Le monde selon Donald Trump. L’édito de Bruno Jeudy

Découvrez l'édito de la semaine de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

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LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
L’intervention éclair menée par l’armée américaine au Venezuela a fait l’effet d’un coup de tonnerre. Frappes d’envergure, opération fulgurante, capture puis exfiltration du président Nicolás Maduro et de son épouse : Donald Trump n’a pas seulement voulu régler un dossier latino-américain jugé encombrant. Il a surtout rappelé, s’il en était besoin, sa conception sans détour de l’ordre mondial. Un ordre où la force prime le droit, où la décision solitaire l’emporte sur la concertation, où l’Amérique agit d’abord et explique ensuite. Ni le Congrès ni l’ONU n’ont été consultés. La légitimité, aux yeux de la Maison-Blanche – ou plutôt de Mar-a-Lago, d’où l’opération aurait été pilotée –, découle désormais de la capacité à frapper vite et fort.
Certes, le régime néochaviste est depuis longtemps dans le viseur de la communauté internationale. Nicolás Maduro est sous enquête de l’ONU pour crimes contre l’humanité, inculpé par la justice américaine pour « narcoterrorisme », à la tête d’un pays frappé de sanctions depuis 2015, quand Barack Obama qualifiait déjà le Venezuela de « menace extraordinaire » pour la sécurité des États-Unis. Sa réélection frauduleuse en 2024 avait fini d’isoler Caracas. Ses alliés russe et chinois avaient été parmi les seuls à ne pas reconnaître la victoire de l’opposant Edmundo González, aujourd’hui réfugié en Espagne. Mais tout cela justifiait-il une opération militaire aussi brutale que spectaculaire ?
La rapidité de l’exécution a surpris, voire sidéré, les alliés européens de Washington. L’Espagne, qui tentait une médiation prudente, se retrouve marginalisée. La France peine à trouver les mots justes, tiraillée entre la dénonciation d’une agression contre un État souverain et la conscience du passif du régime renversé. Un régime autoritaire que personne ne regrettera à part Jean-Luc Mélenchon, l’un des derniers « chavistes ». La gêne palpable des Européens illustre une fois de plus le fossé entre les partisans du multilatéralisme et les tenants de la loi du plus fort.
L’histoire, pourtant, bégaie. De Noriega au Panama en 1989 à Maduro aujourd’hui, le scénario est le même : un président diabolisé, le narcotrafic érigé en justification morale, l’armée américaine en arbitre final. Mais Donald Trump va plus loin. Il adresse au monde un triple message. Militaire d’abord : les États-Unis restent capables de projeter leur puissance en quelques heures. Politique ensuite : l’Amérique demeure son pré carré, du Groenland (territoire danois qu’il vise aussi) à la Terre de Feu. Économique enfin, et sans doute le plus décisif : l’accès aux ressources énergétiques. « Forez ! Forez ! Forez ! » martelait Trump en revenant au pouvoir. Le Venezuela, avec ses réserves colossales de pétrole et de gaz, s’inscrit pleinement dans cette stratégie d’« energy dominance ».
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Le risque est immense. En légitimant ce coup de force, Washington ouvre une boîte de Pandore : Pékin pourrait s’en prévaloir à Taïwan, Moscou dans les pays Baltes, Tel-Aviv face à Téhéran. Un nouvel ordre mondial s’esquisse, cynique et brutal. Bismarck disait que « la force prime le droit ». En 2026, cet écho résonne sinistrement. Puisse la diplomatie reprendre la parole et rappeler, avec Blaise Pascal, que « la force sans la justice est tyrannique ».
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