Peur sur l’édile. L’édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
À deux mois du premier tour des élections municipales, un parfum de changement flotte sur les grandes villes françaises. Un parfum entêtant, parfois brutal, qui contredit frontalement la théorie rassurante de la « prime au sortant », longtemps présentée comme un avantage quasi mécanique pour les maires en place. Cette fois, la longévité du pouvoir local ne protège plus. Elle expose. Et parfois elle condamne.
Le climat politique national, délité comme rarement sous la Ve République, pèse de tout son poids sur ce scrutin pourtant réputé de proximité. Budget introuvable, président impopulaire, rejet massif des partis, sentiment d’abandon : les Français abordent les municipales amers, las, parfois exaspérés par une vie quotidienne qui se dégrade. L’urbanité cède la place à la colère sourde. Au moment de glisser leur bulletin dans l’urne, beaucoup voteront moins pour un projet que contre un système.
Sécurité, narcotrafic gangrenant des quartiers entiers, accès aux soins, pression fiscale : ces sujets dominent l’esprit des électeurs. Certes, leur traitement relève d’abord du gouvernement et du Parlement. Mais ils s’incarnent localement, dans la rue, l’école, le commissariat, le cabinet médical. Les maires, qu’ils le veuillent ou non, en deviennent comptables. Tous les ingrédients d’un dégagisme sont réunis.
Dans ce contexte, la France des grandes métropoles pourrait connaître une alternance franche. Paris, Marseille, Lyon, Toulouse, Nice : les cinq plus grandes villes sont susceptibles de changer de maire et de couleur politique. Aucun édile n’est à l’abri.
Socialistes et écologistes, longtemps hégémoniques dans les centres urbains, ont tout à craindre de ce désir de grand chamboule-tout. Les Verts, grands gagnants de 2020, pourraient vivre une véritable bérézina. Les signaux sont mauvais à Strasbourg et plus encore à Lyon, où Jean-Michel Aulas capitalise sur son image de bâtisseur, de gestionnaire et de figure populaire. Même son âge (76 ans) devient un argument : il promet un mandat de transmission, non une carrière. La société civile au secours de la politique.
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À Paris, le scénario semblait écrit. Il ne l’est plus. Rachida Dati voit sa route se compliquer avec l’entrée en scène de Pierre-Yves Bournazel au centre et de Sarah Knafo à l’extrême droite. Son procès à venir et le soutien de Renaissance à un concurrent fragilisent une candidature que l’on disait irrésistible. En face, Emmanuel Grégoire a réussi son union avec les écologistes mais peut-être rattrapé par le bilan d’Anne Hidalgo. Le suspense est total.
Dans le Sud, Marseille, Toulon et Nice s’annoncent tout aussi disputés. Le RN, porté par ses succès récents, rêve de conquêtes emblématiques. À Nice, l’affrontement entre Éric Ciotti, converti au lepénisme, et Christian Estrosi, affaibli par son parcours macroniste et des affaires persistantes, promet une bataille fratricide.
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Derrière ces combats locaux se cachent des enjeux nationaux majeurs. LFI, sans réelle perspective municipale, cherchera surtout à affaiblir les socialistes pour conforter le leadership de Jean-Luc Mélenchon. L’histoire rappelle que les municipales annoncent souvent la suite : 1977 préfigurait 1981, 2001 annonçait 2002. Machiavel l’avait résumé : « Un changement en prépare un autre. » Reste une inconnue décisive : la participation (41,6 % en 2020). Si elle est forte, elle donnera à ce scrutin un relief particulier, rassurant sur la vitalité démocratique et le goût de l’engagement collectif.