« Pour beaucoup d'habitants, le pouvoir d'achat et le pouvoir de vivre sont essentiellement assurés par les puissances publiques », estime l'ancien ministre et député de la Drôme, Hervé Mariton.
Ancien ministre et député de la Drôme, Hervé Mariton met en garde contre « la distribution de pouvoir d’achat, une méthode pas politiquement efficace » et déplore « l’étato-consumérisme ».
Les Français vivent dans l’illusion que l’État peut durablement régler leur problème de pouvoir d’achat. Et cette illusion est entretenue par les responsables politiques pour se flatter de ce qu’ils font ou dénoncer ce qui n’est pas fait. L’actuel gouvernement atteint un summum, de la nomination d’un ministre du pouvoir d’achat (Serge Papin, ancien patron de Système U) à la présentation d’un projet de loi contre la vie chère en Outre-Mer.
En effet, l’État, les collectivités publiques, distribuent et redistribuent. Parfois de faibles sommes, 10 € de « bonus de réparation textile » pour le changement d’une fermeture éclair de moins de 20 cm. Souvent des sommes plus significatives si l’on considère la puissance du système redistributif français. Pour beaucoup d’habitants, le pouvoir d’achat et le pouvoir de vivre sont essentiellement assurés par les puissances publiques.
Un étato-consumériste « qui conduit la France dans l’impasse »
L’écart de revenus entre le premier et le dernier décile est de 1 à 18. Corrigé des impôts et charges sociales payés, des prestations perçues et des services publics consommés, il est réduit au rapport de 1 à 3. L’État entretient ce transfert, ce service (cette servitude ?) très au-delà du bénéfice des seuls plus modestes. Jérôme Fourquet (Ifop Focus, mars 2024) a décrit combien un modèle « étato-consumériste » conduit la France dans l’impasse.
Au lieu d’impulser assez vigoureusement le redressement d’une économie productive, l’État s’épuise dans la distribution de pouvoir d’achat. Les mesures de soutien au pouvoir d’achat se sont multipliées depuis quatre ans, sans que leur soutenabilité budgétaire soit assurée. On peut citer le pass-culture, la remise carburant, l’aide à la réparation de l’électroménager, la gratuité des préservatifs pour les jeunes, la prime vélo, le bonus de réparation textile (7 euros pour la réparation d’un accroc) … Et la correction d’un dispositif, même imparfait, est très difficile, comme on l’a vu avec les aller-retours sur « MaPrimRenov’ ».
En 2024, le pouvoir d’achat des Français a augmenté de 2,6 %. La même année, trois quarts des ménages estiment que leur pouvoir d’achat a baissé.
Cette distribution de pouvoir d’achat parfois aide le consommateur modeste, parfois vise à orienter les choix de tous quels que soient les revenus, souvent déresponsabilise, infantilise. Très vite, dans la perfusion, la dose ne suffit pas.
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L’ambition de satisfaire les citoyens en distribuant du pouvoir d’achat est vaine. Elle est vaine, tant la perception du pouvoir d’achat est subjective, relative ; sa satisfaction est inatteignable.
Une demande permanente de distribution
En 2024, le pouvoir d’achat des Français a augmenté de 2,6 %. La même année, trois quarts des ménages estiment que leur pouvoir d’achat a baissé. J’avais montré (« Mesurer pour comprendre », Commission des finances de l’Assemblée Nationale) combien ce décalage de perception est spécialement marqué en France.
Sans doute qu’au-delà de ressorts psychologiques universels, notre culture étato-consumériste engendre la demande permanente de distribution plaçant le citoyen en état de manque. Autant dire qu’un Gouvernement qui voudra convaincre d’une action positive pour le pouvoir d’achat est sûr d’échouer. Pauvre ministre !
La distribution de pouvoir d’achat n’est pas une méthode politiquement rentable. Elle est aussi économiquement dangereuse par ses coûts budgétaires, constamment aggravés. Parfois, la tentation sera d’agir par la législation, la réglementation. Cette tentation est plutôt maîtrisée en métropole mais débridée pour les Outre-Mer. Plusieurs couches ont déjà été déployées (par exemple l’interdiction systématique des exclusivités d’importation) sans effet démontré ; la vie reste beaucoup plus chère qu’en métropole.
Comme cela n’a pas réussi, le Gouvernement veut rajouter une couche. Et qui pourrait s’opposer à un projet de loi « feel good » de « lutter contre la vie chère » ajoutant de nouvelles contraintes, mettant même en cause le secret fiscal ? « La France n’est pas Cuba », ai-je déjà alerté ici.
C’est qu’au fond le problème est assez simple. La principale réponse à l’enjeu réel du pouvoir d’achat est dans le travail, la part de population au travail, sa productivité. En France, Outre-Mer compris, le sujet n’est pas d’ajouter règlement sur règlement, de distribuer chèques sur chèques, mais de créer des richesses, de faire baisser le chômage, de travailler davantage et d’augmenter la productivité.
L’enjeu est aussi celui de la baisse de la dépense publique. Prélever des impôts pour distribuer du pouvoir d’achat, c’est affaiblir le potentiel créatif d’un pays, d’un territoire. L’étato-consumérisme, c’est-à-dire un équilibre social fait de distribution d’aides faisant tourner une économie de consommation, est un échec patent. C’est un échec dans toute la France. Il détourne des efforts nécessaires pour que les citoyens travaillent davantage et que l’État, les collectivités locales, dépensent moins. Quel est le ministre en charge de cela ?