Croissance, dette… Les conséquences économiques de la démission de Lecornu

14 heures après avoir nommé ses ministres, Sébastien Lecornu a remis sa démission lundi matin au président de la République.
via REUTERS - Mohammed Badra

14 heures après avoir nommé ses ministres, Sébastien Lecornu a remis sa démission lundi matin au président de la République.
via REUTERS - Mohammed Badra
C’est le gouvernement le plus court de la Ve République. 14 heures après avoir nommé ses ministres, Sébastien Lecornu a remis sa démission lundi matin au président de la République. Une décision qui plonge à nouveau la France dans une période d’incertitude politique, une mauvaise nouvelle pour l’économie française.
Car l’incertitude a un prix. Elle aurait d’ailleurs déjà coûté « 9 milliards d’euros de produit intérieur brut cette année », a avancé comme chiffre ce mardi sur Franceinfo Patrick Martin, le patron du Medef. De son côté, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), table sur 0,3 point de PIB en moins cette année à cause de l’instabilité causée par la dissolution de l’Assemblée en juin 2024 et la censure du gouvernement de Michel Barnier en décembre.
Et pour cause, en période d’instabilité politique, les ménages reportent leur consommation et épargnent davantage. Les entreprises reportent, elles, leurs investissements. Ce qui déprime la croissance. Avoir un gouvernement démissionnaire, qui ne se charge que des affaires courantes et ne peut donc pas passer de loi, n’arrange pas les affaires. « Les grands chantiers nécessaires pour améliorer la croissance potentielle de la France ne sont pas mis en œuvre », souligne à La Tribune Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management.
« Nous ne sommes pas dans un scénario de récession », rassure néanmoins Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste chez BDO France. « Mais sans cette crise, nous aurions eu plus de croissance, la France a loupé le rebond qu’elle attendait depuis l’année dernière », commente-t-elle. L’INSEE s’attend à une croissance de 0,8 % cette année.
Du côté de l’emploi, moins d’investissements signifient également moins de recrutements. « Sur le marché de l’emploi dans le secteur privé, il y a déjà 100 000 suppressions d’emplois sur l’année écoulée », a ainsi argué le patron des patrons. « Il faut une prise de conscience collective des politiques pour appréhender la situation économique qui se dégrade » car « le décrochage (économique) est enclenché », prévient-il.
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Mais c’est surtout du côté de la dette que les conséquences sont les plus lourdes. L’instabilité politique est responsable d’une hausse de son coût. Après l’annonce de la démission de Sébastien Lecornu, le taux d’emprunt français à 10 ans (OAT) a bondi et a dépassé les 3,61 %. Il est redescendu ce mardi à 3,58 %. Le spread, qui représente l’écart entre les taux d’emprunt français et allemand à 10 ans, a atteint, lui, 3,61 % avant de retomber à 3,47 % ce mardi en fin d’après-midi. « Une hausse qui va se transmettre progressivement au coût total de la dette », commente Eric Dor. Autrement dit, la France emprunte encore un peu plus cher sur les marchés.
« La charge de la dette, qui est le 2e poste de dépense de l’État, augmente, et elle sera le premier poste l’année prochaine si rien n’est fait », pointe Anne-Sophie Alsif. Ce qui signifie de l’argent en moins pour investir dans l’éducation ou encore la recherche, et donc de la croissance en moins, explique l’économiste.
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À cela s’ajoute la question de l’adoption d’un budget pour 2026. Avec la démission du gouvernement, l’ambition d’adopter un projet de loi de finances avant la fin de l’année semble compromise. Dans ce cas, le gouvernement démissionnaire a de fortes chances de recourir à une loi spéciale qui l’autorise à percevoir les impôts mais qui fait fonctionner l’État au ralenti. Jusqu’à ce qu’un budget soit enfin adopté. De quoi ajouter encore un peu plus d’incertitude.