Antonio Filosa, son directeur général, regrette que Stellantis ait trop supprimé de spécialistes, notamment en recherche-développement. D’où un plan d’embauches cette année. Mais la concurrence de l’Italie risque de faire mal aux bases tricolores de Stellantis. Les effectifs de l'industrie auto en France ont fondu de 33% entre 2010 et 2023, selon la dernière enquête de l’Insee.« Nous avons réduit les coûts de manière excessive. Nous avons licencié par exemple plusieurs ingénieurs qui nous aidaient à développer des produits innovants », regrette Antonio Filosa. Dans des déclarations à la presse italienne, le directeur général se flatte même d’avoir réembauché, « dès sa prise de fonctions » en juin dernier, environ 2 500 ingénieurs aux États-Unis. Le groupe issu en 2021 de la fusion de PSA et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) recrute aussi en Europe et notamment en… France. En novembre 2025, Antonio Filosa avait, lors de sa rencontre avec les organisations syndicales en France, promis 1 400 embauches à contrat indéterminé en France. Dont 700 ingénieurs. Leur recrutement vient juste de commencer. Il devra être bouclé en fin d’année.
Rien que « pour les trois prochains mois, nous avons notamment en cours 120 recrutements en recherche-développement sur des profils d'ingénieurs répartis entre la région parisienne et le site de Sochaux (Doubs) sur la data, l’intelligence artificielle, l’électrification et l’électronique », explique-t-on au sein des ressources humaines du constructeur. Plusieurs de ces recrutements sont toutefois prévus sur la base des « emplois jeunes » parmi les stagiaires et alternants. En 2025, Stellantis avait déjà recruté en France 1 200 salariés, dont 400 ingénieurs. Et, parmi eux, « 150 en recherche-développement ». Certes, c’est peu. Mais cela signifie un renversement de tendance par rapport à l’ère Tavares.
La frugalité a fait des ravages sur la qualité
Fini le temps où un constructeur concurrent nous confiait justement : « Carlos Tavares a beaucoup serré la vis, surtout en R&D, on n’a jamais reçu autant de CV de collaborateurs, même de très haut niveau ». Aux yeux de l’ancien directeur général, « un être humain, notamment un ingénieur, était un facteur de coûts », se rappelle ainsi un ancien délégué syndical central. L’ambiance était d’ailleurs plombée par les mails et simulations personnalisées que recevaient régulièrement les collaborateurs sur le montant du chèque auquel ils avaient droit s’ils voulaient bien… partir. « C’était destructeur pour le moral », évoque un ancien de Stellantis passé depuis chez Renault. Et, comme si cela ne suffisait pas, les propositions financières pour des départs volontaires étaient affichées chaque semaine dans les ascenseurs de Poissy et Vélizy (Yvelines), les deux sièges français du groupe.