Enhanced Games : « Un spectacle de clowns » où le dopage devient la règle

Le sprinteur Mouhamadou Fall.
FREDERIC PORCU/PRESSE SPORTS

Le sprinteur Mouhamadou Fall.
FREDERIC PORCU/PRESSE SPORTS
Ils prétendent repousser les limites. Le monde du sport « propre » leur répond qu’ils contournent la règle la plus basique : pas de dopage. Les promoteurs des Enhanced Games (pour « Jeux améliorés ») vont concrétiser leur lubie, aujourd’hui à Las Vegas. Sous un dôme temporaire implanté sur le Strip, la célèbre avenue de l’amusement sans limite, 42 sportifs vont s’affronter dans des épreuves de natation, d’athlétisme et d’haltérophilie où le recours à des produits dopants sera autorisé. Voire encouragé.
L’organisation a fait savoir que 38 participants auront utilisé des substances prohibées par l’Agence mondiale antidopage (AMA). Voici la liste, partagée avec la plus grande transparence : 91 % ont fait usage de testostérone ; suivent l’hormone de croissance (79 %), l’EPO (41 %) et les stéroïdes anabolisants (29 %).
Ces Jeux pour dopés, tels qu’ils ont été vite qualifiés, laissent à chacun la responsabilité d’administrer les produits de son choix. Sous haute surveillance. Deux commissions rassemblent 24 médecins et scientifiques. Un écran de fumée ? « Pourquoi ne pas utiliser des médicaments homologués, sous la supervision d’un médecin, pour atteindre son objectif ? » s’interroge le milliardaire allemand Christian Angermayer dans le Guardian. Cet entrepreneur a fait fortune dans les biotechnologies et les psychédéliques. Il assure se sentir « du côté des bons ».
Les cris d’orfraie de la communauté antidopage ne l’émeuvent pas. Travis Tygart, l’homme qui a poursuivi sans relâche Lance Armstrong, a qualifié ces Jeux de « spectacle de clowns ». L’AMA juge le concept « dangereux et irresponsable ». Agences nationales et fédérations ont rivalisé de communiqués pour dénoncer la banalisation du dopage. Dans un sondage pour RTL et L’Équipe, 77 % des personnes interrogées ont exprimé leur rejet des Enhanced Games.
Les participants avancent des arguments personnels. Le sprinteur britannique Reece Prescod, médaillé d’argent européen, se sent « valorisé ». Pour d’autres, c’est un retour inespéré à la compétition. Ainsi le seul participant français, Mouhamadou Fall, a-t-il justifié son choix. Suspendu coup sur coup pour un contrôle positif à l’heptaminol puis pour manquements à ses obligations de localisation, le champion d’Europe par équipes du 100 mètres en 2021 a été séduit par le suivi médical poussé annoncé, mais aussi par l’enveloppe réunie : 21 millions d’euros de dotation pour l’ensemble des inscrits.
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Au total, 15 médaillés olympiques et mondiaux, dont les stars américaine Fred Kerley (athlétisme) et australienne James Magnussen (natation), vont se prêter à ce jeu dangereux.