L'édito de Bruno Jeudy. François Bayrou, Mission Impossible 2
Bruno Jeudy

Retrouvez chaque semaine l'éditorial de Bruno Jeudy, directeur délégué de « La Tribune Dimanche ».
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
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Matignon, je t'ai pris dans mes bras. François Bayrou, en fin lettré qu'il est, connaît la célèbre apostrophe de Rastignac, le héros balzacien : « À nous deux, Paris ! » Au terme d'un vendredi 13 riche en rebondissements et en émotions, le pugnace patron du MoDem a remporté son bras de fer avec le président de la République. Par un de ces curieux retournements de situation dont nous gratifie l'histoire politique, le Béarnais, qui avait fait acte d'allégeance à Emmanuel Macron en 2017, a contraint ce dernier à se rallier à son panache blanc !
Ces événements ont donné raison au maire de Pau quand il disait que « c'est souvent quand tout paraît compromis que les choses commencent à se redresser ». Au moment de forcer son destin, François Bayrou s'est sans doute souvenu de la façon dont Dominique de Villepin s'était imposé en 2005 à Jacques Chirac qui s'apprêtait à nommer Michèle Alliot-Marie. Le nouveau locataire de Matignon est un centriste qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Le chef de l'État devra en tenir compte au moment d'ouvrir un nouveau chapitre avec son sixième Premier ministre.
François Bayrou, avec ses quarante-cinq ans de vécu politique, a apporté un cinglant démenti aux théories freudiennes en ce jour où le père a tué symboliquement le fils ! Quelle consécration pour le natif de Bordères, fils d'un agriculteur, pur produit de la méritocratie républicaine, fervent admirateur d'Henri IV et de Charles Péguy. Cet agrégé de lettres classiques a su faire de la fiction - dans le roman de Michel Houellebecq Soumission (paru en 2015), il est Premier ministre - une réalité.
Ses détracteurs de droite rappelleront qu'il aurait voté blanc en 2007, puis fait battre Nicolas Sarkozy. D'autres souligneront sa modeste action ministérielle. Ses quatre années à la tête de l'Éducation nationale n'ont pas laissé un souvenir impérissable et n'ont guère enrayé la baisse du niveau des élèves. Celui qui se présentait, avec Philippe Séguin, François Fillon et Michel Barnier, comme un rénovateur en 1989 apparaît aujourd'hui comme l'incarnation du politique madré et blanchi sous le harnais des vicissitudes électorales.
S'il a su mettre en pratique l'aphorisme de Paul Morand selon lequel « le patient use toujours l'impatient », son orgueil démesuré peut en revanche faire douter de sa capacité à servir de guide sur le chemin de la réconciliation. Un chemin jonché de chausse-trapes placées par ses adversaires et, surtout, par ses amis qui le soupçonnent d'être plus préoccupé par la présidentielle de 2027 que par l'élection municipale de Pau en 2026.
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Pour briser le mur de verre entre les citoyens et le pouvoir et ne pas se trouver en tongs au pied de l'Himalaya, il ne devra pas oublier qu'un acte vaut cinq dires, comme le disait Henri IV. Les Ravaillac sont forcément nombreux à affûter les couteaux. Mais ne sous-estimons pas le caractère rusé de l'homme des Pyrénées. Depuis l'été, il clame partout que son moment est venu. À lui de prouver que cette mission impossible est taillée sur mesure, à condition de repousser la menace d'une censure prématurée.
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