OPINION. « Le moteur de croissance chinois confronté à de nouveaux défis », par Tiffany Wilding, Économiste, et Stephen Chang, Gérant de portefeuille, PIMCO

Tiffany Wilding et Stephen Chang.
LTD/DR

Tiffany Wilding et Stephen Chang.
LTD/DR
La capacité de la Chine à maintenir une croissance robuste malgré l’effondrement massif de son secteur immobilier fait désormais face à de nouveaux obstacles, alors que les barrières commerciales mondiales se renforcent et que la demande intérieure s’affaiblit. À horizon 2025, les surcapacités industrielles chinoises et l’accumulation de stocks devraient intensifier les pressions déflationnistes, poussant les autorités à stimuler davantage la consommation intérieure ou à accepter un ralentissement plus marqué de l’activité. Le récent quatrième plénum reconnaît cette réalité économique, mais l’incertitude demeure quant à la rapidité avec laquelle la Chine pourra réorienter son modèle de croissance vers la demande domestique.
L’effondrement récent de l’immobilier en Chine est comparable, par son ampleur, à celui du Japon dans les années 1990 ou des États-Unis en 2008. Après un pic début 2021, la construction résidentielle nominale est en baisse d’environ 40 %, selon le Bureau national des statistiques (NBS), soit environ 30 % en termes réels, compte tenu d’une baisse de 10 % des prix des matériaux. Malgré cela, l’économie chinoise a continué de croître d’environ 4,5 % à 5 % par an, avec un impact limité sur les marchés financiers mondiaux.
Cette résilience provient en grande partie des politiques publiques ayant stimulé d’autres secteurs, notamment la fabrication (VE, batteries, solaire), les infrastructures et les exportations, tout en contenant la contagion liée à l’immobilier et en étalant progressivement les pertes.
En 2024, cette stratégie a globalement porté ses fruits : les matériaux initialement destinés à la construction ont été massivement exportés vers de nombreux pays émergents, tandis que les produits chinois liés à la transition énergétique ont ciblé les marchés européens pour gagner des parts de marché mondiales.
Avec un secteur immobilier ramené à 6 % du PIB en 2024 (contre 10 % auparavant), la croissance a principalement été tirée par les exportations nettes et l’investissement, dans un contexte de baisse des prix à l’exportation et de compression des marges due à une concurrence interne très intense.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Mais ce modèle de croissance fondé sur l’offre et les exportations atteint ses limites. De nombreux pays émergents ont relevé leurs droits de douane, l’Union européenne a lancé plusieurs enquêtes anti-dumping, et les États-Unis ont accru leurs tarifs, réduisant l’accès de la Chine aux marchés. Malgré une forme de trêve récente dans les tensions commerciales sino-américaines, la relation restera probablement volatile, avec des volumes d’échanges sur une tendance baissière.
Les chiffres du PIB réel du troisième trimestre illustrent ces tensions. Si les données globales ont surpris positivement, le détail par composantes révèle une faiblesse sous-jacente. La demande intérieure privée (consommation + investissement privé) a enregistré sa plus forte contraction trimestrielle depuis la pandémie, tandis que le recul de l’investissement s’est propagé de l’immobilier vers l’industrie et les infrastructures. Même l’investissement des entreprises publiques, historiquement stable, commence à faiblir. L’accumulation de stocks explique une grande partie de la surprise positive du PIB, après un mouvement de stockage déjà important au deuxième trimestre.
Au total, ces données indiquent que, malgré un PIB réel affiché plus dynamique qu’attendu, la conjoncture intérieure s’est dégradée alors que la croissance du commerce extérieur ralentit (à l’exception notable des échanges avec l’Afrique). Dans le même temps, la production chinoise reste soutenue, entraînant une accumulation de stocks de matières premières et de biens finis.
À moyen terme, la Chine ne pourra pas continuer à accumuler des stocks si elle veut endiguer les pressions déflationnistes et stabiliser son économie. Les autorités ont récemment mis en avant une campagne « anti-involution » visant à réduire la concurrence excessive et à privilégier une croissance de meilleure qualité. Mais sans un soutien plus vigoureux de la demande intérieure, ou sans accepter une croissance de la production plus lente, les entreprises devront continuer à exporter leurs produits à des prix encore plus faibles pour écouler leurs stocks.
À lire également
Une relance budgétaire est en cours mais son impact reste limité, et les pressions déflationnistes chinoises pourraient continuer à se diffuser à l’échelle mondiale, en particulier vers les pays présentant de faibles barrières commerciales, comme de nombreux États européens.