OPINION. « La lutte contre les moustiques deviendra-t-elle enfin un sujet municipal à part entière ? », par Roger Venail

Roger Venail, spécialiste du moustique
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Roger Venail, spécialiste du moustique
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À l’approche du premier tour (des municipales), les candidats multiplient les réunions publiques sur de nombreuses thématiques. Pourtant, un sujet très concret du quotidien, qui concerne de plus en plus de Français, reste étonnamment absent : la lutte contre les moustiques. Le maire, en vertu de ses pouvoirs de police, doit pourtant veiller à ce que les conditions favorables à la prolifération d’insectes à l’origine de nuisances soient supprimées.
En Outre-mer, le moustique est malheureusement une rengaine bien connue. Et sur le territoire métropolitain, les températures particulièrement douces observées ces dernières semaines favorisent déjà leur retour. Ce phénomène rappelle que la question ne se limite plus aux nuisances estivales : avec le réchauffement climatique la prolifération commence désormais dès la fin de l’hiver et s’étend sur une période toujours plus longue.
Et cette question est tout sauf anecdotique. Elle dépasse largement le simple inconfort et relève désormais d’un véritable enjeu de santé publique et de santé environnementale, qui devrait naturellement s’imposer dans les programmes municipaux.
Le moustique tigre, arrivé en France en 2004 et désormais implanté dans 81 départements - soit plus de 80 % du territoire métropolitain selon Santé publique France - peut être vecteur de maladies telles que la dengue, le chikungunya ou le virus Zika. Plus de 50 épisodes de transmission autochtone vectorielle ont d’ailleurs été identifiés en France métropolitaine en 2025. Après la Covid-19, les prochaines épidémies sont déjà là.
Dans un contexte où les citoyens se montrent de plus en plus attentifs aux effets environnementaux des politiques publiques - comme l’a illustré le débat suscité par la loi Duplomb qui prévoyait la réintroduction de produits phytosanitaires - la démoustication doit changer de paradigme. Les habitants attendent des solutions efficaces, mais aussi respectueuses de la santé et de l’environnement.
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À Saintes, en 2023, ils s’étaient mobilisés contre l’épandage d’un insecticide en pleine ville après un cas suspect de maladie vectorielle. Même chose à Paris, où des pulvérisations avaient été menées en 2023 dans le 13ᵉ arrondissement puis en 2025 dans le 11ᵉ.
Les maires sont appelés à limiter les traitements chimiques traditionnels, souvent assurés par les syndicats départementaux de démoustication auxquels les communes contribuent. L’usage de certains larvicides, parfois présentés comme « biologiques », reste largement répandu, tout comme les dispersions d’adulticides diligentées par les ARS en cas de maladie vectorielle. Pourtant, les effets nocifs de ces produits sur la biodiversité, les pollinisateurs et la santé humaine sont désormais bien documentés.
La lutte contre le moustique doit s’inscrire dans une stratégie plus large : celle de la lutte dite « intégrée ». Cette approche combine surveillance, mobilisation des habitants, aménagement urbain adapté et recours à des solutions respectueuses de l’environnement pour réduire durablement les nuisances. Si sa mise en œuvre dépend bien sûr des moyens et des budgets des communes, les grandes villes pourraient montrer la voie. Elles ont les capacités d’engager le mouvement et d’inscrire pleinement dans leurs politiques locales l’approche « Une seule santé » - ou One Health. Celle-ci repose sur une idée simple mais puissante : la santé humaine, animale et environnementale sont étroitement interconnectées.
La France dispose déjà d’un solide écosystème scientifique et industriel - de la recherche fondamentale menée dans les universités à la R&D des entreprises - qui a permis de développer des outils de surveillance et des technologies de capture innovants, efficaces et non nocifs. Plusieurs municipalités ont d’ailleurs fait le choix de les expérimenter, comme Hyères ou Levallois-Perret. Mais ces initiatives restent encore trop isolées pour constituer un véritable changement de paradigme.
Candidates et candidats, n’oubliez pas non plus que l’enjeu est économique. La nuisance des moustiques peut entamer l’attractivité de vos territoires : elle pèse sur la fréquentation et, plus largement, sur la vie économique locale, des terrasses de cafés aux restaurants. À l’approche du scrutin, la lutte contre les moustiques deviendra-t-elle enfin un sujet municipal à part entière ?