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Gisèle et les rabat-joie. La chronique de Pauline Delassus

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Pauline Delassus

Publié le 22 février 2026 à 08:15

Découvrez la chronique de Pauline Delassus.

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LTD/DR

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

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La journaliste revient, dans sa chronique, sur les critiques émises à l'égard de Gisèle Pelicot, qui vient de sortir un livre dans lequel elle raconte sa volonté d'avancer et de se reconstruire.

D’un côté il y a le courage d’une femme de 73 ans sédatée et violée par son mari et 53 hommes pendant près de dix ans. Et la joie de vivre qu’elle tient à conserver, brandie comme un bouclier contre l’horreur vécue. De l’autre, les remontrances de militantes « féministes » qui voient dans le discours de Gisèle Pelicot « des éléments de langage » et reprochent aux médias qui lui donnent la parole pour la sortie de son livre, Et la joie de vivre, une « optimisation émotionnelle des victimes de violences sexistes et sexuelles ».

Sur Instagram, Fiona Schmidt écrit à ses 87.000 abonnés : « La joie n’est pas téléchargeable sur l’App Store. On peut souhaiter à Gisèle Pelicot toute la joie du monde, et interroger, en même temps, ce que produit l’injonction à “choisir la joie”. »

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Gisèle Pelicot, sa vie pendant le procès

L’ex-journaliste de presse féminine devenue autrice vise ici le titre placé en une du magazine Télérama, sous la photo de Gisèle Pelicot et de sa coautrice Judith Perrignon. « Le problème n’est pas Gisèle, ni sa joie, mais le verbe utilisé par Télérama, poursuit-elle. Cela peut être délétère pour les victimes. » Délétère ? On aurait pensé à beaucoup de choses nuisibles aux rescapées de crimes sexuels. Mais pas le fait qu’elles « choisissent » quoi que ce soit.

Reproches culpabilisants

« Que faisons-nous collectivement quand nous élevons une victime au rang d’icône ? interroge au même moment, toujours sur Instagram, le compte des éditions La Meute, joint à celui de la photographe Anna Margueritat (64.000 abonnés en tout). Ne serions-nous pas un peu en train d’appuyer le mythe de la bonne victime ? Celle qui parle bien, qui est belle et digne, et qui a des preuves. Qui a tenu bon. […] Quid de toutes les autres ? »

Plusieurs – militantes, actrices, essayistes, influenceuses, ou tout à la fois – ont développé dans leurs posts ce même thème, ces reproches culpabilisants adressés à une victime dont le destin tragique, parce qu’il a, des semaines durant, occupé les médias du monde entier, serait moins légitime que celui de femmes restées dans l’anonymat.

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Gisèle Pelicot, d’anonyme à icône planétaire

Et les journalistes bien sûr, parce qu’ils ont tant couvert le procès des viols de Mazan et mis en avant la parole et le visage de celle qui en a refusé le huis clos, sont aussi coupables d’oublier « les autres » et notamment la fille de Gisèle Pelicot, Caroline Darian, dont des photos dénudées ont été prises à son insu par Dominique Pelicot.

Un pied de nez aux méfaits du patriarcat

Sur le site du journal Politis, Cécile Cée va plus loin. Elle accuse la femme violée d’être une mauvaise mère, de ne pas protéger ses enfants : « Ce que n’a pas vu Gisèle Pelicot en 50 ans de mariage heureux, c’est l’inceste. Ce que viennent sceller son livre et sa promo, et la raison pour laquelle on lui tresse des couronnes de fleurs, c’est le déni de l’inceste. »

Soumise chimiquement jusqu’à l’inconscience, pénétrée dans son sommeil par des dizaines d’inconnus, cette femme aurait donc dû être un parent exemplaire, à en croire l’autrice et illustratrice de BD. Elle écrit avoir « la médiatisation du livre de Gisèle Pelicot en travers de la gorge ». Sans rire. Selon elle, « cette campagne de communication et la ferveur qu’elle suscite [sont] une vaste entreprise d’escamotage ».

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Violences faites aux femmes : Gisèle Pelicot, du symbole à l’action

Elle ironise au sujet de Gisèle Pelicot, « une femme apaisée, qui a retrouvé l’amour auprès d’un “homme bien” – parce que Not All Men, finalement. […] La messe est dite, La Grande Librairie a convoqué trois générations de féministes pour chanter en chœur “Laudate Gisèle”. Et tant pis pour les “sales connes”, les rageuses, et toutes les exclues du cercle de la joie paisible ».

Tant pis pour celles, en effet, qui seraient incapables de trouver dans la reconstruction de Gisèle Pelicot une raison d’espérer ; incapables de voir dans son énergie exaltante un pied de nez aux méfaits du patriarcat ; incapables de comprendre la puissance d’opposer un sourire au viol. Car la « joie » de Gisèle Pelicot, cet élan beau et absurde que Roberto Benigni résumait en une formule, « La vie est belle », qu’elle soit feinte ou réelle, est un coup dans la face de ceux qui sont entrés dans sa chambre pour s’approprier son corps anesthésié. Le féminisme rend les femmes plus fortes et Gisèle Pelicot aussi.

Pauline Delassus

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