Andrew Cornelia (Uber) : « Les VTC comme les taxis contribuent à faire avancer l’électrification »

Propos recueillis par César Armand

Global Head of Electrification and Sustainability, Andrew Cornelia a rejoint Uber en décembre 2025.
DR

Propos recueillis par César Armand

Global Head of Electrification and Sustainability, Andrew Cornelia a rejoint Uber en décembre 2025.
DR
LA TRIBUNE. Au surlendemain de la réunion de « l’équipe de France de l’électrification » à l’Élysée, vous lancez aujourd’hui un programme de recharge global, avec Paris comme ville test. Pourquoi maintenant ?
ANDREW CORNELIA. L’avenir d’Uber sera électrique et autonome, ou ne sera pas. En parlant aux chauffeurs, nous nous sommes rendu compte que la recharge des véhicules électriques restait un obstacle à l’électrification à grande échelle.
Comment comptez-vous résoudre ce problème ?
Les chauffeurs se posent trois questions : où, comment et combien ça coûte ? Nous sommes donc en train de construire, dans notre application, un moyen très facile de trouver la recharge, de s’y rendre et de payer. Demain, une carte affichera toutes les stations de recharge pertinentes. À Paris, les chauffeurs disposeront ainsi de toutes les informations clés pour accéder à une station, savoir combien il y a de bornes, leur puissance et les commodités situées à proximité, et nous ambitionnons de couvrir 95 % des besoins de recharge des chauffeurs VTC en région parisienne. En d’autres termes, nous allons déployer un moteur de recommandation intelligent.
Quid des revenus des chauffeurs ?
Nous essayons d’optimiser deux choses, à commencer par le coût d’opportunité. Cela signifie que nous ne voulons pas que le chauffeur arrive et attende à une station de recharge ou, pire, arrive à une station qui ne fonctionne pas. Notre moteur de recommandation intelligent basé sur la qualité et la proximité lui indiquera donc où et quand il peut recharger. Nous voulons également optimiser le paiement de la recharge.
Comment concrètement ?
Dans les mois à venir, les chauffeurs pourront directement, via l’application Uber ou grâce à leur carte de crédit, payer la recharge. L’objectif est de créer une expérience vraiment fluide et facile. Au-delà du « comment », nous finalisons un autre point important : le « combien ». Pour cela, nous aurons la capacité de recommander aux chauffeurs où aller. Aussi, avons-nous déjà sélectionné des sociétés spécialisées, parmi lesquelles Electra, avec qui nous avons négocié des remises commerciales très avantageuses pour leur offrir une valeur significative. Au cours des cinq prochaines années, nous estimons que cela permettra aux chauffeurs de réaliser près de 80 millions d’euros d’économies.
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.

Et ce, alors que dans vos documents en ligne, vous écrivez que « la compilation des données est difficile ». Comment vous assurez-vous que vos données seront de qualité ?
L’un des superpouvoirs d’Uber, ce sont ses données agrégées et anonymisées. Nous en collectons tous les jours sur les marchés sur lesquels nous opérons depuis des années et ce sont autant de data essentielles pour comprendre les habitudes de déplacement des chauffeurs. Il s’agit des lieux où ils prennent en charge les passagers, où ils les déposent, où ils passent la majeure partie de leur temps… Une mine d’or qui nous a permis de créer une carte thermique des endroits où la majorité des trajets ont lieu dans une ville. Tant et si bien qu’aujourd’hui, je peux vous dire qu’en France, 23 % des kilomètres parcourus via notre plateforme le sont en véhicule électrique.
Et demain ? Quels sont vos objectifs ?
Grâce à notre capacité à voir où les trajets en véhicule électrique ont lieu dans une ville et nous savons identifier les lieux où il est nécessaire de construire des infrastructures de recharge. Nous pouvons déjà anticiper comment elles seraient utilisées en fonction des habitudes de déplacement ou de trafic. De la même façon que nous allons encore ingérer des informations, tels que les schémas de circulation, pour indiquer aux chauffeurs comment minimiser leurs temps d’arrêts ou tout autre inconvénient pour qu’ils puissent prendre la route le plus rapidement possible.
Avez-vous déjà trouvé des emplacements avec la Ville de Paris ou est-ce encore l’objet de négociations ?
Nous avons pris l’engagement d’investir 100 millions de dollars (92 millions d’euros) dans les infrastructures de recharge à travers le monde. Concrètement, nous garantissons aux opérateurs et infrastructures un niveau d’utilisation par les chauffeurs actifs sur Uber. Aujourd’hui, nous voyons quelles recharges existent, et le cas échéant, nous pourrons nous rapprocher d’opérateurs pour leur dire : « Si vous construisez des stations, nous viendrons » car nous restons convaincus que les chauffeurs les utiliseront demain.
Il ne suffit pas d’installer des bornes pour réussir l’électrification. Encore faut-il que les chauffeurs roulent en voiture électrique. Confirmez-vous le lancement d’une aide de 1 500 euros en ce sens ?
Depuis 2020, nous soutenons le marché français et les chauffeurs dans leur transition vers l’électrique avec au total plus de 75 millions d'euros d’investissements. Plus récemment, compte tenu de certains des défis liés aux prix du pétrole, nous avons débloqué une aide exceptionnelle de 1 500 euros pour qu’ils puissent louer des véhicules électriques.
D’autant que jeudi dernier, le gouvernement a annoncé la mise en place, le 1er octobre prochain et pour au moins trois mois, d’un bonus écologique jusqu’à 5 500 euros à l’achat d’un taxi électrique dont le prix d’achat ira jusqu’à 65 000 euros. Comprenez-vous cette décision ?
Nous avons autant d’ambitions que les taxis pour aider à la réduction de l’empreinte carbone de nos flottes sur les routes. Les VTC comme les taxis contribuent à faire avancer l’électrification. Nous demandons donc une égalité de traitement dans le cadre du programme national de décarbonation des transports.
Le projet de loi de simplification de la vie économique a été publié hier matin au Journal officiel au lendemain de la décision du Conseil constitutionnel de maintenir les zones à faibles émissions (ZFE). Est-ce pour cette raison que vous accélérez sur l’électrification ?
Nous investissons dans l’électrification tant pour soutenir les villes dans lesquelles nous opérons que pour rendre ces mêmes villes plus sûres et plus propres. Mais la raison principale consiste à apporter une offre de meilleure qualité, tant sur le plan économique que sur le plan commercial. Dès lors que le public et le privé se retrouvent sur une bonne politique, cela fait avancer les choses. Regardez les zones à faibles émissions du centre-ville de Londres. Depuis leur mise en place, nous sommes passés à 40 % de kilomètres parcourus en véhicule électrique sur Uber. Cela constitue l’une des parts les plus importantes sur notre marché européen.
Dès 2020, vous avez impulsé un plan d’électrification pour accompagner la sortie du diesel et accélérer la transition énergétique des VTC. Où en êtes-vous ?
Il y a six ans, nous nous sommes en effet fixé des objectifs très ambitieux pour réduire nos émissions et notre empreinte carbone. Nous avons toujours eu le soutien total des gouvernements et de l’industrie automobile pour investir et répondre à la demande dans le détail. Et si le climat est devenu un sport d’équipe, nous n’avons pas autant de personnes qui jouent le jeu que par le passé tant et si bien que nous avons manqué nos objectifs en 2025. Je persiste et signe : aucune entreprise ne peut faire avancer les choses à elle seule. C’est un écosystème qui nécessite le bon soutien politique, la bonne offre de véhicules et la juste demande de commandes.
Les planètes sont-elles alignées aujourd’hui ?
Uber peut s’investir et soutenir l’électrification, mais ne peut pas le faire sans un soutien continu de la sphère politique et des équipementiers. Dans l’état actuel des choses, nous n’atteindrons pas non plus nos objectifs de 2030.
Votre partenariat avec Hysetco sur l’hydrogène peut-il inverser la tendance ?
À lire également
En annonçant ce partenariat stratégique, nous espérons accueillir 500 taxis Hysetco d’ici à la fin de l’année et même 2 000 supplémentaires dans les cinq prochaines années. Nous accueillons et embarquons des taxis depuis déjà trois ans à tel point que nous en recensons désormais 4 500 à Paris. Nous avons aujourd’hui des relations apaisées avec les taxis et sommes très heureux de travailler avec eux. C’est donc d’autant plus injuste de ne pas bénéficier d’une égalité de traitement alors même que nous opérons une activité de taxis et que nous sommes devenus la deuxième plateforme de taxis en France. Ils peuvent emprunter les voies de bus, ont une grande connaissance de la ville, offrent une grande qualité de service… Autant de qualités que nous cherchons pour notre service premium à destination des entreprises et des professionnels.
Propos recueillis par César Armand