Après des pertes colossales en 2025, le directeur général de Stellantis, Antonio Filosa, a présenté un plan stratégique sur cinq ans de 60 milliards d'euros. Visant à réduire les coûts annuels de 6 milliards d'euros et les capacités européennes de 20 %, le projet a provoqué une baisse de plus de 6 % du titre à Paris, les marchés jugeant le redressement trop lent.
Le plan d’investissement de Stellantis n’a pas été bien accueilli par les marchés. La cotation du titre du constructeur automobile a été brièvement suspendue à la Bourse de Paris jeudi après une chute de plus de 6 %, quelques minutes après cette publication. À la reprise de la cotation, vers 13 h 50, l'action perdait encore 5,63 %, à 6,07 euros, sur un indice CAC 40, lui-même en recul de 0,45 %.
« Le marché s'attendait à un vrai scénario de redressement rapide » et « au lieu de ça, c'est un plan perçu comme (...) lent et peu ambitieux sur les marges », explique à l'AFP Andrea Tueni, responsable des activités de marchés de Saxo Banque. Cela « ressemble plus à une restructuration qu'à une stratégie de croissance », ajoute-t-il.
1. Réduction des coûts annuels de 6 milliards d'euros
Antonio Filosa, directeur général du constructeur italo-franco-américain, a expliqué dans un communiqué que ce plan d'investissements sur 5 ans « de 60 milliards d'euros » vise à rationaliser les coûts et offrir « des prix abordables », après des pertes colossales en 2025. Le groupe veut notamment réduire ses coûts annuels de 6 milliards d'euros d'ici à 2028 par rapport à 2025.
2. Réduction des capacités annuelles de ses usines en Europe
Il compte ainsi réduire les capacités annuelles de ses usines automobiles en Europe de « plus de 800 000 unités » d'ici à 2030, soit une réduction de 20%. Les capacités européennes totales sont aujourd’hui estimées à 4 millions d'unités, selon une source industrielle.
La réduction de capacités en Europe, où ses usines sont largement sous-employées, sera obtenue par « la reconversion de certains sites, comme à Poissy, en France, et le développement de partenariats comme à Madrid et Saragosse, en Espagne, et à Rennes, en France, tout en veillant à préserver les emplois industriels ». Son objectif est de porter le taux d'utilisation de ses sites européens de 60 % à 80 % en 2030.
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3. Une croissance de 15 % visée en Europe
En Europe élargie (avec le Royaume-Uni, la Suisse et la Norvège), l’entreprise vise « une croissance de 15 % du chiffre d'affaires et une marge d'exploitation de 3 à 5 % » grâce notamment au lancement de petites voitures électriques bon marché. En Amérique du Nord, il escompte une hausse de 25 % de son chiffre d'affaires et une marge de 8 à 10 %, ainsi qu'une hausse de 35 % des volumes aux États-Unis, où seront lancés sept nouveaux produits à moins de 40 000 dollars, dont deux à moins de 30 000 dollars. Globalement, 60 % des 36 milliards d’euros d’investissement dédiés aux marques et aux produits seront alloués à l'Amérique du Nord.
4. Des sorties de modèles plus rapides
Il veut aussi accélérer ses sorties de modèles « avec un objectif de 24 mois contre jusqu'à 40 mois aujourd'hui » et rationaliser sa production autour de trois plateformes technologiques. « D’ici à 2030, 50 % des volumes annuels mondiaux seront produits sur trois plateformes, dont la toute nouvelle STLA One », annonce Stellantis. Dans le secteur auto, une plateforme est une sorte de cahier des charges qui unifie les choix techniques.
5. Quatre marques deviennent prioritaires
Le plan donne la priorité à quatre marques: Jeep, Ram, Peugeot et Fiat. Les quatre marques prioritaires auront une vocation « mondiale ». Elles seront « les premiers lanceurs naturels de tous les nouveaux programmes et technologies ». Parmi les investissements, 24 milliards iront dans des technologies « à vocation mondiale » et 36 milliards dans ses marques et ses produits, avec « plus de 60 lancements de nouveaux véhicules et 50 restylages majeurs ».
Dans le détail, il s'agira de 29 véhicules 100% électriques, 15 hybrides rechargeables ou électriques à autonomie étendue, 24 hybrides et 39 thermiques ou hybrides légers.
6. Cinq marques auront un statut de « régionales »
Cinq autres marques auront un statut de « régionales » (Chrysler, Dodge, Citroën, Opel et Alfa Romeo) tandis que DS Automobiles et Lancia « seront pilotées par Citroën et Fiat » et labellisées « marques de spécialité ».
Le groupe va aussi uniformiser l’architecture centrale logicielle et électronique de ses véhicules, les modes d'interaction dont disposent le conducteur et le système de conduite autonome « évolutif ». À partir de 2030, 35% des volumes annuels mondiaux seront équipés par au moins l'une de ces technologies, puis plus de 70% à l'horizon 2035.
7. Des partenariats vont être développés
Côté partenariats, « Stellantis et Leapmotor vont unir leurs forces en matière d’achats ». Leur accord, annoncé début mai, prévoit que Leapmotor fabriquera deux de ses modèles dans les usines de Madrid et Saragosse. L'usine de Madrid serait même vendue à leur coentreprise. Avec Dongfeng, Stellantis va produire en Chine deux Peugeot et deux Jeep pour les marchés chinois et internationaux, et en Europe distribuer des modèles Dongfeng. Le groupe chinois produira aussi des voitures Dongfeng dans l'usine Stellantis de Rennes.
Autre partenariat : celui avec Tata Motors et sa filiale Jaguar Land Rover, pour développer des produits et des technologies aux États-Unis. En matière de logiciels, d'assistance à la conduite, de batteries et d'IA, Stellantis sera partenaire d'Applied Intuition, Qualcomm, Wayve, Nvidia, Uber, Mistral AI et CATL.