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Le vrai plan Borloo. La chronique de Guillaume Durand

Guillaume Durand

Publié le 23 novembre 2025 à 08:15

Chaque mois, Guillaume Durand plante sa plume dans le coeur des politiques.

Chaque mois, Guillaume Durand plante sa plume dans le coeur des politiques.

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La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

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ENTRETIEN — Chaque mois, notre chroniqueur plante sa plume dans le cœur des politiques. Aujourd'hui, il part à la rencontre de Jean-Louis Borloo, figure emblématique du paysage français, ancien ministre, puis maire de Valenciennes, proche de Bernard Tapie et finalement, grand admirateur de Mike Tyson.

​​Jean-Louis Borloo avance vers l’hiver, poussé par d’irrépressibles printemps. Il apparaît et des fleurs poussent dans la tête des auditeurs de LCI chez Rochebin. Valérie Pécresse serait en épectase. Des maires de droite ou socialistes entreraient en lévitation. JLB a fait un carton sur France 2 avec Delahousse. Au congrès des édiles, il a battu tout le monde à l’applaudimètre. Jean-Louis Borloo n’est plus une mélodie en sous-sol, ni sa caricature des Guignols en fumeur fumeux.

Lui qui fut l’un des avocats les plus riches du monde selon Forbes a tout abandonné pour se consacrer au Valenciennois (entre 1989 et 2002), « la région la plus pauvre d’Europe occidentale ». Avant d’incarner pendant des années la lutte contre la fracture sociale chère à Jacques Chirac : « Parfois, quand il me voyait, il avait presque des larmes de reconnaissance. Tout a changé. La politique, aujourd’hui, c’est plutôt Netflix et The Voice. » Ils refusent de voir la débâcle. Or nous y sommes.

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Sa rencontre avec Tapie, personnage de sa vie, quinze ans de boulot commun, a été comique : « La première fois que je l’ai vu, il m’a dit : “HEC m’a proposé une chaire d’enseignement sur les entreprises en difficulté”. C’était à hurler de rire car je venais de l’accepter quinze jours auparavant. Excessif, hâbleur, oui, mais à aucun moment je ne l’ai vu monter un dossier contre quelqu’un. Il a fini sans un centime, j’ai entouré son épouse. Il n’a jamais cru à la défaite. Le Lyonnais avait tort mais voulait faire oublier ses aventures douteuses, notamment aux États-Unis. À la fin, ce n’était plus que le procès de l’arbitrage, sans rapport avec le dossier. »

Je l’ai attendu une petite heure dans son bureau de la rue Brunel, entre l’Étoile et la porte Maillot. Karine, sa collaboratrice, m’a expliqué que c’était usuel. Borloo n’est pas en retard. Il est différent. Pantalon bleu marine légèrement froissé, pull zippé vert profond sur chemise blanche. La veste vole, la chaussure est souple. Sur un fauteuil, la célébrissime parka rouge de la marque Aigle qu’il arbore depuis des temps immémoriaux. Le fait que son antre soit dominé par une énorme photo de Mike Tyson est un mystère : « Tu ne trouves pas qu’il est beau ? Il est magnifique, non ? » J’affiche une mine interdite et puis, étincelle. Comme Mike, le Jean-Louis remontera ad infinitum sur le ring !

J’étais nul à l’école, j’ai passé le bac en potassant les Bordas. J’ai pris des chemins parallèles, étant incapable de faire une classe préparatoire

La France se passionne pour la comédie du pouvoir, mais pour les idées, il vaut mieux consulter Borloo. Les hypothèses Bardella ou Mélenchon ? « Ce sont de fausses radicalités qui ne changent pas de modèle. Si le cercle de la raison se contente de hurler à la peur des deux pestes, il sera balayé. Il faut cette révolution fédérale radicale. » Rien ne va plus en France, les dieux ont soif et réclament des têtes. Lui nous propose la révolution d’une République fédérale, sur laquelle personne n’avait vraiment travaillé !

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En gros, le régalien reste le privilège de la République (sécurité, défense, spatial, recherche, etc.) et les « vingt provinces » s’emparent du reste. « Il faut arrêter avec les décrets déments qui t’expliquent comment couper un arbre ! J’ai expertisé le droit d’asile, j’ai tracé un Malien arrêté à Marseille. Il peut rester cinq ans en France, entre la famille, les gares, les procédures d’appel, sans que rien ne soit réglé. Il y a des choses qui marchent ! À Orléans, ils ont fait baisser de 91 % la délinquance des mineurs. On vient d’avoir un prix Nobel d’économie avec Philippe Aghion, mais la seule idée qui s’est imposée, c’est lui taxer immédiatement sa prime, c’est dingue. »

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Pour Jean-Louis Borloo, «  il faut une république fédérale  »

 L’OCDE aurait chiffré son projet à 90 milliards d’économies. Des juristes bossent discrètement sur la modification de la Constitution. Notre Colombo politique penche plutôt pour 150 milliards, ce qui réglerait tout. La crinière est grisonnante. Comme Albert Camus : « Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un invincible été. » Sarkozy, avec qui il entretient des relations complexes, a dit de lui qu’il bossait comme un fou avant de disparaître sans raison. Beaucoup de personnalités poussèrent l’ancien président à le prendre comme Premier ministre, gage d’un possible second mandat.

D’où viens-tu, Borloo ? Son père, coursier devenu patron, ne lui a donné que deux conseils : « Sois respectueux à l’égard des profs et laisse ta place aux dames dans les transports en commun. » « J’étais nul à l’école, j’ai passé le bac en potassant les Bordas. J’ai pris des chemins parallèles, étant incapable de faire une classe préparatoire. » Il a quand même une pléiade de licences, un MBA à HEC, un diplôme de l’université de Manchester (Royaume-Uni) et il fut probablement le premier avocat français à engager une pléiade de polytechniciens et de HEC pour sauver des entreprises.

Il faut pour la France ce qu’on a réalisé pour Notre-Dame, c’est-à-dire exploser les normes étouffantes du contrôle. Faire du pays une exception.

« Le modèle français ne marche plus, la jeunesse est à la dérive, on croule sous les dettes et nous sombrons à grande vitesse vers une mexicanisation violente de la société. Un tiers des gamins sont dans des lycées professionnels et 61 % de ceux qui se barrent avant la fin d’une année sont issus de cet enseignement. Ce sont des gibiers pour toutes les conneries du monde. » Dès le printemps 2022, il avait signé L’Alarme, un texte prophétique.

Plus tard, Borloo revoit « tous les partenaires sociaux, les maires, les présidents de Région, les sénateurs, les parlementaires de tous les partis » : « Et là, je comprends que le système n’est pas modifiable à la marge. Il faut pour la France ce qu’on a réalisé pour Notre-Dame, c’est-à-dire exploser les normes étouffantes du contrôle. Faire du pays une exception. »

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Il n’a jamais vraiment pardonné à Macron de lui avoir jeté à la figure le plan banlieue le 22 mai 2018. Tout était signé. L’actuel président avait lui-même organisé une grande réception pour finalement l’humilier. Il n’y a pas d’autre mot. Or c’est le dérapage sans contrôle : « La chaîne du judiciaire fonctionne mal, la chaîne pénitentiaire aussi. On est condamnés cette année pour la 17e fois par la Cour européenne des droits de l’homme pour l’état des prisons. »

« Les types de Bercy se trompent de 20 milliards une année, de 40 milliards la deuxième et là, on a appris ce matin qu’ils s’étaient encore trompés de 10 milliards. Le système est à bout de souffle. Moi, je n’ai pas vocation à monter une écurie présidentielle. Mais je suis un petit peu le tiers de confiance, notamment des maires comme des partenaires sociaux. »

Avant sa deuxième présidentielle, [Emmanuel Macron] m’avait demandé si je voulais remettre les gants. La réponse a été “non”.

Cet ancien chef scout est capable de tout. Jeune, il emmena ses troupes retaper les bidonvilles à Nanterre ou vers le pôle Nord. Ne le rechatouillez pas avec les ambitions suprêmes : « Je n’ai pas le chromosome du président de la République, comme Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande et les autres. » Question perfide à la Minc : Macron est-il le pire président de la Ve République ? Réponse de celui qui a été ministre d’État, de l’Écologie, de l’Économie, des Finances, de l’Emploi, du Logement, de la Cohésion sociale, du Travail, de la Ville et de la Rénovation urbaine : « No comment. » « Avant sa deuxième présidentielle, il m’avait demandé si je voulais remettre les gants. La réponse a été “non”. » Mais Borloo a réétudié le cas français. Il avait tout arrêté, assassiné par une pneumonie et une septicémie, puis une violente parodontite. Merci Sébastien Albert, chirurgien de génie. Merci à jamais à sa femme Béatrice, épousée en 2005.

Il ne peut pas échapper à la question sur Bolloré, qu’il connaît depuis le lycée à Janson-de-Sailly. N’oublions pas que notre urgentiste, comme il se définit, est moitié corse, moitié breton par son père. « Il se vit comme l’homme que le système a voulu abattre à des moments de grande fragilité. Pour moi, il est le dynamiteur des usurpateurs. Il a fait des trucs incroyables aux USA et continue de considérer que le milieu des marquis parisiens est insupportable. Et donc, il débusque. Par exemple, la fausse signature de 100 Rafale est pour lui, homme d’affaires, une escroquerie car personne n’a le moindre centime. Et, donc, il a monté une machine qui fait de l’audience, fût-elle parfois caricaturale. L’idée qu’il ferait le jeu de l’extrême droite française est une blague absolue pour moi. Je sais qu’il considère que ce n’est pas la bonne solution. » De la part de l’incarnation du centrisme, les propos de JLB vont surprendre. Mais après tout, il connaît Vincent Bolloré depuis cinquante ans !

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Mais qui pourrait vous suivre dans cette aventure ? « Toutes et tous ! Les maires, les présidents de Région, les entreprises, les partenaires sociaux. Villepin a une incontestable stature. On sait ce qu’il peut faire pour la France, mais il faut faire pour les Français. Un président doit avant tout savoir s’entourer de trois ou quatre personnes essentielles et arbitrer. »

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Puisqu’il n’a pas ce chromosome, Borloo incarne un personnage profond de la culture française, un super Scapin qui nous suggérerait, citant Molière : « À vous dire la vérité, il y a peu de choses qui me soient impossibles, quand je m’en veux mêler […]. Je hais ces cœurs pusillanimes qui, pour trop prévoir les suites des choses, n’osent rien entreprendre. »

Curieux que notre avenir puisse éventuellement se jouer au cinquième étage d’un immeuble sombre de la rue Brunel, sous le regard de Tyson. 

Guillaume Durand

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