En s’installant au BHV, Shein tente de se donner bonne figure. Mais pour 83 députés, la fast fashion chinoise reste un modèle toxique, destructeur pour l’environnement, l’emploi et la santé publique. Ils appellent ici à son interdiction en France.
Ce n’est pas la mode qui se démocratise, c’est Shein qui se dédiabolise. Le visage le plus brutal de la fast fashion a fait son apparition au BHV, dans un des magasins français les plus emblématiques, et s’offre une respectabilité de façade, comme si quelques portants bien éclairés pouvaient masquer l’envers du décor alors qu’il détruit la planète, nos emplois et la santé des consommateurs. Une mesure s’impose : l’interdiction de Shein sur le territoire français.
Shein, c’est d’abord une catastrophe environnementale. C’est l’incarnation d’un modèle industriel fondé sur la surproduction et le jetable. L’entreprise met en ligne des milliers de nouveaux produits chaque jour, fabriqués à bas coût en Chine, transportés par avion, portés seulement quelques fois avant d’être jetés, tant la qualité est mauvaise.
Derrière chaque tee-shirt à 3 euros, ce sont des tonnes de CO2 émises, des rivières polluées par les teintures chimiques, et des montagnes de déchets textiles envoyés en Afrique ou en Asie. À l’heure où la France s’engage à réduire ses émissions et à promouvoir une économie circulaire, continuer à tolérer ce modèle, c’est choisir le cynisme contre la cohérence.
Produits chimiques dangereux
Une enquête publiée la semaine dernière a révélé la présence de produits chimiques et de substances dangereuses – notamment pour les enfants et les femmes enceintes – comme le plomb dans les vêtements et accessoires Shein, parfois à des taux largement supérieurs aux normes européennes. En laissant ces produits toxiques inonder notre marché, nous mettons sciemment la santé publique en danger. Sans parler des récents scandales des poupées pédopornographiques et des armes de catégorie A en vente sur la plateforme, qui révèlent jusqu’où cette entreprise est prête à aller, au mépris absolu de toute éthique.
Certains défendent Shein au nom du « pouvoir d’achat », mais les classes populaires ne sont pas condamnées à s’habiller avec des produits de mauvaise qualité, tout comme elles ne sont pas condamnées à manger de la malbouffe. Une politique progressiste devrait au contraire garantir à chacun l’accès à des produits durables, réparables, fabriqués dans des conditions justes : en soutenant les circuits courts, les ressourceries, la seconde main et les entreprises locales. La vraie démocratisation de la mode passe par la qualité pour tous, pas par l’exploitation pour quelques-uns.
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Les marques françaises et européennes sont soumises à des règles strictes : salaire minimum, normes environnementales, contrôles qualité. Shein, de son côté, profite de failles réglementaires et de la sous-déclaration des prix à la douane pour échapper aux taxes. Résultat : nos créateurs, artisans et PME de la mode ne peuvent rivaliser avec ces prix artificiellement bas. En quelques années, cette concurrence déloyale a détruit des milliers d’emplois en Europe et vidé de leur sens les notions mêmes de savoir-faire et de durabilité.
Greenwashing
Les initiatives d’autorégulation, les promesses de mode plus responsable, les campagnes de greenwashing de Shein ne suffisent plus. Tant que le modèle économique reposera sur la surproduction, aucune réforme interne ne pourra le rendre durable.
Interdire Shein, ce n’est pas brider la liberté de consommer. C’est affirmer que certaines pratiques sont incompatibles avec nos valeurs collectives et nos engagements climatiques. C’est protéger les travailleurs, la santé publique et la planète. La France, pionnière des lois antigaspillage et de la responsabilité environnementale, doit être à la hauteur de ses principes.
Laisser Shein prospérer, c’est renoncer à tout cela. Et puisque le débat ne peut plus se contenter d’indignation, la Commission du développement durable de l’Assemblée nationale a convoqué les dirigeants de Shein pour enfin les entendre sur leurs pratiques. Une audition qu’ils avaient tenté d’esquiver. Shein n’est pas un modèle d’avenir, c’est une impasse. Il est temps d’y mettre fin.