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Le grand bluff du contrôle des prix à la pompe. La chronique d’Apolline de Malherbe

Photo de La Tribune Dimanche - Rédaction

Apolline de Malherbe

Publié le 15 mars 2026 à 06:15

Retrouvez la chronique d'Apolline de Malherbe.

Retrouvez la chronique d'Apolline de Malherbe.

LTD/CHRISTOPHE MEIREIS/ABACAPRESS

La Tribune Dimanche

N146 ● 19 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Retrouvez la chronique hebdomadaire d'Apolline de Malherbe.

Mercredi matin, 7 h 43, Renaud, patron d’une petite entreprise de transports en Gironde, m’a appelée sur RMC. Il a 12 camions. Des VL, véhicules légers. « Ils font des tournées de pharmacie autour de Bordeaux. On fait environ 500 kilomètres par camion chaque jour. J’ai des cartes Leclerc pour mes chauffeurs. Hier, on faisait le plein de gasoil à 1,98 euro le litre. Et ce matin, il est passé à 2,17 euros. En dix jours, on a pris 50 centimes. Tous mes camions font en moyenne 60 à 65 litres par jour. Donc, à la fin du mois, ça me fait un manque à gagner de 7.200. 7.200 euros ! C’est justement la marge que je peux faire tous les mois. Pour moi, c’est en train de devenir une catastrophe. »

Côté politiques, c’est la grande foire aux idées. Le RN demande une baisse des taxes. LFI, un blocage des prix. Et le gouvernement ? Le gouvernement accuse. Lundi, Sébastien Lecornu a lancé une grande opération de contrôles : « La guerre au Moyen-Orient ne peut pas servir de prétexte à des hausses abusives des prix à la pompe. À ma demande, un plan exceptionnel de 500 contrôles sera réalisé dans les stations-service par la répression des fraudes [DGCCRF]. » « Hausses abusives. » Il y a donc des abuseurs. Et ils vont être démasqués ! Le gouvernement envoie la DGCCRF, tremblez, pompistes, raffineurs, distributeurs !

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Des contrôles qui contrôlent, et pendant ce temps Renaud doit payer son essence.

Derrière ces grandes déclarations, on a donc voulu savoir, en vrai, ce que contrôlaient ces contrôleurs qui montrent qu’ils contrôlent. Mercredi matin, une reporter de RMC a suivi un contrôle. Deux jeunes femmes, la trentaine, arrivent à pied dans une station du Val-de-Marne. Elles sont en jean-baskets, tote bags arty branchés sur l’épaule (l’un d’eux affiche « Musée d’art moderne »). Elles ont bien un stylo et un bloc-notes. Et que font-elles ? Elles font des relevés. Elles regardent le prix sur le totem à l’entrée, prennent une photo, et le notent. Puis elles regardent le prix sur la pompe. Elles le notent.

Puis elles demandent poliment au client de pouvoir regarder son ticket de caisse, et elles le notent. Et ensuite elles vérifient que le prix au totem, le prix à la pompe et le prix sur le ticket sont bien les mêmes. Relever les prix. Les mettre dans un dossier. Et les faire remonter à Bercy. Ces contrôles ne vérifient pas d’éventuelles pratiques abusives. Pourquoi ? Parce qu’ils n’en ont tout simplement pas le pouvoir, ça ne relève pas de leurs prérogatives. Les prix sont libres en France.

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Alors pourquoi ces contrôles ? Pour faire quelque chose. Pour pouvoir dire qu’on fait quelque chose. Des contrôles qui contrôlent, et pendant ce temps Renaud doit payer son essence, ses salariés, l’entretien de ses 12 camions, ses charges et ses impôts. C’est du sonnant et trébuchant. Il a donc le droit, au moins, qu’on arrête de le prendre pour un idiot avec ces grandes annonces de contrôles qui ne contrôlent rien. Et qu’on lui dise franchement, honnêtement, qu’on ne fera rien parce que, le gouverneur de la Banque de France l’a dit cette semaine : « Nous n’avons plus d’argent. »

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Post-Scriptum : la taxe sur les petits colis, fiasco annoncé (suite)

Puisque l’on parle de la comédie des annonces, des contrôles, des lois et des taxes, un mot pour raconter l’épilogue d’un autre grand bluff. Celui de la taxe sur les petits colis. Le 1er mars, la taxe française de 2 euros sur les petits colis est entrée en vigueur. Résultat : presque plus aucun avion-cargo n’atterrit à Roissy depuis la Chine. Les colis arrivent bien chez les consommateurs, mais ils contournent la France. Au lieu d’atterrir à Roissy, les avions se posent désormais en Belgique, aux Pays-Bas ou en Hongrie, et font le reste du voyage en camion.

Roissy a perdu un tiers de son fret en dix jours. Et une part de nos travailleurs dans ces grands hangars désormais vides vont se retrouver au chômage technique. Shein, Temu, AliExpress jouent à cache-cache avec la France. Pendant que le gouvernement fermait les yeux et comptait à voix haute en prenant un ton déterminé (« ils vont voir ce qu’ils vont voir ! ») : « … 7, 8, 9… », les petits colis se sont fait la malle. Et quand le gouvernement ouvre enfin les yeux et dit « J’ARRIVE ! », les petits colis ne se sont pas juste cachés. Ils se sont envolés !

Apolline de Malherbe

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