L’accord est vu par le président Lula comme une victoire qui consacre le poids de son pays sur la scène internationale. L’environnement et les petits agriculteurs pourraient pourtant en pâtir.Après vingt-cinq années d’attente et de « souffrances », Luiz Inácio Lula da Silva n’a pas boudé son plaisir vendredi, à la veille de la signature du traité entre l’Union européenne et le Mercosur. « Nous allons faire l’Histoire en créant l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde », s’est félicité le président brésilien lors d’une conférence de presse avec Ursula von der Leyen.
À eux seuls, les deux blocs – l’UE avec ses 27 pays, le Mercosur avec les principaux pays d’Amérique latine (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) – représentent 718 millions d’habitants. Un chiffre régulièrement mis en avant par le Brésil pour rappeler qu’il négocie désormais d’égal à égal avec l’Europe. Au cours des dernières années, Brasília s’est effectivement imposé comme un acteur central des négociations.
Premier exportateur de viande bovine, de soja et de jus d’orange au monde, le Brésil est une superpuissance agricole assumée. Le secteur représente près d’un quart du PIB du pays et emploie un Brésilien sur cinq. Les deux blocs sont déjà des partenaires commerciaux majeurs : les échanges entre le Brésil et l’UE atteignent aujourd’hui près de 100 milliards de dollars par an. Avec l’accord, l’agriculture brésilienne bénéficiera d’un accès facilité à un marché de 450 millions de consommateurs.
Pourtant, il ne fait pas l’unanimité dans le monde agricole brésilien. Le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST), organisation sociale qui milite pour une réforme agraire, redoute qu’il renforce la puissance des multinationales au détriment de l’agriculture familiale. Une critique plus large émerge également dans les milieux académiques : en favorisant les matières premières, l’accord risque de figer le Brésil dans un rôle de fournisseur de commodités, à rebours des ambitions de réindustrialisation affichées par le gouvernement.