OPINION. « Interdire les réseaux sociaux au moins de 15 ans : une première étape », par Mario Stasi et Shani Benoualid

Shani Benoualid, fondatrice de l'association #jesuislà, et Mario Stasi, président de la Licra.
DR/Abaca

Shani Benoualid, fondatrice de l'association #jesuislà, et Mario Stasi, président de la Licra.
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Le 26 janvier dernier, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture la proposition de loi visant à interdiction l’usage des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Sans contrôle strict de l’âge ni accompagnement éducatif, cette interdiction nationale risque de rester insuffisante.
Nous savons à la Licra que ce combat que nous menons depuis des décennies contre le racisme, l’antisémitisme et contre toutes les discriminations ne peut ni ne doit se résumer à la dénonciation, à la vigilance ou à la sanction judiciaire, par ailleurs indispensables.
Avec la sanction ou l’interdiction, il faut l’éducation ou la formation, que ce soit à l’école, dans les centres de formation sportifs, les établissements secondaires ou supérieurs, les écoles de commerce ou les entreprises dans lesquelles nos bénévoles interviennent régulièrement.
L’un des principaux lieux d’échange et de connaissance mais aussi d’invectives ou de haine devient cet espace numérique protéiforme. Plus de quatre jeunes sur cinq, entre 11 et 17 ans, utilisent chaque jour au moins une grande plateforme ; 44 % accèdent aux réseaux sociaux avant 13 ans. Dans le même temps, plus de 16.000 atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux ont été enregistrées en 2024. La haine n’est pas « fabriquée » par un écran mais amplifiée de façon exponentielle.
Il est aujourd’hui urgent de définir des outils adaptés pour protéger une démocratie que nous espérons encore solide. La question n’est en effet plus de savoir si une majorité numérique est souhaitable, mais ce qu’elle doit effectivement produire. Les parents le formulent désormais sans détour : 74 % d’entre eux se disent favorables à l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans.
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Dans ce contexte, l’instauration d’une majorité numérique à 15 ans ne saurait être un aboutissement. L’enjeu décisif est celui de l’émancipation numérique. Protéger les mineurs en ligne suppose de leur permettre d’acquérir, progressivement, une autonomie : ils doivent être en mesure de comprendre une situation, identifier un risque, exercer un choix ou mobiliser un recours.
La France dispose déjà de bases solides dans l’école. On citera le programme PHARE structure la prévention et la prise en charge du harcèlement ou l’éducation aux médias et à l’information (EMI) forme au décryptage des sources, des images et des récits. Ce qui manque, c’est un parcours continu et identifiable, surtout au collège, à l’âge des premiers usages massifs.
Enfin, toute politique publique doit s’accompagner d’une exigence d’évaluation. Une part décisive de la sociabilité numérique des mineurs se joue dans les univers de jeu et leurs canaux d’échange, écrits ou vocaux, intégrés aux jeux ou adossés à des services tiers. Ce sont des espaces d’amitié et de coopération ; ce sont aussi, trop souvent, des espaces d’injures, de harcèlement, de prédation, et de banalisation de contenus haineux.
L’exigence de sécurité doit valoir partout où des mineurs interagissent, avec des paramètres protecteurs effectifs, des signalements accessibles, une modération réactive et traçable. Doit être aussi immédiate la visibilité des ressources d’aide, notamment le 3018, numéro national dédié aux victimes de violences numériques.
Mais rien ne pourra se faire sans une coalition qui associera éditeurs de jeux, associations de protection des mineurs, autorités indépendantes, chercheurs et acteurs de la prévention. Les signaleurs de confiance reconnus au titre du DSA verront aussi leur mission élargie dans cet univers des jeux.
Pour beaucoup d’adolescents, l’information ou les termes du débat passent par des créateurs de contenu. Intégrer pleinement ceux-ci à une politique de protection, c’est reconnaître une évidence. Les pouvoirs publics devront donc créer des espaces de réflexion avec ces créateurs de contenus.
En définitive, si la majorité numérique à 15 ans a pu ouvrir une voie, il est urgent de mettre en place une politique d’émancipation, à la hauteur du défi. Son efficacité dépendra de la cohérence d’ensemble, de l’école aux plateformes, des univers de jeu aux espaces de création, et de la capacité à mesurer ce qui fonctionne réellement.
Le combat universaliste impose que nos démocraties fondées sur les Lumières ne sombrent pas dans un cauchemar numérique. Nous avons une responsabilité historique envers notre jeunesse, celle de tout faire pour que nos espaces numériques ne soient pas une promesse de déflagration, de désinformation ou d’incitation à la haine mais plutôt le terrain d’opportunités formidables d’échanges et de connaissance.
D'après une note des auteurs publiée par la fondation Jean Jaurès
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