Laurent Wauquiez prépare l’après. La chronique politique de Jules Pecnard

Découvrez la chronique de Jules Pecnard tirée de notre newsletter politique « Vivement dimanche !».
LTD/DR

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Est-ce le fait d’un calendrier législatif en forme de gruyère ? Depuis un mois, plusieurs figures d’Auvergne-Rhône-Alpes trouvent Laurent Wauquiez particulièrement présent dans sa terre d’élection. Le chef de file des députés Les Républicains s’implique aussi bien dans les dossiers locaux que dans la tambouille.
Dans certains coins, il a tenté – en vain – de peser sur le renouvellement des fédérations départementales de LR prévu en juin. Le président du parti, Bruno Retailleau, a verrouillé ce processus afin de réduire un peu plus l’influence politique, jugée néfaste, de son rival interne.
Le conseil régional, c’est autre chose. Réélu à sa tête en 2021, Laurent Wauquiez a dû officiellement en lâcher les manettes après son retour à l’Assemblée nationale lors des législatives de 2024, mais en assure de fait la cogestion avec Fabrice Pannekoucke, le numéro un qui a pris sa suite.
« Laurent n’exclut rien, rapporte un vieux complice du parlementaire. Il sait qu’il sera très menacé dans sa circonscription de Haute-Loire si le Rassemblement national l’emporte à la présidentielle. Beaucoup le voient récupérer la Région à ce moment-là. » Même bien intériorisé, un tel tour de passe-passe se prépare.
Le Rhônalpin ne laisse rien au hasard, bien que les erreurs de calcul ne lui soient pas étrangères. Lucide, c’est pourtant le mot qui revient dans la bouche des nombreux interlocuteurs avec lesquels il s’est entretenu en tête-à-tête ces dernières semaines. Il y a parmi eux Annie Genevard, la madrée ministre de l’Agriculture qui fut secrétaire générale de LR avant que Bruno Retailleau ne la sanctionne pour avoir choisi de rester au sein du gouvernement de Sébastien Lecornu.
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Il y a aussi Marc Fesneau, son homologue du groupe MoDem à l’Assemblée. Avec ce fidèle de François Bayrou, les relations ont toujours été très difficiles. Cette fois, l’élu de Loir-et-Cher a apprécié que Laurent Wauquiez se creuse pour trouver de futurs textes pour lesquels une entente est possible entre LR et le bloc central. Avec Gérald Darmanin, qu’il a vu en avril comme l’a raconté La Tribune Dimanche, un déplacement commun est envisagé.
Faciliter la vie de l’exécutif demeure la ligne de conduite du leader LR, au point d’irriter ses propres députés, interloqués par le saisissant contraste entre son antimacronisme viscéral d’il y a un an et la réalité d’aujourd’hui. « Laurent ne réalise pas à quel point il s’est abîmé auprès de l’opinion de droite », soufflait récemment en privé Michel Barnier, artisan du « socle commun ». Et si c’était justement l’inverse ? Les sondages de l’ancien maire du Puy-en-Velay restent désespérément mornes, il le sait. L’idée de primaire des droites dont il s’est fait l’ardent promoteur, avec son périmètre byzantin allant d’Édouard Philippe au camp Zemmour, n’a pas pris.
Son entourage a beau présager que la candidature de Gabriel Attal peut crédibiliser un tel processus, le parcours élyséen de Laurent Wauquiez semble bouché. « Il a intégré qu’il ne pourrait pas, hic et nunc, “en être” à la prochaine présidentielle, constate un membre du gouvernement qui le connaît bien. Il a adopté une position de repli tactique intelligente. »
Un autre fait une analyse plus clinique : « Donné pour mort il y a six mois, il est devenu une prise de guerre intéressante pour n’importe qui en 2027, que ce soit Attal ou Philippe, comme ministre ou comme Premier ministre… Et ça vaut aussi en cas de victoire du RN. »
Cette froideur tactique qu’on lui prête, Laurent Wauquiez ne l’a nullement exhibée auprès d’un autre centriste qu’il a vu par hasard récemment, Jean-Louis Borloo, ex-collègue du gouvernement Fillon. « Je t’adorais, à l’époque ! s’est exclamé affectueusement le fondateur de l’UDI. T’étais généreux et bon, t’étais l’aile sociale du centrisme ! » Le député a réagi par un grand rire, mais sans répondre.
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