OPINION. « Le travail : la première et la meilleure des protections sociales », par Samuel Tual, vice-président du MEDEF

Samuel Tual, Président d’Actual group et Vice-président du MEDEF.
LTD / Sylvain Malmouche

Samuel Tual, Président d’Actual group et Vice-président du MEDEF.
LTD / Sylvain Malmouche
Alors que la France pourrait perdre plus de 3 millions d’habitants d’ici à 2070, selon les derniers chiffres de l’INSEE, le financement de notre modèle social constituera l’une des questions qui va animer l’élection présidentielle à venir. Nul doute que le débat s’intéressera aux différentes assiettes de cotisation, mais l’on serait bien mal avisé de ne pas aborder également l’enjeu d’augmenter le nombre de cotisants.
Car, aujourd’hui encore, un grand nombre de nos concitoyens en âge de travailler restent à l’écart de l’emploi en raison de freins bien identifiés - mobilité, garde d’enfants, inadéquation des compétences - et d’un cadre réglementaire trop rigide.
Les jeunes en sont les premières victimes : leur taux de chômage dépasse 20 %, près d’un an et demi s’écoule en moyenne entre la fin des études et l’accès à un premier emploi stable, et environ 1,5 million d’entre eux ne sont aujourd’hui ni en emploi, ni en études, ni en formation.
À l’heure où l’objectif du plein-emploi semble s’éloigner, chaque point de taux d’emploi perdu représente des milliards de cotisations en moins. Pour que davantage d’actifs s’intègrent durablement sur le marché du travail, trois conditions doivent être remplies.
Le travail doit tout d’abord être choisi. On débat souvent du bien-être des salariés, en oubliant parfois la qualité du travail lui-même : l’autonomie des salariés, la capacité d’expression, la reconnaissance sont autant d’aspects fondamentaux pour les actifs. Ce constat est particulièrement vérifiable dans les métiers du geste, qui concentrent les pénuries les plus structurelles et les conditions les plus exigeantes.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Ils ont pourtant un atout indéniable : ils ne sont pas automatisables. Là où l’intelligence artificielle pousse les emplois du tertiaire à se réinventer, les métiers manuels constituent le socle irremplaçable de notre base cotisante. Investir dans leur attractivité est donc une condition essentielle de la soutenabilité de notre modèle social.
Le travail doit ensuite payer davantage. Pour les actifs aux revenus modestes, chaque heure supplémentaire travaillée peut se traduire par une perte de prestations sociales, et paradoxalement, par une baisse de revenu. Ces trappes à inactivité peuvent décourager certains actifs à reprendre un emploi, de peur de voir leur pouvoir d’achat diminuer. Or pour être attractif, le travail doit toujours être plus rémunérateur que l’inactivité.
Toute réforme du financement qui ignore ces trappes à inactivité est vouée à l’échec, car chaque individu remis sur le chemin de l’emploi, c’est un cotisant de plus et un allocataire de moins.
Le travail doit enfin être accessible au plus grand nombre. Cela suppose d’abord de préserver les voies d’entrée des plus jeunes. L’apprentissage a connu en 2025 sa première baisse en près de dix ans, sous l’effet de la réduction des aides à l’embauche : il faut sécuriser ce qui reste l’une des meilleures passerelles vers l’emploi qualifié.
Le travail étudiant, qui permet d’acquérir une première expérience et de raccourcir le délai d’accès à l’emploi, gagnerait lui aussi à être encouragé. Il faut aussi lever les freins réglementaires qui entravent les acteurs de terrain.
La suppression du délai de carence dans l’intérim pour certains publics - seniors, jeunes peu qualifiés, bénéficiaires du RSA - représenterait jusqu’à 80 000 emplois supplémentaires. La création d’un cas de recours spécifique pour les seniors activerait par ailleurs un vivier de cotisants expérimentés.
La mission sur le financement de la protection sociale initiée par le Président de la République sera incomplète si elle se limite à arbitrer entre assiettes et prélèvements. Avant de chercher de nouvelles sources de financement, donnons-nous les moyens d’activer tous les cotisants potentiels. Car le travail devrait toujours être ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : la première et la meilleure des protections sociales.