Alors que Notre-Dame retrouve sa splendeur, des milliers de monuments en France tombent en ruine. Pour Jérémie Patrier-Leitus, député du Calvados, la préservation du patrimoine doit rester une grande cause nationale capable de rassembler et de faire vivre la nation.
Malgré les fonds sans précédent mobilisés par les acteurs publics (État, collectivités locales) ou privés (Fondation du patrimoine, loto du patrimoine, mécènes privés), des milliers d'édifices religieux, civils, vernaculaires - églises rurales, moulins, lavoirs, théâtres, kiosques, fours à pain - sont menacés.
Selon une étude de la Fondation du patrimoine parue il y a quelques jours, 67.400 monuments non protégés sont aujourd'hui dans un état critique. Et ce chiffre n'intègre pas les monuments inscrits ou classés qui, eux aussi, tombent en ruine faute d'entretien. Sur les 45.000 édifices religieux encore ouverts au culte, plus de la moitié seraient en danger. Et 75 % se situent dans des communes de moins de 3000 habitants, qui n'ont plus les moyens de les entretenir.
Façonné au fil des siècles par le génie des hommes, notre patrimoine est pourtant notre héritage commun le plus précieux, ce qui nous rassemble et nous unit malgré les ferments de haine et de division qui traversent notre société. De tout temps, c'est au chevet de nos monuments, que les Français se sont rassemblés dès qu'ils sentaient le besoin de retrouver ce qui faisait leur unité, « leur destin commun ».
Chaque euro engagé dans un chantier de restauration patrimoniale génère jusqu'à 21 euros de retombées économiques.
Ainsi, si la France doit urgemment et impérieusement réduire sa dette et ses déficits, le patrimoine doit demeurer une grande cause nationale. Un projet politique pour faire nation qui permettrait d'unir les Français autour d'un projet fédérateur et universel, au-delà des croyances individuelles et des clivages partisans. Alors que le Premier ministre est en train de bâtir la feuille de route de son gouvernement et de rechercher des compromis avec les forces politiques, faire de la préservation et de la valorisation de notre patrimoine une grande cause nationale permettrait de redonner à nos communes rurales et à leurs habitants un sentiment de fierté et lutter ainsi contre le sentiment d'abandon.
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Une église en état de péril, un monument qui se délite contribuent au sentiment de relégation d'une France périphérique qui se sent abandonnée. Ensuite, de contribuer au dynamisme économique de nos territoires et de nos entreprises à travers la préservation et la transmission des 231 métiers d'art et du patrimoine qui sont autant d'emplois non délocalisables.
Chaque euro engagé dans un chantier de restauration patrimoniale génère jusqu'à 21 euros de retombées économiques. Restaurer un édifice patrimonial permet d'employer la main-d'œuvre locale, de développer des filières professionnelles et de préserver la richesse et la diversité de nos savoir-faire.
Mais aussi de renforcer le rayonnement et l'attractivité touristique de la France, première destination touristique au monde. La moitié des 100 millions de touristes qui se rendent en France chaque année, visitent au moins un lieu culturel et patrimonial. Notre patrimoine est le pilier de l'attractivité touristique de notre pays qui représente près de 2 millions d'emplois et près de 8 % du PIB.
Et enfin, d'offrir aux jeunes de notre pays des lieux où ils peuvent prendre la mesure du temps long, éprouver physiquement l'histoire de notre pays. Quitter, le temps d'une visite, le monde virtuel, les écrans et les torrents d'informations et d'images charriées par les réseaux sociaux pour faire l'expérience, matérielle d'une identité enracinée et d'une histoire commune, d'une mémoire collective. Le patrimoine contribue à former des citoyens éclairés qui ont un passé en partage et peuvent ainsi forger une communauté de destins.
«Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ou d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir», nous rappelait Ernest Renan. Alors que notre pays connait une instabilité politique sans précédent, des fractures sociales, politiques et territoriales profondes et des tensions identitaires, le patrimoine doit demeurer un projet politique pour faire nation.
Jérémie Patrier-Leitus copréside le groupe d'études Patrimoine et Tourisme de l'Assemblée nationale. De 2019 à 2022, il a été directeur au sein de l'établissement public chargé de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris.