Hôtel cinq étoiles et dîner gastronomique : quand le luxe entre dans la course

Le marathon de Londres a lieu ce dimanche 26 avril.
LTD / HENRY NICHOLLS / AFP

Le marathon de Londres a lieu ce dimanche 26 avril.
LTD / HENRY NICHOLLS / AFP
Plus de 50.000 coureurs s’élancent ce matin sur le marathon de Londres. Entre Greenwich Park et Buckingham Palace, ce sera la même distance pour tous, sous le même ciel anglais. Mais pas tout à fait la même journée. Et ça commence avant le départ. Les 600 Français passés par le tour-opérateur agréé Sports Tours International ont ainsi récupéré leur dossard sans avoir à quitter leur hôtel, idéalement situé dans la capitale britannique.
Des navettes privées les conduiront jusqu’à la zone de départ. Une fois les 42,195 kilomètres et la collation de récupération avalés, ils seront pareillement raccompagnés à leur hôtel. Où une soirée de célébration les attendra. Les jours précédents, ces coureurs de tous niveaux avaient bénéficié de billets d’Eurostar réservés, d’un dîner puis d’un petit déjeuner aux qualités nutritionnelles calibrées pour l’effort.
Leurs flocons d’avoine étaient même accompagnés d’un briefing concocté par My Running Club, l’académie fondée par le champion français Yohan Durand. Coût de l’expérience : 2 000 euros par personne.
Rien de rédhibitoire dans un univers où les clients à hauts revenus ne manquent pas : l’agence américaine Runbuk commercialise un pack à 5 499 dollars, avec hôtel cinq étoiles et dîner gastronomique inclus. Bienvenue dans l’univers des tour-opérateurs spécialisés dans la course à pied, à la croisée du tourisme haut de gamme et de la passion du running.
En France, le marché compte une poignée d’acteurs. Sports Tours International, implanté dans l’Hexagone depuis 2020, en est l’un des deux leaders, aux côtés de France Marathon. Ils côtoient Sportifs à bord ou encore Contrastes Running. Certains proposent des croisières ou des visites de musées en marge de la course, d’autres des échauffements collectifs.
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Tous cherchent à vendre une expérience, et pas seulement une prestation logistique. La nature du séjour favorise leur approche. « Courir un marathon reste une expérience très forte, qui crée un sentiment de communauté et l’envie de partager des moments au-delà de la course », souligne Clément Cicuto, directeur France de Sports Tours International.
Depuis 2022, les demandes pour ces packs ont plus que doublé. Le marché surfe sur une croissance à deux chiffres. Son moteur tient à une conséquence prévisible de l’explosion de la pratique : sur les grandes courses, obtenir un dossard est devenu aléatoire. Le marathon de New York reçoit chaque année plus de 1 million de candidatures. Même engouement à Londres. Passer par une agence partenaire, c’est garantir sa place, moyennant un supplément.
Certains organisateurs ont développé leurs propres offres premium. Philadelphie, Chicago ou New York proposent des espaces clos et chauffés dans la zone de départ, des toilettes privatives, des consignes privées, des massages à l’arrivée et des brunchs avec open bar. Des zones réservées aux accompagnants le long du parcours, une vidéo personnalisée ou encore un maillot collector complètent parfois le service.
Le circuit Rock’n’Roll Running Series pousse le concept encore plus loin. Ces courses, rythmées par des concerts live à chaque mile, se tiennent dans une dizaine de villes américaines – parmi lesquelles Las Vegas, Nashville, San Diego ou Washington – mais aussi à Madrid et Manille. Les participants VIP y bénéficient d’un parking, d’un catering premium, de zones de récupération réservées et d’un accès aux espaces de concert à l’arrivée. Plusieurs semi-marathons prestigieux, à Brooklyn, Paris ou Londres, sont également accessibles dans des conditions privilégiées.
Pas encore les 10 kilomètres, qui attirent un public plus urbain et plus occasionnel. Un premier signal est toutefois apparu il y a quelques semaines à Paris. L’organisateur d’une course au départ du centre de la capitale a testé ses prestations auprès d’une poignée d’invités : petit déjeuner avant le départ, gourdes offertes, accès prioritaire en tête des sas. À l’arrivée, brunch, massage et remise de photos personnalisées. L’expérimentation, destinée à sonder le marché sans heurter l’esprit populaire de l’événement, s’est voulue discrète.
Car introduire une hiérarchie visible dans ces rendez-vous populaires, où les organisateurs tirent d’abord leurs revenus du volume de dossards vendus, n’est pas anodin. Difficile de faire passer des coureurs coupe-file devant les centaines d’autres qui patientent depuis l’aube. De quoi expliquer que le marathon de Paris, comme d’autres, hésite encore à proposer des offres trop luxueuses. Pour combien de temps ?