OPINION. « Ma COP à moi… », par Bertrand Piccard, fondateur de Solar Impulse

Bertrand Piccard est le fondateur de Solar Impulse.
LTD/Getty Images via AFP / GARETH CATTERMOLE

Bertrand Piccard est le fondateur de Solar Impulse.
LTD/Getty Images via AFP / GARETH CATTERMOLE
Après 30 éditions, la COP de Belém illustre parfaitement la définition qu’Einstein donnait de la folie : faire tout le temps la même chose et attendre un résultat différent. Dans un souffle d’épuisement, cette messe planétaire s’est cachée derrière de faux succès pour masquer un véritable échec. Elle veut rassurer en parlant d’un accord qui garantit plus d’argent pour l’adaptation, un cadre plus transparent pour suivre de soi-disant progrès, alors qu’il n’y a pas de vrai engagement sur la déforestation et toujours pas le courage de sortir des énergies fossiles.
À Glasgow, le président de la COP 26, en larmes, avait accepté en dernière minute des changements qui ruinaient ses ambitions. Cette fois-ci, rebelote. Le dernier soir, l’Union européenne était prête à bloquer une déclaration finale jugée insignifiante. La nuit ne portant pas conseil, elle finit par se rallier au camp des pollueurs, sans doute pour éviter un échec symbolique du processus multilatéral. J’aurais, pour ma part, tellement préféré qu’on assume enfin un échec et qu’on en désigne les responsables. Qu’on vive un électrochoc qui remette à l’heure les objectifs des futures conférences. Alors, aujourd’hui, je ferme les yeux et j’imagine ma COP à moi.
La décarbonation, associée à la décroissance, à la régression, au sacrifice, reste un but qui fait peur aux participants, alors que le CO2 n’est pas la cause du problème : c’est le symptôme d’un monde archaïque dans sa façon de gaspiller les ressources et l’énergie, obsolète dans ses infrastructures, sa manière de construire et de gérer les déchets. Qui serait contre la modernisation ? La décarbonation, elle, viendrait comme une conséquence logique de la modernisation.
Elle ferait de l’efficience un langage commun. Ni idéologie, ni accusation. Mieux gérer l’énergie, l’eau, les matériaux, les infrastructures égale moins de coûts, de pertes, de dépendances, plus de profit. Un terrain neutre où les adversaires géopolitiques peuvent coopérer dans une diplomatie du bon sens, même quand tout le reste bloque.
On mettrait sur la table les milliers de solutions propres et rentables déjà disponibles, secteur par secteur. Des technologies et des modèles économiques qui créent de la valeur en protégeant plutôt qu’en détruisant. Les délégations ne repartiraient pas avec des promesses, mais avec des plans, des outils, des solutions à déployer.
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Les villes innovent, modernisent, résolvent des problèmes à une vitesse que les États n’égaleront jamais. À Belém, elles étaient présentes, mais sans influence réelle sur les décisions. Dans ma COP, elles seraient des moteurs de premier plan, capables de mutualiser leurs solutions et d’accélérer leur déploiement à l’échelle mondiale. Aux commandes de l’innovation climatique, donnant l’exemple, elles entraîneraient les autres dans leur sillage.
On mesure les tonnes de CO2 comme on compte les battements d’un cœur malade. Mais qui mesure la performance d’un réseau électrique ? Celle d’un bâtiment enfin sobre ou de trajectoires de transport optimisées ? Il faut passer du « toujours plus » au « toujours mieux ».
Une COP qui illustre le fait que le train est en marche et qui donne envie d’avancer. L’investissement dans les énergies propres a doublé depuis 2020, le solaire et les batteries ont vu leurs coûts s’effondrer de 80 % en 10 ans. En Europe, le marché des technologies propres croît de 12 % par an et emploie déjà 1,8 million de personnes. Ce n’est plus un futur possible : c’est un présent qui avance, irrésistible et rentable.
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Elle ne laisse plus une poignée de pays bloquer la marche du monde. Quand l’unanimité est impossible, la majorité doit pouvoir avancer par des coalitions qui entraînent les autres avec la preuve plutôt que par la contrainte. Une COP où l’action ne dépend plus du veto des plus réticents, mais de l’élan des plus courageux. Car une COP utile n’est pas celle qui piétine, mais celle qui ose.