L’édito de Bruno Jeudy. Soyez responsables !

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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Sébastien Lecornu n’a pas gagné son maintien à Matignon. Il l’a négocié en posant ses conditions. Et c’est peut-être ce qui lui donne aujourd’hui une petite légitimité. Au terme d’une semaine surréaliste marquée par l’effondrement express d’un gouvernement en quatorze heures chrono, le président de la République a fait un choix à la fois surprenant, pragmatique et risqué : reconduire celui qui, sans éclat mais avec ténacité, incarne l’idée que gouverner, ce n’est pas briller, c’est tenir.
Ce pari, Emmanuel Macron l’a fait dans un moment de grand flottement, voire de chaos. La crise politique est là, tapie sous les dorures républicaines, et le pays tangue. Et pourtant, au lieu d’un virage, le chef de l’État a choisi la continuité : même homme, nouvelle méthode. Une « carte blanche » inédite pour bâtir un gouvernement resserré, moins politique, plus technique, plus sobre. Et surtout, un cap : répondre aux urgences concrètes (adopter un budget), sans verser dans le brouhaha présidentiel de 2027.
Le succès de l’intervention télévisée de Sébastien Lecornu – suivie par près de 7 millions de Français – et la remontée spectaculaire de sa popularité dans les sondages ont sans doute fini de convaincre l’Élysée. Car, en ces temps d’usure politique, l’humilité devient un atout. Sans éclats ni phrases qui claquent, le ministre des Armées devenu chef du gouvernement a choisi le ton du devoir. Le style du « moine-soldat » : austère mais solide. En assumant ses conditions de départ, en imposant ses choix, il a déjà dessiné un rapport de force inédit avec le président. Reste à savoir jusqu’où il pourra le tenir.
Le moment est grave. Et chacun doit l’affronter avec une conscience claire de ses responsabilités. Gouverner n’est plus un exercice de communication mais une exigence de réparation. Il faut panser les plaies d’un pays fracturé, offrir de la lisibilité aux entreprises, du souffle aux classes moyennes, de la dignité aux plus modestes. En bref : gouverner pour ceux qui n’en peuvent plus. Ni des jeux d’appareils ni des ambitions déplacées.
Les parlementaires, eux aussi, devront faire preuve de maturité. Les postures ne tiennent plus. Les Français n’attendent pas des joutes verbales mais des solutions. Un rejet de confiance ou une motion de censure renverrait tout le monde à ses responsabilités – mais surtout à ses fautes. N’oublions pas : la dissolution a déjà coûté 15 milliards d’euros à l’économie. Un luxe que la France ne peut plus s’offrir.
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Sébastien Lecornu joue donc gros. Comme nous tous. Son gouvernement devra faire ses preuves, sans retard ni faux pas. Il faudra écouter, concilier, trancher. Il faudra, comme disait Churchill, savoir changer d’avis, à condition que ce soit dans le bon sens. Il faudra surtout prouver qu’il existe encore des femmes et des hommes capables de s’élever au-dessus des intérêts partisans pour faire tenir debout une démocratie fatiguée.
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C’est un devoir de ne pas échouer. Et cela concerne tout le monde : gouvernants, élus, syndicats, citoyens. L’heure n’est plus à l’arrogance mais à l’engagement. Comme un ultime sursaut avant l’orage. Soyez responsables ! Il y va, peut-être, de nos derniers jours heureux.