French paradoxe. L’édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Et en même temps le dénigrement, et en même temps l’encensement. Le pays, décidément, n’en finit pas de se contredire. En l’espace de quarante-huit heures, deux événements placent l’Hexagone au centre de toutes les attentions : la finale de la Ligue des champions, disputée par le PSG pour la troisième fois en sept ans, et le sommet Choose France, qui s’ouvre demain à Versailles. Qu’il s’agisse de rayonnement sportif ou d’attractivité économique, notre pays n’aurait rien à envier aux autres. C’est du moins ce que l’on voudrait croire.
Choose France. L’intitulé en anglais fait déjà sourire – voire grincer des dents. Typiquement macronien, ce paradoxe : le même président qui inaugurait en novembre 2023 la Cité internationale de la langue française à Villers-Cotterêts, temple érigé à la gloire de la francophonie, a choisi de baptiser son opération phare de promotion économique dans la langue de Shakespeare.
Qu’importe. Depuis 2018, 230 investissements conclus, 87 milliards d’euros engagés. Et le cru 2026 s’annonce historique : SoftBank, un grand investisseur japonais, va investir 75 milliards (dont 45 d’ici à 2031) sur notre sol. Les chiffres, eux, ne parlent pas anglais. Ils parlent d’eux-mêmes.
Il faut rendre à Macron ce qui appartient à Macron. Inlassablement, le président de la République a endossé le costume de VRP de l’économie française. Aucun de ses prédécesseurs n’avait consacré autant d’énergie, autant de constance à séduire les investisseurs américains et asiatiques. Sensibles aux fastes de Versailles, à la French touch, aux grands chefs et aux meilleurs vins servis dans la galerie des Glaces, ces patrons étrangers ont répondu présent, édition après édition.
Pourtant, le tableau n’est pas sans ombre : les projets conclus dans le cadre de Choose France sont de moins en moins créateurs d’emplois. Des milliards qui s’affichent, des usines qui ne sortent pas toujours de terre. Et puis, il y a la fracture intérieure. L’histoire avait bien commencé entre le « Mozart de la finance » et les dirigeants du Medef.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

La malencontreuse dissolution de l’été 2024 a tout abîmé. La remise en cause de la réforme des retraites, la hausse des charges, les couacs à répétition dans la partition gouvernementale : le monde des entreprises françaises, lui, n’est plus aussi conquis. Il n’hésite plus à nouer des contacts avec le Rassemblement national, signe d’un désenchantement profond. Les patrons étrangers sont manifestement plus sensibles au style macronien que leurs homologues français.
Cruel paradoxe. Reste que sur ce terrain-là, celui de la tech, de l’économie du futur, Emmanuel Macron aura tenu le cap quand il se perdait dans tant d’autres. Le sommet de l’intelligence artificielle organisé à Paris en février 2025 en est la preuve. Son successeur, quel qu’il soit, osera-t-il poursuivre cette politique volontariste ? La prudence du RN sur le sujet, le réflexe pavlovien des autres candidats de se démarquer du bilan de l’actuel locataire de l’Élysée laissent planer le doute.