On assiste au désarroi de Gary, ses peurs et ses vertiges. Là où la postérité lui offre un éclat sublime, on retrouve alors l’écrivain dans toute la puissance de sa mélancolie. On y suit les affres avant-coureuses d’une dépression qui lui sera bientôt fatale.
Renfermé, inquiet, il se suicidera quelques années plus tard, sans même révéler qu’il tuait en même temps Émile Ajar. Cet épisode de la vie si chevaleresque de Romain Gary nous permet une véritable conversation avec son intimité la plus profonde, et avec sa véritable nature, celle des ténèbres.
Monsieur Romain Gary alias Émile Ajar – Aux bons soins du Mercure de France, 26, rue de Condé, Paris VIe Kerwin Spire, Gallimard, 240 pages, 20,50 euros.
* Les festivités littéraires du prix Pampelonne Ramatuelle
Soirée du vendredi 29 mai
Cinéma en plein air, place de l’Ormeau, Ramatuelle, accès libre. Projection à 21h45 du film Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan, de Ken Scott, avec Leïla Bekhti et Jonathan Cohen, précédée, à 21 heures, d’une rencontre et signature avec l’auteur du livre dont le film est inspiré : Roland Perez.
Samedi 30 mai de 15 heures à 18 heures
Librairie en plein air, place de l’Ormeau, Ramatuelle, accès libre. Lectures, rencontres et signatures avec les auteurs : le lauréat Kerwin Spire, ainsi que David Foenkinos, Émilie Frèche, Théodore Eristavi, Lune Robin et Robin Watine.
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