OPINION. « La beauté de Paris est un sujet politique », par Sarah Knafo

Sarah Knafo, candidate Reconquête à la mairie de Paris.
Benoit Tessier/REUTERS

Sarah Knafo, candidate Reconquête à la mairie de Paris.
Benoit Tessier/REUTERS
Aucun candidat à aucune élection dans ce pays n'a jamais fait campagne sur la beauté. On promet la sécurité, la prospérité, l'emploi, le pouvoir d'achat, et c'est bien normal. Mais la beauté ? Jamais. Comme si elle était un luxe, un supplément d'âme dont on pourrait se passer, une affaire de poètes et non de maires. C'est une erreur profonde. La beauté d'une ville n'est pas un ornement. C'est une condition de la vie heureuse. Elle pèse sur notre moral, sur notre fierté, sur notre désir de rester ou de partir. Elle pèse sur tout. Dostoïevski écrivait que « la beauté sauvera le monde ». Je ne sais pas si elle sauvera le monde, mais je suis convaincue qu'elle peut sauver Paris.
Car Paris s'enlaidit. Pas d'un coup, pas brutalement, mais par un grignotage quotidien, méthodique, presque bureaucratique. Les bancs Davioud, dessinés au XIXe siècle sous la direction d'Alphand, disparaissent un à un, remplacés par des bancs standards que l'on retrouve dans n'importe quelle zone commerciale. Les réverbères parisiens, ces candélabres magnifiques qui donnaient à nos rues leur lumière orangée, cèdent la place à des mâts métalliques anonymes. Les grilles circulaires en fonte au pied des arbres ont été remplacées par des modèles carrés en tôle. Les corbeilles de rue laissent les ordures visibles à travers un sac plastique transparent. Partout, le fonctionnalisme a chassé l'esthétique. Partout, le banal a remplacé le beau. Ce n'est pas un détail. C'est une politique.
Car il faut bien comprendre ceci : l'enlaidissement de Paris n'est pas un accident. C'est le résultat d'une idéologie qui méprise l'héritage, qui considère la beauté comme suspecte, élitiste, réactionnaire. La gauche municipale ne détruit pas le mobilier historique de Paris par incompétence. Elle le fait par conviction. Elle remplace le beau par le neutre, le singulier par le générique, l'âme par la norme. Et les Parisiens, sans pouvoir toujours mettre un mot sur ce qu'ils ressentent, ont le sentiment diffus, douloureux, que leur ville n'est plus tout à fait leur ville. Que quelque chose s'efface. Que Paris cesse d'être Paris. Victor Hugo avait prévenu : « Il n'est pas possible que Paris, ville de l'avenir, renonce à la preuve vivante qu'elle a été la ville du passé. »
Je refuse cette fatalité. J'ai inscrit dans mon programme une « politique du beau » parce que je crois que c'est un sujet éminemment politique. Pas un supplément. Pas un gadget. Un pilier.
Premièrement, je rétablirai le mobilier urbain historique de Paris. Les bancs Davioud, les réverbères, les grilles d'arbres en fonte, les entrées de métro Guimard, les corbeilles de rue : tout ce qui fait l'identité visuelle de la capitale sera restauré et réinstallé. Quand un élément de mobilier doit être remplacé, il sera remplacé par un modèle fidèle à l'original, pas par un produit générique choisi sur catalogue. Ce plan est chiffré : au total, 32 millions d'euros par an consacrés à rendre à Paris son visage, largement financés par un plan de 10 milliards d’économies sur dix ans.
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Deuxièmement, je mettrai l'urbanisme au service du beau. Le PLU bioclimatique actuel, ce monstre de 2 075 pages qui pèse 2 Go au téléchargement, impose des contraintes absurdes sans jamais se soucier de l'harmonie architecturale. Je l'abrogerai et le remplacerai par des règles simples et lisibles. Les nouveaux bâtiments devront s'insérer harmonieusement dans le paysage parisien, comme le font depuis longtemps le Pays basque ou la Normandie pour préserver l’identité de leurs villages.
Troisièmement, je lancerai un plan de protection du patrimoine religieux parisien doté de 300 millions d'euros sur la durée du mandat. Les églises de Paris, construites avant 1905 et propriété de la Ville, tombent en ruine dans l'indifférence de la mairie. Ce patrimoine appartient à tous les Parisiens, croyants ou non. Il sera restauré, et cette commande publique créera des débouchés pour nos artisans, comme le chantier de Notre-Dame l'a magnifiquement démontré.
Quatrièmement, j'étendrai les horaires de l'éclairage patrimonial. Depuis 2022, les monuments de Paris s'éteignent à 22 heures. La Ville Lumière ne peut pas rester dans le noir. Je maintiendrai ces éclairages jusqu'à minuit et j'améliorerai la mise en valeur des ponts, fontaines et monuments, pour 2 millions d'euros par an.
Les politiciens diront que c'est accessoire, que les Parisiens ont d'autres priorités. Ils ne comprennent pas que la beauté et la sécurité, la beauté et la propreté, la beauté et la prospérité ne s'opposent pas. Elles se renforcent. Une ville belle est une ville dont on prend soin. Une ville dont on prend soin est une ville qui attire, qui retient, qui rayonne. Paris a besoin qu'on lui rende sa splendeur. De là dépend son avenir.